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Clarisse Berrebi : un nouveau souffle pour l'ACE Paris

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Clarisse Berrebi : un nouveau souffle pour l'ACE Paris
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Élue présidente de l'association Avocats conseils d'entreprises (ACE) Paris, Clarisse Berrebi a pour grande priorité l'accompagnement des avocats dans l'aventure de la transformation numérique. Cette révolution concerne en premier lieu la jeune garde de la profession et l'aptitude de celle-ci à se saisir des nouvelles technologies afin de s'adapter aux nouveaux modes de fonctionnement.

Affiches Parisiennes : Vous avez été élue présidente de l’ACE Paris. Quels sont vos principaux objectifs ?

Clarisse Berrebi : Je viens de prendre mes fonctions en me fixant trois objectifs prioritaires. Le premier concerne la transformation numérique de la profession d’avocat. Ce point me tient particulièrement à cœur. Il va dans le sens du travail que j’ai entrepris en 2008 au sein de l’ACE-JA, que j’ai présidée, et qui a été amplifié à la tête de la Commission nouvelles technologies du Conseil national des barreaux, de 2012 à 2014. Il sera poursuivi dans le cadre de ma co-présidence de la commission technologie de l’ACE. La révolution numérique de la profession est essentielle.

L’ACE Paris va se saisir de ce dossier de façon encore plus importante afin d’aider les avocats parisiens, membres de l’association, à s’engager sans tarder dans cette voie. Cette sensibilisation se fera, comme à l’habitude à l’ACE, sous forme de formations, de conférences, de travaux de plus long terme, de publication d’un livre blanc… La réflexion que nous menons actuellement nous permettra de tracer le calendrier de nos actions et de définir les moyens que nous mettrons en œuvre pour réaliser cet objectif essentiel.

Deuxième axe important, l’ACE Paris a un rôle politique puisque nous avons tous les ans des élections au Conseil de l’Ordre du barreau de Paris. Nous nous devons d’être présents, de peser dans ces élections, et d’élever le débat pour être moteur et force de proposition. Nous avons des membres de l’ACE qui se présentent et sont élus au Conseil de l’Ordre chaque année. C’est un point sur lequel mes prédécesseurs ont beaucoup travaillé. Je vais renforcer notre implication sur l’emsemble des travaux qui ont été entrepris.

Cela tient au fait que l’ACE est d’abord un syndicat qui travaille, propose, réfléchit et agit. Nous sommes connus pour la qualité de nos commissions techniques. Nous allons aller plus loin en essayant de structurer davantage l’approche politique de l’association, en renforçant son implication dans les instances professionnelles.

Troisième objectif : nous souhaitons intensifier la présence de l’ACE auprès des jeunes avocats. Nous avons toujours une section jeunes au sein de l’association, mais nous allons essayer d’aller plus loin en multipliant les synergies entre cette section jeunes et la section locale en faisant en sorte d’être plus présents, notamment dans les écoles. Nous avons, par exemple, un partenariat avec Head, l’école des hautes études appliquées du droit, grâce à l’ACE Versailles. Nous allons également renforcer notre présence dans les universités et à l’école de formation du barreau, voire dans d’autres écoles. Nous voulons réaffirmer cette volonté d’aller vers les jeunes, d’autant que les projets que j’ai initiés à la présidence de la commission nouvelles technologies du CNB allaient déjà vers ces jeunes avocats.

Le Cloud privé de la profession, mis en service le 10 mars, est typiquement dédié aux jeunes avocats. Grâce à lui, ils ont à présent à leur disposition un pack numérique gratuit avec adresse mail, accès à un espace privé de stockage de documents, agenda…

Même chose avec l’acte d’avocat numérique mis en œuvre lors de mon mandat au Conseil national des barreaux. Il y a là deux choses particulièrement intéressantes pour l’avocat : la possibilité de signer – à Paris depuis fin février – un acte 100 % numérique et d’établir des conventions d’honoraires dématérialisées. Avec la loi Macron, qui nous oblige à envoyer une convention d’honoraires pour toute prestation, cet outil devient essentiel.

 

A. P. : La révolution numérique est à vos yeux la priorité des priorités ?

C. B. : Bien sûr. Cette révolution se compose, d’une part, des outils et, d’autre part, des usages. C’est pour cette raison que je veux aller vers les jeunes confrères pour faire passer ces messages essentiels. À l’ACE, nous sommes en avance sur toutes ces questions grâce à tout le travail réalisé depuis 2008. Nous voulons que les jeunes avocats se saisissent de ces nouvelles technologies au quotidien, dans leur façon de travailler, pour la transformer et l’améliorer au bénéfice de leurs clients. C’est l’expérience client, la relation client, et le modèle économique du cabinet qui découlent de ces nouvelles pratiques.

