Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Covid 19 et révision pour imprévision

le - - Droit - Actualité du droit

Covid 19 et révision pour imprévision
@ DR

Du fait de la crise liée à l'épidémie de Covid-19 et des mesures mises en place par le gouvernement pour limiter la propagation du virus, de nombreuses entreprises se trouve confrontées à de grandes difficultés pour honorer leurs obligations contractuelles. Si le Covid-19 est susceptible de constituer un cas de force majeure, certaines sociétés pourraient quant à elles tenter d'invoquer un cas d'imprévision permettant de renégocier leurs contrats dans les conditions de l'article 1195 du Code civil.

La force majeure et l'imprévision ont en commun l'imprévisibilité de la survenance d'un événement postérieur à la conclusion d'un contrat, mais elles se distinguent en ce que la force majeure rend impossible l'exécution du contrat tandis que l'imprévision la rend excessivement onéreuse (Rapp. Sén. no22 relatif à la loi 2018-287 du 20 avril 2018). Ainsi, si l'exécution des obligations résultant du contrat n'a pas été rendue impossible mais seulement plus onéreuse, la force majeure ne pourra pas être invoquée. Il conviendra alors de se placer sur le terrain de l'imprévision.

Définition

En droit français, la révision pour imprévision est définie à l'article 1195 du Code civil qui dispose que :

« Si un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat rend l'exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n'avait pas accepté d'en assumer le risque, celle-ci peut demander une renégociation du contrat à son cocontractant. Elle continue à exécuter ses obligations durant la renégociation. En cas de refus ou d'échec de la renégociation, les parties peuvent convenir de la résolution du contrat, à la date et aux conditions qu'elles déterminent, ou demander d'un commun accord au juge de procéder à son adaptation. A défaut d'accord dans un délai raisonnable, le juge peut, à la demande d'une partie, réviser le contrat ou y mettre fin, à la date et aux conditions qu'il fixe ».

La révision pour imprévision peut donc être invoquée même en l'absence de stipulation contractuelle. Néanmoins cette disposition n'est applicable qu'aux contrats conclus après le 1er octobre 2016. Les contrats conclus avant cette date demeurent soumis à la loi ancienne qui ne prévoyait pas la possibilité pour le juge de réviser le contrat pour imprévision.

Une renégociation du contrat sur le fondement de l'imprévision nécessite donc la réunion de trois conditions cumulatives :

un changement de circonstances qui doit être imprévisible lors de la conclusion du contrat ;
une exécution dont la charge serait devenue excessivement onéreuse pour l'autre partie ; et
l'absence de clause faisant peser le risque sur l'autre partie.

Conditions d'application

Exclusions légales

L'article L. 211-40-1 du code monétaire et financier précise que la théorie de l'imprévision ne s'applique pas aux titres et aux contrats financiers. Ainsi, une promesse de cession d'actions conclue avant la crise sanitaire ne pourra faire appel aux dispositions de l'article 1195 du Code civil. En revanche, cette disposition est applicable aux parts sociales (SARL, sociétés civiles, sociétés en nom collectif).

Aménagements contractuels

Il est, par ailleurs, possible de déroger aux dispositions de l'article 1195 du Code civil sous réserve de respecter les dispositions légales sanctionnant les clauses abusives. Lorsqu'une telle clause figure dans le contrat, il convient de s'y référer pour déterminer son champ d'application, ses modalités de mise en œuvre et ses effets.

En tout état de cause, l'existence d'une situation d'imprévision et la nécessité de réviser le contrat ou d'y mettre fin seront appréciées au cas par cas.

C'est notamment pour éviter cet aléa que de nombreux contrats excluent expressément l'application de la révision pour imprévision en stipulant que les parties acceptent d'en assumer le risque.

A défaut d'une exclusion expresse des dispositions de l'article 1195, il convient de s'interroger pour déterminer si les circonstances actuelles permettent de solliciter la révision du contrat. Cette révision pourra intervenir si la crise résultant de l'épidémie de Covid-19 constitue un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat et si ce changement de circonstances rend l'exécution du contrat excessivement onéreuse pour une partie.

