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Covid-19 : à chaque métier ses vulnérabilités

France Stratégie, institution autonome placée auprès du Premier ministre, dévoile une typologie inédite des métiers dans la crise du Covid-19 regroupés en cinq catégories, aux vulnérabilités différentes.
Covid-19 : à chaque métier ses vulnérabilités
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Tous les métiers n'ont pas subi les mêmes contraintes à l'arrivée de l'épidémie de Covid-19 : arrêt partiel ou total d'activités jugées « non essentielles » pour les uns, forte mobilisation face à l'urgence pour les autres. Cette crise affecte tant les conditions de vie que les conditions de travail et renforce les vulnérabilités existantes, voire en génère de nouvelles. France Stratégie, qui publie des analyses de fond et des études de prospective à moyen et long termes pour contribuer à la décision publique et à l'information de l'opinion, propose une typologie inédite des métiers dans la crise, en cinq groupes et selon leur vulnérabilité économique, des conditions de vie et des conditions de travail.

« Les vulnérables de toujours »

Les métiers qualifiés de « vulnérables de toujours » sont ceux qui conjuguent une difficulté à travailler à distance et des statuts souvent précaires, comme le contrat à durée déterminée (CDD) ou l'intérim. Qu'ils soient ouvriers de l'industrie et du bâtiment, marins, pêcheurs et aquaculteurs ou encore employés administratifs d'entreprise et personnels de ménage, ce sont 4,2 millions d'emplois qui sont confrontés à un risque élevé de chômage dans la crise sanitaire, et ce malgré le dispositif de chômage partiel. Leur vulnérabilité économique est liée à la précarité de leurs statuts, au ralentissement des secteurs qui les emploient et à l'impossibilité de travailler à domicile. Ces professionnels souffrent également d'une fragilité financière, avec des salaires médians inférieurs à la moyenne et d'une fragilité physique et psychologique, liée à leurs conditions de vie et de travail habituelles.

Dans cette catégorie, les professions les plus féminisées comptent davantage de familles monoparentales, la charge familiale devenant d'autant plus compliquée que l'emploi est mis en péril ou que le chômage partiel vient diminuer des revenus déjà faibles. Plus globalement, les temps de travail de ces professionnels sont contraints à des horaires atypiques.

Les « nouveaux vulnérables »

Comptant près de 4,3 millions d'emplois, les professions des transports et de l'entreposage, de l'hôtellerie-restauration, des services aux particuliers et les professionnels des arts, des spectacles, de la culture et du sport sont très exposés au ralentissement ou à l'arrêt prolongé de leur activité. Malgré le bénéfice du chômage partiel, leurs statuts les fragilisent. D'une part, parce que la part des contrats salariés non permanents atteint 20 % en moyenne dans ces professions et, d'autre part, parce que leur activité ne peut pas s'exercer à distance.

Ils sont également confrontés à des difficultés financières, avec un salaire médian de 1 550 euros mensuels, le plus faible de toutes les catégories de profession identifiées, et à des horaires atypiques.

Pour les indépendants solo, qui sont nombreux, un arrêt prolongé de leur activité les menacerait durablement. Autre menace existante, l'exposition habituelle aux risques physiques qui peuvent occasionner des invalidités professionnelles, comme l'atteste une reconnaissance de handicap supérieure à la moyenne.

Les premières lignes face au Covid-19

Les 10,4 millions de professionnels directement ou indirectement sur le « front » sont ceux dont les activités apparaissent essentielles dans cette crise. Il s'agit de tous les métiers de la santé, de l'éducation, de la propreté, de l'alimentaire et de sa distribution, et les professions régaliennes. S'ils sont économiquement peu vulnérables, ils sont exposés à une vulnérabilité d'ordre sanitaire par leur contact direct avec le public : 73 % font habituellement face aux usagers, clients ou patients. Certains sont très exposés à ce risque durant le confinement, d'autres, dont l'activité est actuellement ralentie ou se fait à distance, le seront avec le déconfinement.

La vulnérabilité de ces professionnels de santé est également psychologique, la charge mentale et la pression temporelle dues notamment à la réorganisation des services et à l'afflux de patients étant autant de facteurs susceptibles de dégrader les conditions de travail à court terme.

Les métiers de la relation usager ou de la relation commerciale, qui sont pour partie déjà en contact avec le public ou le seront après le déconfinement, subissent aussi la crise, tout comme les formateurs et les enseignants qui, bien qu'actuellement prémunis d'un risque sanitaire direct, deviendront plus vulnérables à la réouverture encadrée des écoles, et les assistantes maternelles, dont l'activité a été fortement ralentie.

Les cadres hyperconnectés

Aussi appelés télétravailleurs, et essentiellement des cadres, ces professions doivent, à distance, assurer la continuité du travail et préparer la reprise d'activité.

Ces 3,9 millions d'emplois concernent des cadres exposés à un faible risque économique, grâce à leur capacité à travailler à distance en mobilisant les outils numériques (38 % travaillent habituellement à leur domicile contre 20 % dans l'ensemble des métiers) et à leur statut d'emploi (près de 90 % sont en CDI ou indépendants avec salariés).

Toutefois, en raison du télétravail, ils peuvent être sollicités pour adapter l'organisation de l'entreprise aux mesures de confinement et faciliter la reprise d'activité. Si les cadres de la fonction publique et de la banque et de l'assurance ont dû pallier les effets directs du confinement sur la santé publique et le système financier et bancaire, ceux de l'industrie et du commerce préparent davantage les modalités de la reprise d'activité.

La difficulté d'organiser cet effort collectif à distance et la tendance à l'hyperconnectivité pour répondre aux urgences exposent les cadres à une dégradation de leurs conditions de travail, aggravée par la difficulté à concilier leur vie familiale et professionnelle. Or ces métiers ont déjà les plus fortes intensités de travail et de charge mentale en France : avant la crise, 81 % des cadres déclaraient avoir des quantités de travail excessives et près de la moitié, devoir travailler sous pression.

Les professions contraintes à l'inactivité partielle

Bien qu'elles soient économiquement préservées, certaines professions intermédiaires ou métiers d'employés qualifiés, qui ne se retrouvent pas dans les groupes précédents, subissent la crise en raison d'une inactivité partielle.

Ces 4 millions d'emplois, jeunes de début de carrière, ont un salaire médian légèrement au-dessus du celui de l'ensemble des professions mais travaillant moins à distance que les cadres, ils sont contraints à l'inactivité partielle. Exerçant des fonctions support ou de management intermédiaire, ils sont dépendants de leurs collectifs de travail, ce qui, pendant le confinement, implique une plus grande autonomie des collègues qu'ils soutiennent ou encadrent et symétriquement une moindre charge de travail.

Une situation qui engendre toutefois des risques d'éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation. La reprise d'activité sera potentiellement rendue moins aisée par l'autonomisation des collectifs de travail qui pourra nécessiter une adaptation des méthodes de soutien et d'encadrement. Le travail à distance et la mobilisation d'outils numériques pendant le confinement pourraient également imposer une mise à niveau des compétences numériques de ces métiers.

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