 

A. P. : Quand on parle de moderniser la profession, prenez-vous également en compte la dimension internationale ? Avez-vous cette volonté de nouer des relations entre l’ACE et des réseaux européens ?

C. B. : L’avenir de notre profession se dessine largement en dehors de l’Hexagone : à Bruxelles avec l’Union européenne, à Genève avec l’Organisation mondiale du commerce et les négociations sur la libéralisation internationale des services juridiques. Je n’oublie pas non plus l’influence positive et vertueuse de la cour européenne des droits de l’Homme. En outre, la mobilité internationale des avocats est croissante et internet nous permet de toucher nos clients partout dans le monde à toute heure de la journée. Alors oui, la dimension internationale est essentielle et les pratiques à l’étranger peuvent servir de source d’inspiration.

Par exemple, quand nous regardons notre façon de travailler dans mon cabinet, nous constatons que la dimension internationale est nécessaire, sinon indispensable. Nous travaillons aujourd’hui avec beaucoup de start-up. Toutes ont, dans leur modèle économique initial, une volonté de développement hors de nos frontières. Je fais beaucoup de fiscalité internationale et cette dimension d’ouverture à l’étranger est vraiment mon quotidien. Nous constatons que certaines obligations fiscales réservées aux grands groupes reposent aujourd’hui sur de toutes petites entreprises.

Comme vous le savez, nous avons une section internationale à l’ACE particulièrement active. Il est évident que l’ACE Paris va collaborer avec la section internationale.

Les partenariats avec des réseaux d’avocats étrangers ont déjà été mis en place, ce n’est pas une innovation. En revanche, ce que nous pouvons faire au niveau local, c’est intensifier les liens entre les commissions de travail des sections de l’ACE et les avocats parisiens. Dans notre association, il n’y a pas d’étanchéité entre les commissions et les sections, mais il n’y a peut-être pas encore assez de partage.

 

« L’avenir de notre profession se dessine largement en dehors de l’Hexagone : à Bruxelles avec l’Union européenne, à Genève avec l’Organisation mondiale du commerce et les négociations sur la libéralisation internationale des services juridiques. »

 

A. P. : Comment adapter la profession d’avocat à la prolifération des legal start-up ?

C. B. : Les legal start-up se positionnent sur le segment d’une demande de droit non satisfaite et se proposent d’y répondre à un coût que d’aucuns qualifieraient d’abordable. Les avocats sont donc concurrencés sur le terrain de l’accès au droit. Il appartient aux avocats d’être innovants dans leur exercice professionnel et sur ce marché afin de répondre à la demande de droit. Et les ordres ainsi que le CNB doivent accompagner et encourager cette mutation. C’est notre relation et notre alliance avec le public qui sont ici en cause !

Sur ce sujet important, nous sommes en phase de recherche. Nous savons que nous devons nous adapter. À ce stade de notre réflexion, je dirais que la première chose à ne pas faire c’est abandonner la masse sous prétexte qu’elle n’est pas porteuse de valeur ajoutée pour l’avocat. Nous faisons une erreur en voulant nous replier sur cette valeur ajoutée. Nous l’avons déjà commise avec les experts-comptables à qui nous avons laissé trop de prérogatives en matière de droit. L’uberisation nous fait courir les mêmes risques.

Je crois que nous devons aujourd’hui impérativement intégrer à nos modèles économiques une partie de « freemium » – une offre gratuite, en libre accès, ou peu chère. Attention de ne pas nous déconnecter de ce type de relation client. Il faut continuer à privilégier ce lien. Pour illustrer cette priorité, je prends
encore l’exemple de notre cabinet. Nous avons mis au point cette offre freemium en ligne avec le service Jurismatic pour lequel nous avons reçu le prix « Jinov ». Nous mettons ainsi gratuitement en ligne tous les actes qui permettent à une start-up de trouver l’essentiel pour se constituer. Nous savons que ces sociétés en formation n’ont pas les moyens d’investir largement dans le conseil juridique dont ils ont besoin. Cependant, si nous ne sommes pas présents à leurs côtés dès le départ, ils vont naturellement se diriger vers les legal start-up. Nous créons ainsi la relation. Nous participons directement à l’écosystème en faisant bouger les lignes du gratuit et du payant. Quand elles grandissent, ces start-up viennent ensuite vers nous. Nous le vivons au quotidien.

