Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Crise du Covid : quels sont les métiers les plus vulnérables ?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

Crise du Covid : quels sont les métiers les plus vulnérables ?
@ DR

Si les soignants sont sur le front et exposés quotidiennement au virus, bien d'autres travailleurs sont en situation de vulnérabilité, sanitaire mais surtout économique, depuis le début de la crise. Les professionnels de la culture, de l'hôtellerie-restauration et du transport sont ces « nouveaux vulnérables » selon France Stratégie. Sa note d'étude intitulée “Les métiers au temps du corona” propose une typologie inédite en cinq groupes qui ajoute une pierre au débat sur leur utilité sociale et l'échelle des rémunérations.

« Certains métiers ont été davantage touchés que d'autres pendant le confinement. Malheureusement, les vulnérables de toujours ont été rejoints par de nouveaux », annonce Martin Rey, chargé d'étude à France Stratégie, co-auteur de cette note.

Depuis la mi-mars, l'épidémie de coronavirus a imposé un arrêt partiel ou total d'activités jugées « non essentielles », quand d'autres ont été mobilisées face à l'urgence. Au-delà des dimensions sanitaire et économique, cette crise a fortement affecté aussi les conditions de travail, renforçant des vulnérabilités existantes et en générant de nouvelles. Il en résulte une « situation très exceptionnelle » poussant à mener « une réflexion sur les enjeux sociaux français » , selon ces trois auteurs.

Des secteurs clés touchés davantage

« Le premier critère de vulnérabilité des métiers c'est le secteur qui les emploie et qui est très variable », explique Cécile Jolly, cheffe de projet co-auteur de l'étude, spécialiste de la prospective des métiers et des mutations de l'emploi. Avec cette crise est apparue « une vulnérabilité nouvelle » : le fait que certains métiers ne peuvent pas s'exercer à distance, créant un des cinq groupes étudiés dans l'étude, représentant près de 4,3 millions d'emplois.

Ces « nouveaux vulnérables » affrontent une crise économique inédite liée à l'exercice même de leur métier qui les met en contact avec le public. Leurs activités sont ralenties, voire interdites, et leur statut les fragilise (31 % de contrats intermittents ou d'indépendants).

« Les nouveaux vulnérables sont essentiellement les professionnels de la culture, de l'hôtellerie-restauration et du transport car leurs métiers supposent des réunions de personnes. Malheureusement, ce sont souvent des métiers de jeunes ou de reconversions ce qui va créer des vulnérabilités très importantes et un besoin de formation et de réorganisation car ce sont normalement des métiers vers lesquels on se tourne en temps de crise », précise Cécile Jolly.

Les femmes premières victimes

Au contraire, d'autres groupes sont vulnérables non pas parce qu'ils ne peuvent plus travailler, mais parce que leurs conditions de travail les exposent. Et il s'agit malheureusement, toujours des mêmes, ceux qui sont dans les situations les plus précaires, traditionnellement confrontés à des conditions de vie et de travail difficiles, notamment les femmes (caissières, infirmières…).

« On se rend compte que les métiers les plus exposés sont aussi les moins bien payés. Ça renvoi au débat sur l'utilité sociale des métiers et l'échelle des rémunérations », souligne Jean Flamand, co-auteur de l'étude, chef de projet spécialiste des questions de mobilités et d'inégalités sur le marché du travail.

Les 10,4 millions de professionnels constituant le groupe « sur le front » sont ceux dont les activités apparaissent essentielles dans cette crise. Ce sont tous les métiers de la santé, de l'éducation, de la propreté, de l'alimentaire et de sa distribution, et les professions régaliennes. Ce groupe, qui est le plus important en nombre, est composé aux deux tiers de femmes, ce qui, selon Jean Flamand, « illustre bien la ségrégation professionnelle française ».

Parmi les plus mal rémunérées, ces professions sont exposées à une intensification du travail. « Ceux qui travaillent beaucoup ont toujours une vulnérabilité physique et psychique accrue », alerte Cécile Jolly, soulignant qu'il faut veiller à l'explosion du phénomène psychosocial d'épuisement professionnel, le fameux burn-out, notamment chez les mères de famille, d'autant plus vulnérables.

En outre, le groupe des métiers que l'étude qualifie de « vulnérables de toujours », artisans et ouvriers de l'industrie et du bâtiment, conjugue une difficulté à travailler à distance et des statuts souvent précaires (un sur cinq exerce en CDD ou en intérim).

« Les vulnérables de toujours représentent à peu près 4,2 millions de personnes et sont souvent les plus exposés au virus car ils peuvent moins travailler à distance et sont davantage en statut précaire », constate Jean Flamand.

Désocialisation, fracture numérique et hyperconnectivité

Cette crise crée d'autres vulnérabilités sociales, moins évidentes mais tout aussi graves. Pour Cécile Jolly, « il est possible que la fracture numérique ait pu s'aggraver », notamment pour les salariés contraints à télétravailler sans les outils et formations adéquats. « Il faudra combler cette fracture », déclare Jean Flamand à l'adresse du Gouvernement.

Le quatrième groupe des « cadres hyperconnectés », rompus au télétravail, représentant tout de même 3,9 millions d'emplois, est quant à lui exposé à un nouveau risque d'hyperconnectivité car ces professionnels doivent, à distance, assurer la continuité du travail et préparer la reprise d'activité. « Ces derniers souffrent encore plus du brouillard de la frontière entre vie personnelle et professionnelle. On retrouve vraiment chez eux un risque légal d'hyperconnectivité, totalement subi, qui n'est la volonté ni des entreprises ni des salariés qui n'arrivent pas à se déconnecter, qui aura des répercussions psychosociales. Il y a du travail à faire pour mieux encadrer le télétravail », estime Cécile Jolly.

Enfin, nombre de professions intermédiaires ou d'employés qualifiés, le plus souvent en « inactivité partielle » forment le dernier groupe comprenant 4 millions d'emplois, sont protégés du licenciement à court terme par leur statut. En revanche, leur difficulté à télétravailler les expose à des « risques d'éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation forts », déplore Jean Flamand.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer