AccueilEntrepriseVie des entreprisesCrise énergétique : les entreprises sont « étranglées »

Crise énergétique : les entreprises sont « étranglées »

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a souhaité alerter face à ce qui constitue désormais la problématique numéro un des entrepreneurs.
Geoffroy Roux de Bézieux, président du medef.
© AP - Geoffroy Roux de Bézieux, président du medef.

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« Je voulais remettre au cœur de nos préoccupations ce sujet, qui a quelque peu disparu des écrans radar », a introduit le président du Medef, estimant que le sujet énergétique du point de vue des entreprises n’était plus sous le feu des projecteurs. « Nous avons un peu l’impression de passer après les questions de pouvoir d’achat des citoyens », a-t-il ajouté. Il faut dire que les entreprises, qui font face à des prix de l’électricité et du gaz jamais atteints, « sont étranglées », selon le syndicat patronal.

Une crise énergétique qui vient de loin

Mais comme le Medef a souhaité le rappeler, cette crise énergétique n’est pas seulement corrélée à la guerre en Ukraine. Elle est au départ née suite de la reprise de l’activité économique qui a suivi la crise Covid. Cette forte relance a provoqué une hausse de la demande en énergie (avec une forte concurrence asiatique sur les achats de gaz). Aussi, les prix ont explosé, atteignant + 360 % des prix du gaz en Europe entre septembre 2021 et septembre 2022. Une tension est également apparue dès octobre 2021 autour des livraisons de gaz russe (avec un faible remplissage des stockages en Allemagne). Parallèlement, les coûts de production de l’électricité en Europe ont augmenté de 391 % en un an.

Le déclenchement de la guerre en Ukraine et la baisse des importations de gaz russe ont ensuite dégradé la situation. L’Europe a été conduite à planifier la baisse de la consommation d’énergie fossile et surtout la fin du gaz en provenance de Russie. Ce à quoi il faut ajouter la réduction des approvisionnements et l’arrêt de Nord Stream.

Ce tableau serait incomplet sans évoquer, en matière électrique, les difficultés que traverse le parc nucléaire français, qui en est aux deux tiers de sa capacité de production en raison de la maintenance des réacteurs. Des tensions financières sont également survenues par anticipation d’une crise à venir (on parle de phénomènes spéculatifs).

Un changement de paradigme

Comme le président du Medef l’a également souligné, le prix de l’électricité qui est fixé n’a aucun rapport avec le prix de production : c’est le dernier facteur de production, le prix du gaz, qui est pris en compte. « Le prix du pétrole était mondial, celui de l’électricité est local. Cela peut paraître un peu trivial de dire cela, mais nous faisons face à un changement de paradigme absolument massif. Nous ne sommes plus dans le même monde que nous avons connu depuis 30 ans, d’où notre volonté de tirer la sonnette d’alarme », a expliqué Geoffroy Roux de Bézieux.

En outre, contrairement à la crise Covid, les pays européens ont soutenu leur économie en ordre dispersé, dans ce que le président du Medef appelle un « chacun pour soi ». L’Allemagne a agi en premier et a fortement aidé les entreprises, notamment son industrie, via un bouclier tarifaire. La France a été contrainte de s’aligner, et l’Italie va en faire de même, créant un différentiel de compétitivité au sein même de l’Europe.

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, une refonte du “market design” de l’électricité est donc nécessaire, notamment pour faire face aux Etats-Unis et à la Chine. Ces deux pays sont autosuffisants en matière énergétique, avec des prix du gaz 5 à 7 fois inférieurs à ceux pratiqués en Europe. Face à une facture énergétique qui a augmenté de 16 milliards d’euros en 2022, dont 6 milliards pour l’industrie, les entreprises pourraient donc être tentées, sur le long terme, de délocaliser leur production.

A court terme, des limitations ou des arrêts de productions sont à craindre. En effet, reporter ce surcoût énergétique sur le client final est difficile dans de nombreux secteurs, surtout dans les industries très énergivores. Deux choix s’offrent en réalité aux entreprises. Subir une facture qui augmente, ce qui pourrait mettre en péril leur compte d’exploitation (elles seraient alors en perte). Ou bien réduire la voilure de leur production, c’est-à-dire « faire le dos rond », sur la période durant laquelle elles estiment que l’électricité atteint des prix impossibles à assumer, reportant ainsi cette production. Le Medef alerte donc face à un potentiel recul de l'activité économique.

« Face à la crise de l’énergie, je ne peux pas imaginer que la Commission européenne laisse perdurer cette situation du chacun pour soi, très dangereuse à terme », a finalement indiqué Geoffroy Roux de Bézieux, avant de préciser vouloir plaider, avec les patrons européens, pour qu’une solution européenne soit trouvée, afin de préserver la compétitivité du continent.

Deux exemples d’entreprises adhérentes

Le Medef a souhaité illustrer directement la gravité de la situation via des témoignages d’adhérents. L’entreprise Sill, implantée dans le Finistère et réalisant 520 millions d’euros de chiffre d’affaires, estime par exemple que sa facture va doubler en 2022 et tripler en 2023 (passant de 4,5 à 10 puis à 30 millions d’euros).

Pour l’entreprise de plasturgie Polytechs, basée en Normandie et réalisant 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, la facture d’énergie augmentera de 84 % en 2022, passant de 1,2 à 2,3 millions d’euros. « Il est quasiment impossible de répercuter une augmentation aussi importante sur les clients. Un tiers du surcoût peut l’être, mais les deux tiers restants seront pris sur nos marges. Et cela, c’est un inquiétant, c’est de nature à affaiblir le développement de l’entreprise », a déploré le dirigeant de l’entreprise, Patrick Coquelet. « Cette perturbation des prix va s’accélérer en 2023. Les entreprises vont se retrouver très largement affaiblies », a ajouté l’entrepreneur. « J’ai 40 années d’expérience. Ce qui nous arrive, c’est du jamais vu. J’ai l’impression d’avoir quitté un monde économique normatif pour se diriger vers une économie de casino », a-t-il témoigné.

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