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Covid-19 : quel impact sur l'économie et quelles solutions ?

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Covid-19 : quel impact sur l'économie et quelles solutions ?
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Après plus d'un mois de confinement et une pandémie loin d'être endiguée, quels sont les effets du Covid-19 sur l'économie française et mondiale ? L'impact sera-t-il grave et durable ? Les plans d'aides nationaux ou européens sont-ils correctement dimensionnés ? Tristan-Pierre Maury, professeur d'économie à l'Edhec, apporte son éclairage sur cette crise sans précédent « pour l'instant purement économique et pas encore financière ».

« En cette période de confinement, l'activité française est réduite d'un tiers. Chaque mois de confinement coûte environ 70 milliards d'euros à la France, soit à peu près 3 % du PIB », annonce d'emblée Tristan-Pierre Maury. De quoi créer un vent de panique poussant les Français à mettre de côté comme des fourmis pour subsister jusqu'à la saison nouvelle.

Heureusement, l'économiste n'est pas si pessimiste et des stratégies peuvent être mises en œuvre pour limiter les effets pervers de cette crise. Il convient d'abord d'étudier comment chacun des segments de l'économie risque d'être affectés et comment ils interagissent.

Conséquences incertaines

Si les premiers chiffres publiés par le FMI, l'Insee ou encore la Banque de France font état d'un impact très significatif de la pandémie sur les produits intérieurs bruts (PIB) national et mondial, l'économiste tient à nuancer ce diagnostic puisque les informations recueillies ne sont « pas certaines car tout le monde travaille dans l'urgence ».

De fait, les prévisions sur le PIB 2020 varient d'une semaine à l'autre : le 1er avril l'Insee a pronostiqué une baisse minimum de 6 %, tandis que le FMI a prédit le 9 avril une chute de 7,2 %, et que le Gouvernement français a annoncé une chute de 8 % le 14 avril dernier.

En comparaison, la récession due à la crise des subprimes a engendré une chute de 3 % du PIB en 2009 tandis que la Grande dépression a causé une perte cumulée d'environ 15 % entre 1929 et 1933.

Est-ce une crise durable ? Si une réponse positive peut sembler évidente, « personne ne se lance là-dessus car c'est beaucoup trop hasardeux, sauf le FMI qui a sorti une prévision il y a une semaine envisageant un rebond de 4,6 % en 2021 », lance le professeur très dubitatif devant ce chiffre « car nous ne connaissons pas la durée de cette pandémie ni s'il va y avoir une deuxième vague et un nouveau confinement ».

La seule chose certaine selon lui est que « nous sommes vraiment au tout début de la crise » et que celle-ci n'est « pas comme les précédentes » puisqu'elle est « pour l'instant purement économique et pas encore financière ». Aussi, ce qui est inédit est qu'il y a simultanément une crise de l'offre et de la demande à cause du confinement ce qui représente un véritable défi pour l'activité économique et les décisions politiques.

Conso en berne car épargne de précaution

Parmi les divers effets pervers de la crise du Covid-19 sur l'économie à moyen terme, l'économiste relève l'effet domino dans la chaîne de production. Par exemple, pour le moment l'agriculture est relativement préservée mais elle risque d'être impactées à terme par la pénurie de biens d'équipement et de matériels de transports.

Ce mécanisme de réaction en chaîne étant aussi valable pour l'emploi, les individus craignent l'avenir et son instabilité donc prennent des précautions budgétaires. Ça crée alors l'effet pervers le plus important selon Tristan-Pierre Maury – la chute de la consommation - auquel il faut pallier au plus vite.

L'économiste recommande ainsi de prévenir le comportement d'épargne de précaution des ménages qui freine fortement la consommation en agissant sur les marchés, notamment avec des mesures de soutien à l'emploi comme le chômage partiel, ou d'octroi de liquidités aux particuliers pour booster des secteurs importants comme l'immobilier et les services.

Il conseille aussi de faire attention à la communication car des rumeurs sur un risque de hausse d'impôts auraient des « conséquences catastrophiques » et seraient « facteur de relance perdu ».

Choc de liquidité

« Le nerf de la guerre, ce sont les banques », explique le professeur. En effet, le problème économique le plus grave à court terme est celui des liquidités. « Le cash n'est pas forcément dans les mains des acteurs qui en ont le plus besoins, c'est-à-dire les PME et les ménages ». Il existe donc un véritable risque de faillites en chaîne.

En outre, la particularité du système français est la dépendance bancaire des PME (petites et très nombreuses) à la différence d'autres pays européens comme l'Allemagne où le tissu entrepreneurial fait davantage appel à la bourse. Certains tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme car nos petites entreprises font face à un choc de trésorerie sans précédent, même après la mise en place du plan de sauvegarde du Gouvernement.

Toutefois, pas de panique puisque les banques, qui disposent d'importantes réserves de fonds propres, peuvent prendre en main la gestion de la trésorerie des PME en leur accordant des prêts directs. A priori, les banques vont tenir le choc car elles sont mieux armées aujourd'hui qu'elles ne l'étaient à la veille de la crise des subprimes. En France, les ratios de capital sont de l'ordre de 15 % aujourd'hui, contre environ 10 % en 2008, rappelle le professeur.

Certains points restent cependant à surveiller : la tension récente sur les coûts de financement pour les banques et l'augmentation des taux de créances douteuses. Cependant, ces taux sont très bas actuellement, et historiquement faibles en Europe.

Insuffisance des plans de sauvegarde ?

Pour l'économiste, les plans de soutien économique français et européens pour faire face à la crise du Covid-19 sont « encore insuffisants ». Globalement, si les plans d'aide déjà annoncés dans les pays développés sont nettement plus importants que ceux mis en place lors de la crise financière de 2008, la crise actuelle s'annonce malheureusement beaucoup plus forte.

En Europe, un plan d'un peu plus de 500 milliards d'euros vient compléter les mesures nationales, en attendant d'autres décisions de la part des leaders européens. Cependant, seulement 200 milliards porteront spécifiquement sur l'aide aux entreprises européennes, sous la forme d'un fonds de garantie de la Banque Européenne d'Investissement. « C'est seulement 1,5 % du PIB européen ! ». De plus, ce fonds garantira des prêts bancaires et sera donc tributaire de la stabilité du système bancaire fragilisé par la crise.

La France a choisi la même stratégie. Si le professeur salue la réussite du dispositif de chômage partiel, il reste très critique sur le montant des aides dont « déjà un quart du budget du plan d'urgence français était dépensé la semaine dernière », mais aussi sur les reports de charges « qui ne sont pas des annulations », et les 300 milliards de PGE « qui mettent le secteur bancaire encore plus sous pression ».

« Pour l'instant le plan d'aide américain est mieux dimensionner que le plan européen », estime l'économiste, donc on devrait s'attendre à une baisse de l'euro face au dollar.

Sur une note plus optimiste, Tristan-Pierre Maury constate que les prévisions en termes d'évolution des prix sont rassurantes : « il ne semble pas que les annonces de la BCE doivent générer de fortes tensions inflationnistes ». Par ailleurs, la France continue à emprunter à des taux très bas et sa dette publique apparaît toujours comme un investissement sûr pour ses créanciers. Les solutions pour lutter contre la crise semblent donc à notre portée.

Secteurs les plus impactés : les services et l'industrie

La crise du Covid-19 a déjà des conséquences économiques concrètes autant chez les petites entreprises que les grands groupes français. De fait, le CAC40 a perdu un quart de sa valeur depuis le début de la crise tandis que les TPE sont en grande difficulté.

Sans surprise, les secteurs les plus fortement touchés sont l'industrie et les services. Côté industrie, l'Insee relève des chutes drastiques : - 80 % pour le raffinage ; - 72 % pour les biens d'équipement ; et - 61 % pour les matériels de transport.

Si l'on entend souvent que l'industrie est plus impactée que les services, « malheureusement ce n'est pas tout à fait vrai car il y a un véritable effondrement de la consommation », explique Tristan-Pierre Maury. Ni le mouvement de stockage et de surconsommation pré-confinement ni l'attrait du e-commerce ne compensent cette chute.

En revanche, d'autres tirent leur épingle du jeu. Parmi les secteurs d'activité qui résistent le mieux, on trouve l'agriculture (avec seulement - 10 %), l'agroalimentaire (- 5 %) et la finance. Certaines branches vont même bénéficier de la crise, notamment le secteur IT avec les nouveaux outils de communication, et les professionnels de la cybersécurité.



Anne MOREAUX
Journaliste

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