Le Covid-19 constitue-t-il un changement de circonstances imprévisible ?

Compte tenu de l'ampleur de la pandémie, il pourra vraisemblablement être allégué que celle-ci mais surtout ses conséquences (restrictions de déplacements, fermetures des frontières, interdiction des rassemblements, etc.) constituent un changement de circonstances.

La démonstration du caractère imprévisible de ce changement sera plus délicat. Le caractère imprévisible de cet événement doit s'apprécier in concreto par référence à une personne ou un professionnel raisonnable.

Ce changement doit être imprévisible au moment de la conclusion du contrat. Il faut donc déterminer quelle était l'état de la crise sanitaire au moment de la date de conclusion du contrat. En cas de renouvellement ou de tacite reconduction, c'est à cette date que le caractère raisonnablement imprévisible doit être apprécié.

Les contrats conclus avant le 31 décembre 2019 bénéficieront sans aucun doute du caractère imprévisible de la pandémie. Les contrats conclus début 2020 seront certainement étudiés plus précisément. En effet, peut-on considérer que le 30 janvier, lors de l'annonce de l'OMS, l'événement était encore imprévisible ? Faut-il au contraire prendre pour point de départ le 12 mars début de la période juridiquement protégée ?

En ce qui concerne les contrats conclus pendant la pandémie, il est fort à parier que la faculté de recourir à l'article 1195 du Code civil dans les mois à venir ne pourra pas être envisagée.

L'exécution du contrat est-elle devenue excessivement onéreuse ?

En l'absence d'aménagement contractuel, le cocontractant qui entend se prévaloir de la révision pour imprévision devra démontrer que l'exécution du contrat a été rendue excessivement onéreuse par la pandémie ou ses conséquences.

Faute de jurisprudence en la matière, il est difficile de savoir comment les juges apprécieront ce critère.

Le débiteur devra justifier faire face à une situation excessive. Tel n'est pas nécessairement le cas, dès lors que le contrat peut être exécuté sans un surcoût disproportionné. Car le texte exige une exécution devenue « excessivement onéreuse ». La seule augmentation du coût d'une prestation ou la diminution de valeur de sa contrepartie ne saurait être un motif suffisant. La force obligatoire du contrat implique que chaque contractant supporte les risques de variations normales de la valeur des choses.

Au surplus, il conviendra de démontrer le lien de causalité entre l'épidémie et/ou ses conséquences et les difficultés excessives rencontrées par le débiteur dans l'exécution de son obligation contractuelle.

Sous réserve de démontrer la réunion de l'ensemble de ces conditions, une partie pourrait solliciter la révision du contrat en raison de l'épidémie de Covid-19 et des mesures gouvernementales actuellement en vigueur.

Effets

La procédure de révision du contrat est relativement longue et, durant cette procédure, les parties doivent continuer à exécuter le contrat, l'imprévision n'ayant pas d'effet suspensif à la différence de la force majeure.

Au préalable, une tentative de renégociation amiable s'impose aux parties. En cas de refus ou d'échec, les parties pourront tenter d'obtenir conjointement du juge une résolution ou une adaptation du contrat. En cas d'échec de cette phase amiable, une partie, pourra saisir le juge pour obtenir la résolution ou la révision du contrat.

Le délai d'obtention d'une révision judiciaire est difficilement compatible avec le rythme de la vie des affaires mais le dispositif conserve cependant un effet incitatif : la crainte de voir le contrat révisé ou résilié par le juge pourra conduire les parties à préférer un accord amiable, plus rapide et adapté à leur situation. En contrepartie, il faut noter que, à défaut d'accord amiable, l'aléa judiciaire lié notamment à l'appréciation au cas par cas de ces situations n'est pas de nature à rassurer les parties.

En tout état de cause, cette crise sans précédent donnera lieu à une jurisprudence abondante que ce soit sur le terrain de la force majeure ou de l'imprévision.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer