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Crise du Covid-19 et réindustrialisation

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Crise du Covid-19 et réindustrialisation
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Le coronavirus va-t-il sonner l'heure de la réindustrialisation ? La commission des affaires économiques du Sénat semble pour, puisqu'elle a récemment organisé une visioconférence sur le thème "déglobalisation et relocalisation : quelles leçons tirer de la crise ?" faisant intervenir des économistes aux côtés du dirigeant de Michelin, un des fleurons de l'industrie française, et de l'ex-ministre Arnaud Montebourg, chantre du Made in France et de la réindustrialisation.

« Avant cette crise sanitaire, nous ne mesurions pas l'impact de l'extrême dépendance de la France, notamment en matière industrielle, sanitaire et informatique. Ce n'est pas qu'une question française, mais une problématique européenne et mondiale face à la puissance de la Chine et des Etats-Unis. C'est l'opportunité de relocaliser des industries, mais le dire est une chose, le faire en est une autre. Comment procéder, et comment choisir ces activités ? », interroge Sophie Primas, présidente de la commission des affaires économiques du Sénat, en introduisant les débats.

Si Patrick Artus, chef économiste de Natixis, adopte volontairement le rôle du « rabat-joie » qui explique que la relocalisation « engendre des difficultés très importantes », le consultant Nicolas Bouzou contre argumente que « du point de vue économique la relocalisation peut se faire facilement avec certains mécanismes comme le suramortissement ». Soutenant le président de Michelin qui promeut le « développement glocal » et la formation, Arnaud Montebourg milite quant à lui pour se lancer dès maintenant dans la relocalisation avec une coopération entre les secteurs public et privé.

Diversification des risques mais dépendances

« Il faut faire très attention à la relocalisation et l'envisager avec prudence car nous évoluons dans un monde où tout est enchevêtré. Nous sommes entrés dans cette problématique du Covid-19 dès 2019 avec nos usines chinoises », témoigne Florent Menegaux, président de Michelin, un groupe « international très innovant, à la fois mondial et local » qui produit là où il vend.

« Les chaînes de valeurs mondiales sont trop fragiles donc il faut diversifier les risques en fabriquant dans différentes régions », considère Patrick Artus. Un point de vue partagé par le dirigeant clermontois qui estime qu'être mondialisé permet aux entreprises d'être plus rapides et d'interroger leur travail, donc d'être plus innovantes et concurrentielles.

En revanche, la mondialisation a des effets néfastes dont la création de situations de dépendance excessive. À l'instar de nos dépendances agroalimentaire ou bien pharmaceutique, très critiquée par Arnaud Montebourg, avec « la pénicilline uniquement fabriquée en Chine », dénonce aussi Nicolas Bouzou.

Pour l'économiste Patrick Artus, il y a quatre difficultés principales à la relocalisation « hormis l'évidence que les coûts de production sont beaucoup plus élevés en France que dans les pays émergeants ».

Premièrement, la désindustrialisation de la France n'est pas liée à nos échanges avec les pays émergeants mais avec le commerce européen. Ensuite, tous les travaux académiques concluent que la perte d'emplois industriels française est due au progrès technique. Selon lui, le point « le plus important et compliqué » est que certains produits non-complexes seraient illogiques à relocaliser en France où l'on est spécialisé dans le haut de gamme avec de la production à forte valeur ajoutée.

Problème de formation

Le dernier problème cité par l'économiste est l'absence de compétences industrielles en France sur certains secteurs comme l'électronique. De fait, l'Hexagone forme deux fois moins d'ingénieurs que l'Allemagne, et la filière industrielle souffre d'un véritable déficit d'attractivité, notamment auprès des femmes.

Au fil du temps et de l'avancée de la mondialisation, certains pays se sont spécialisés dans des secteurs clés et se sont emparés du monopole, comme l'électronique et le textile en Chine ou le pharmaceutique et l'automobile en Inde. Tandis que la France a fini par perdre de nombreuses compétences.

« Les défis que nous avons à relever sont d'abord humains, notamment le déficit de productivité et de formation en matière industrielle », admet Florent Menegaux qui a récemment créé une nouvelle école, le Hall 32, basé à Clermont-Ferrand, qui forme aux emplois dont la région a besoin et séduit les jeunes sur les opportunités de l'industrie du futur. Il ajoute d'ailleurs que c'est très intéressant d'avoir un pôle de formation puisque « 50 % des métiers que nous aurons chez Michelin dans 5 ans ne sont pas encore définis aujourd'hui ».

