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CNP : 2e rapport sur les effets de la crise Covid-19 sur la productivité et la compétitivité

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CNP : 2e rapport sur les effets de la crise Covid-19 sur la productivité et la compétitivité
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Le Conseil national de la productivité (CNP) vient de publier son deuxième rapport sur les conséquences de la crise économique et sociale liée à la Covid-19 sur la productivité et la compétitivité de la France, qui n'est pas le seul pays européen impacté, comme l'illustrent les comparaisons des plans d'urgence et de relance des différents Etats faites par le rapport.

Le Conseil national de productivité (CNP) français, comme tous ceux mis en place par tous les États membres de l'Union européenne qui partagent l'euro et organisé en réseau avec eux, analyse les évolutions et les déterminants de la productivité et de la compétitivité en France, en tenant compte des interactions avec les autres États membres. L'objectif étant de mener une meilleure coordination des politiques économiques au sein de la zone euro, dont la crise de la Covid-19 a montré l'importance. Ce deuxième rapport offre une comparaison des plans d'urgence et de relance annoncés par les pays européens et évalue leurs impacts potentiels sur les déséquilibres courants en zone euro. Face à une possible vague de faillites, il présente également plusieurs options permettant d'éviter la sortie d'entreprises viables et productives. Enfin, le rapport consacre un chapitre à la question de la mauvaise performance de la France en matière de formation initiale et continue, aux conséquences lourdes sur la productivité.

Impact de la crise actuelle sur la productivité

Si la crise actuelle ne ressemble à aucune autre, et se distingue par bien des aspects, elle se singularise également par l'ampleur des dispositifs de soutien d'urgence à l'économie : en 2020, la France a annoncé des mesures de soutien d'urgence et de relance à hauteur de 7,6 % de son PIB de 2019, soit 185 milliards d'euros, hors mesures de liquidités et de garanties, avec pour ces dernières un plafond de 17 % du PIB. Le déficit public prévisionnel est de 11,3 % du PIB en 2020, dont le financement sera facilité par la politique elle-même sans précédent de la Banque centrale européenne. Pour l'année 2020 dans son ensemble, l'Insee prévoit une baisse du PIB de 9 % et une baisse de l'emploi salarié de 2,3 %.

En réponse à la chute dramatique de la productivité des secteurs les plus touchés, un des enjeux cruciaux de la politique économique actuelle est d'éviter que le choc économique de la crise sanitaire ne se transforme en choc persistant. Les politiques d'urgence et de relance ont ainsi permis une « mise en hibernation » de nombreuses entreprises qui explique cette chute des défaillances. Le rapport estime que cette dernière, qui était nécessaire, a été efficace puisque les mesures mises en place par le Gouvernement ont, jusqu'ici, permis d'éviter que des entreprises productives ne soient mises en défaillance. Le rapport souligne toutefois que le retrait des mesures de soutien engendrera de nombreux risque dont celui de de subir un nombre élevé de défaillances d'entreprises productives ou d'entreprises « systémiques » et de surprotéger celles déjà établies et peu productives, créant ainsi des « zombies » évitant de peu la faillite grâce à un mix de taux bas et d'aides publiques.

Par ailleurs, les mesures de liquidité ne suffiront pas à éviter les défaillances de certaines entreprises viables. Le rapport, qui suggère de réduire l'endettement de l'entreprise, envisage cinq options : permettre la renégociation entre l'entreprise et ses créanciers, imposer au créancier une diminution de sa créance, encourager, par une forme de subvention, le créancier à accepter une réduction de créance, proposer un refinancement de la dette par l'État, en échange d'une prise de participation au capital de l'entreprise et proposer un refinancement de la créance des investisseurs privés par de la dette financée ou garantie par l'État.

Dans le cas des entreprises dont les aides proviennent de l'État, via le PGE ou le report des charges fiscales et sociales, celui-ci doit agir en créancier responsable et flexible et accepter les réductions de dette lorsque cela est nécessaire pour permettre à l'entreprise de se développer ou même de survivre, à condition qu'elle soit viable. Cela implique d'améliorer l'information du public et des décideurs en matière de difficultés d'entreprises et de déployer des moyens plus importants via l'appareil de statistiques publiques pour assurer un suivi en temps réel des restructurations d'entreprises.

Toutefois, la crise pourrait avoir certains effets positifs sur la productivité via l'innovation. Les entreprises ont été obligées d'expérimenter de nouveaux modes d'organisation, de nouvelles technologies qui pourraient avoir un impact favorable. L'exemple le plus probant est le développement du télétravail, dont l'impact sur la productivité et le bien-être des salariés devra être analysé.

Zone euro : plans d'urgence/de relances et déséquilibres

La crise risque d'accentuer les déséquilibres au sein de la zone, en impactant plus violemment les pays dont la dette publique était plus élevée et le compte courant plus dégradé. Cependant, tous les pays ont pu enclencher des plans d'urgence et des plans de relance. Pour analyser la réponse à la crise, par les plans d'urgence et de relance, le rapport a distingué les mesures dont l'objectif est la protection de l'économie plutôt à court terme, et celles dont l'objectif est de favoriser la réorientation et la réallocation de celle-ci à la fois pour augmenter la productivité, la compétitivité ou la soutenabilité environnementale, plutôt à long terme.

Hormis le Royaume-Uni, la réponse politique à la crise est assez équilibrée entre mesures de protection et de réallocation. La France a, jusqu'ici, une stratégie un peu plus marquée que les autres pays sur la réallocation mais les montants annoncés sur les mesures de protection demeurent plus importants que sur les mesures de réallocation, comme dans les autres pays. De manière générale, tous les pays convergent sur un effort budgétaire immédiat majoritairement porté sur les mesures de protection, sous la forme d'aides aux PME, TPE et indépendants, de dépenses de santé ou de dispositifs d'activité partielle. Ce type de mesures représente ainsi 92 % de l'ensemble des mesures d'urgence et de relance annoncé par le Royaume-Uni et 71 % en Allemagne. A contrario, l'Espagne, la France et les Pays-Bas présentent des stratégies plus équilibrées entre mesures de protection et dispositifs de réallocation, qui représentent 49 % de l'effort global en Espagne, 42 % en France et 40 % aux Pays-Bas. À ce stade, les plans d'urgence et de relance ne présentent pas des caractéristiques permettant de déduire un impact clair sur les déséquilibres de moyen terme au sein de la zone euro.

Compétences et productivité

Enfin, le rapport aborde la question d'une performance « médiocre » de la France en matière de formation initiale et continue. Face aux autres pays européens, la France présente un niveau inférieur de compétences de la population active, idem chez les moins diplômés, et des inégalités en termes de capital humain. Ces performances médiocres en matière de formation influencent négativement la participation au marché du travail. Or, le capital humain étant le principal moteur des gains de productivité, la France a pour enjeux majeurs de réduire les inégalités scolaires dès le plus jeune âge et renforcer les recours à la formation tout au long de la vie, en ciblant particulièrement les moins diplômés. Il sera intéressant de mesurer les effets des récentes réformes engagées dans ce sens, en temps voulu. Le rapport prévoit également, au regard des expériences tirées des crises précédentes, que le retard pris sur le niveau scolaire des élèves, notamment lors du confinement, ne sera pas rattrapé sans mesures spécifiques dans ce but et en direction des plus défavorisés. De la même manière, les difficultés d'insertion sur le marché du travail, la réduction des opportunités, le chômage de longue durée auront des effets à long terme sur la productivité, et donc sur la croissance et les niveaux de vie, si aucunes mesures ne sont mises en œuvre.




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