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CNGTC : 2020, l'année du grand paradoxe

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CNGTC : 2020, l'année du grand paradoxe
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Selon le récent bilan national des entreprises du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce (CNGTC), l'année 2020 a fait l'objet de deux phénomènes paradoxaux que sont une hausse des créations d'entreprises par rapport à l'année précédente mais une forte baisse des défaillances.

Le CNGTC a dévoilé les résultats du 3e édition du Bilan national des entreprises 2020 des greffiers des tribunaux de commerce lors d'une conférence de presse organisée le 28 janvier dernier en présence de Sophie Jonval, présidente du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce et de Laurent Frelat, vice-président de Xerfi Spécific. Basé sur l'analyse des données des 5,5 millions d'entreprises immatriculées au Registre du commerce et des sociétés (RCS,) cette troisième édition offre une analyse de la situation des entreprises en 2020, pour l'heure largement épargnées par la crise liée à la pandémie de Covid-19.
Il en ressort que la crise sanitaire et les mesures restrictives, qui ont accéléré les tendances de fond de l'ubérisation, de la plateformisation de l'économie et de certains modes de consommation comme la livraison à domicile ou le e-commerce, ont eu pour conséquence une hausse des créations d'entreprises par rapport à 2019. Phénomène inverse, 2020 a été marquée par une baisse des défaillances d'entreprises. En effet, les dispositifs de protection des entreprises et de l'emploi mis en place par le Gouvernement ainsi que le gel de l'état des cessations de paiement ont eu un rôle d'amortisseur efficace pour tous les secteurs.

Annus horribilis pour l'économie nationale et mondiale

L'année 2020, marquée par la pandémie de la Covid-19, a connu la plus forte récession de l'économie mondiale de l'après-guerre, le PIB mondial ayant chuté de 4,3 %. S'agissant de la France, avec une baisse du PIB estimée à -9,2 %, sa performance économique se situe en dessous de la moyenne de la zone euro, et notamment de celle de l'Allemagne et des Pays-Bas. Au niveau national, le recul du PIB sur l'ensemble de l'année est la conséquence d'une chute de 20 % sur les six premiers mois de l'année, suivie d'un rebond au 3e trimestre puis d'un nouveau plongeon entre octobre et décembre.

Dans le détail, la crise sanitaire a affecté les trois moteurs du PIB. Tout d'abord, elle a entraîné une forte cassure de la dynamique du pouvoir d'achat des Français, qui devrait reculer de 2,4 % en 2020, même si, grâce aux aides mobilisées par l'Etat, leur taux d'épargne s'est envolé au 2ème trimestre, atteignant 25 %, contre 15 % habituellement. Par ailleurs, l'investissement des entreprises a été très impacté, conséquence du souci de préservation des finances actuelles et par absence de perspectives pour l'avenir. Enfin, les exportations ont chuté plus rapidement que les importations, faisant du commerce extérieur un enjeu supplémentaire de reprise économique.

Un « boom » surprenant de créations d'entreprises

Fait surprenant dans le contexte économique post-Covid et l'incertitude pesant sur l'avenir, les Français ont continué à entreprendre et le rythme des créations d'entreprises s'est accéléré dès la fin du premier confinement, pour aboutir à un nombre total d'immatriculations supérieur à 2019. De ce fait, 469 000 immatriculations ont été enregistrées en 2020, soit +2,1 %, et + 10 000 immatriculations supplémentaires, par rapport à 2019, une année déjà très favorable. S'agissant de l'évolution par secteur, le transport arrive en tête des secteurs les plus dynamiques de 2020, avec plus de 50 000 créations, soit +24 % par rapport à 2019, porté par la livraison à domicile. Il est suivi du commerce, avec +7 %, où le e-commerce séduit davantage d'entrepreneurs.

Quant à la situation au niveau régional, le bilan fait état de nombreuses disparités entre régions, dont trois affichent un dynamisme entrepreneurial supérieur à la moyenne nationale. En tête, l'Ile-de-France, qui concentre 27,4 % de créations d'entreprises et connait une hausse de 7,4 % des immatriculations par rapport à 2019. Les Hauts de France et les Pays de la Loire se positionnent en 2e et 3e position, avec une augmentation de, respectivement, 4,1 % et 2,3 % des immatriculations. A l'inverse, la Corse présente une diminution très forte de ces dernières, de 12,8 %, suivie, de loin, par la région Grand Est, avec -2,9 %.

Une diminution inattendue des procédures collectives

Les dispositifs de protection des entreprises mis en place par le Gouvernement, comme les exonérations de charge, le gel de l'état de cessation des paiements, le chômage partiel, les prêts garantis par l'Etat ou bien encore le fonds de solidarité, ont permis de préserver les trésoreries des entreprises et d'absorber l'impact de la crise sur les défaillances d'entreprises. Ainsi, le nombre de procédures collectives a chuté de 37,5 % sur un an, soit 27 645 ouvertes en 2020. A noter que tous les secteurs sont concernés par la baisse des procédures collectives, aucune augmentation n'est à souligner, même dans les secteurs à l'arrêt comme le tourisme, l'aéronautique et la restauration. Les secteurs de la construction et du commerce, qui représentent traditionnellement les poids lourds des procédures collectives, le sont un peu moins, avec respectivement -2,5 points et -0,6 points depuis 2018. En effet, ils ont été surprotégés par rapport à un contexte économique normal et se retrouvent moins présents dans les secteurs concernés par les destructions d'emplois.

Toutefois, la contrepartie du niveau exceptionnellement bas des procédures collectives, est la hausse de la part des liquidations judiciaires, en proportion et non en niveau, qui atteint 77 %, soit 4 points supplémentaires par rapport à 2019.

Un scenario peu favorable pour 2021

Pour le CNGTC, à mesure que les dispositifs d'aide cesseront de faire effet, et que les entreprises déjà en difficulté avant la crise viendront s'ajouter à celles frappées par la crise sanitaire, il faut s'attendre au cours des prochains mois à une forte augmentation du nombre des défaillances d'entreprise, qui entrainerait alors des destructions massives d'emplois.

« Si nous pouvons nous féliciter d'avoir remporté une première bataille contre la vague de défaillances qui s'annonçait, le chemin que nos entreprises vont désormais devoir tracer s'annonce des plus périlleux. C'est pourquoi nous invitons aujourd'hui les chefs d'entreprises qui pressentent des difficultés à se rendre au plus tôt au tribunal de commerce, afin de pouvoir bénéficier de procédures préventives qui leur permettront de sauvegarder leur activité et leurs emplois. », souligne Sophie Jonval.




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