Question d'action publique

« Nos problèmes industriels sont largement dus aux défaillances internes du pays et pas uniquement au fait qu'on a délocalisé », considère Patrick Artus, pas contre une réforme.

Du point de vue politique et légal, il est tout à fait possible de compléter la loi qui protège les secteurs d'importance vitale, créée par Arnaud Montebourg, afin d'établir une liste complète des secteurs stratégiques français sur lesquels on souhaite acquérir l'indépendance. Cela pourrait aussi se faire au niveau européen.

D'ailleurs, pour le dirigeant de Michelin, on ne peut envisager l'industrie qu'à l'échelle européenne où une concurrence règne. « Il faut en profiter pour redémarrer sur de meilleures bases, dont la mobilité durable », lance le dirigeant de Michelin sensible aux problématiques environnementales et qui considère qu'il faut « faire très attention à l'application du green deal ».

« Par l'action publique, il faut dire à quelles valeurs et à quels produits nous attachons notre indépendance », lance Arnaud Montebourg en prenant l'exemple de notre dépendance pharmaceutique.

Partenariat public-privé

Il propose ainsi que les « grands majors de l'industrie pharmaceutique comme Sanofi prennent leurs responsabilités » et que l'on crée des coopératives de fabrication de médicament avec des ententes entre l'Etat, les entreprises privées, les financeurs comme les mutuelles, et tous les acteurs volontaires.

« Nous sommes les avocats des partenariats public-privé », lance le dirigeant de Michelin qui prend l'exemple de la récente alliance avec l'Etat et d'autres industriels français comme Faurecia pour la fabrication de masques FFP2.

« La réindustrialisation ça suppose une commande publique rationalisée et la coopération entre les secteurs public et privé », confirme Arnaud Montebourg qui propose aussi de rediriger nos investissements. Il rappelle ainsi que seulement 4 % de notre épargne est investi dans les entreprises françaises, et propose la création d'un fonds d'investissement Made in France abondé par les assureurs.

« Nous avons besoin de mettre un peu de protectionnisme dans notre vin français ! », conclut l'ancien ministre sur une note positive.

Manifeste pour une renaissance industrielle

L'ex ministre Yves Jégo, président fondateur de la certification Origine France Garantie, vient de signer un manifeste « pour une renaissance industrielle » dans lequel il appelle notamment à un Grenelle du « Made in France » permettant d'envisager la renaissance industrielle du pays à travers un plan ambitieux, aussi bien structurel que conjoncturel.

Ce manifeste est signé par les 600 entreprises certifiées Origine France Garantie qui suggèrent :

• de favoriser l'accès des entreprises nationales à la commande publique en levant, immédiatement et temporairement, les contraintes du code des marchés publics pour toute commande de moins de 500 000 € et en élaborant un dispositif pérenne de small business act ;

• de soutenir le développement et le retour des usines sur tout le territoire, irriguant nos régions par un programme immobilier public de construction et de mise à disposition d'au moins 250 usines construites en 2021 et réparties dans les 102 départements français ;

• de décentraliser tous les moyens de l'action publique en créant, dans chaque région, une task force industrielle pilotée par un triumvirat composé du président de la Région, du Préfet et d'un commissaire régional au renouveau industriel, avec pour objectif de développer des éco systèmes territoriaux creusets du renouveau industriel ;

• d'exonérer tous les sites de production, usines comme ateliers, de tout impôt foncier et de créer un crédit d'impôt production sur le modèle du crédit impôt recherche ;

• d'offrir, à chaque jeune français entre son 15e et son 25e anniversaire, la possibilité d'une expérience rémunérée de type stage ouvrier d'1 mois sur un site production et d'organiser des

conférences de chefs d'entreprise dans nos lycées afin de promouvoir l'industrie et la production nationale ;

• d'instituer un Schengen des marchandises s'appuyant sur l'instauration d'une TVA verte kilométrique frappant les produits en provenance des pays éloignés de nos frontières ;

• de créer un outil de certification fiable afin de remplacer le marquage CE qui trompe le consommateur et imposer l'indication de l'origine sur chaque produit vendu en Europe.

« La France dispose de tous les atouts pour réussir, aujourd'hui c'est une question de volonté et de méthode. Le Grenelle du Made in France doit permettre de libérer une nouvelle ambition nationale fondée sur un véritable projet de société », conclut le manifeste.




Anne MOREAUX
Journaliste

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