 

A. P. : Pouvez-vous détailler ce service Jurismatic ?

C. B. : En juin 2015, nous avons pris la décision de nous associer au projet Jurismatic en partenariat avec The Family, qui est un incubateur de start-up. Ce service consiste à mettre gratuitement en ligne, à disposition de l’écosystème start-up, tous les actes nécessaires à la constitution d’une société, des statuts (SAS, etc.) aux contrats de travail, en passant par le pacte d’associés fondateurs. Nous avons fait le choix d’adapter les actes qui permettent de commencer l’activité. Ils sont à disposition en creativ commons, utilisables pour un usage personnel. Nous avons associé à Jurismatic des formations, en présentiel et en MOOC – qui seront bientôt en ligne sur notre plateforme. Ces MOOC constituent un « step by step » pour remplir les actes. C’est très pratico-pratique.

Au niveau du cabinet, nous ne sommes plus dans la logique traditionnelle de facturation classique au temps passé. Nous avons à présent une offre qui se structure en quatre parties : le gratuit – qui passe notamment par Jurismatic, les ateliers que nous proposons dans les accélérateurs et les incubateurs –, une partie forfaitisée – via un catalogue de tarifs –, une troisième catégorie à plus forte valeur ajoutée, avec une facturation un peu plus importante, et enfin une quatrième partie survalorisée pour les grands comptes qui vont chercher d’autres valeurs ajoutées que nous pouvons leur apporter, eu égard à notre expérience de l’écosystème start-up.

 

« Nous devons être capables de travailler avec des partenaires efficaces pour aider notre client. Nous organisons donc notre propre interprofessionnalité autour de nos clients. »

 

A. P. : Concernant l’interprofessionnalité, une structure mixte d’importance vient d’être créée récemment entre experts-comptables et avocats. Pensez-vous que c’est une piste d’avenir ?

C. B. : Peut-être. C’est intéressant et donne à réfléchir. Mais ce n’est pas ma vision de l’interprofessionnalité. Pour l’instant, ce qui me « dérange » c’est l’orientation exclusivement « produits », alors que nous sommes essentiellement orientés « clients ». Quand un client a un besoin, ce qui nous intéresse c’est le parcours, l’expérience. Le problème actuel de l’avocat, c’est que les clients viennent à reculons : ils ne savent pas ce qu’il va apporter, combien il va coûter… Il est considéré comme un mal nécessaire. C’est cette image que nous souhaitons changer. Nous voulons dire “entrez chez un avocat, vous allez vivre une vraie expérience”. Le client va avoir ce qu’il souhaite dans une organisation simple et claire, pour un prix compréhensible dès le départ. En plus, si son dossier est un peu plus complexe, il va avoir une expérience de croissance personnelle. Le client ne va pas subir, mais participer à son affaire, à son dossier.

Nos startuppers dont la moyenne d’âge est très basse, sont extrêmement friands de cette approche. Nous les aidons à participer eux-mêmes à leur aventure entrepreneuriale. Pour créer une société, il faut en effet un banquier pour le dépôt des fonds, et il faut un formaliste pour obtenir le Kbis dans les meilleurs délais. Voilà l’exemple d’une interprofessionnalité concrète. Nous devons être capables de travailler avec des partenaires efficaces pour aider notre client. Nous organisons donc notre propre interprofessionnalité autour de nos clients.

 

A. P. : Le projet de l’avocat en entreprise est-il toujours, à vos yeux, un projet innovant ?

C. B. : C’est un projet qui a longtemps été porté par l’ACE. Mais ce statut est étrangement rejeté par une partie de la profession pour des raisons que nous ne sommes même plus capables d’expliquer, ce qui est en soi un problème. Ses détracteurs avancent notamment qu’il pose un problème d’indépendance en étant, par ailleurs, satisfaits du projet Macron sur l’indépendant dépendant économiquement. On vit le salariat comme un problème, alors que la dépendance économique de l’avocat est pire. À l’ACE, nous ne comprenons pas ce raisonnement. Honnêtement, cela constitue pour nous une véritable énigme.

Nous nous battons depuis dix ans pour que les avocats soient dans l’entreprise, auprès d’elle, et pour que les avocats diversifient et augmentent leurs possibilités d’exercice professionnel.

Que se passe-t-il en réalité ? Nous formons les juristes d’entreprise dans nos écoles d’avocats en leur faisant payer des droits d’inscription qui ne sont pas très élevés. En sortant, ils sont embauchés par les entreprises, quelle que soit leur taille. Les avocats et la profession perdent vraiment à tous les niveaux. Nous pourrions au moins collecter des cotisations payées par les entreprises qui rentreraient dans les caisses des barreaux ou récupérer une partie des droits d’inscription. Financièrement, nous y perdons. Politiquement, nous y perdons également parce que nous sommes une profession moins puissante. Humainement nous y perdons aussi, car nous avons beaucoup moins de mobilité, notamment avec toutes les femmes qui quittent prématurément la profession d’avocat dans les années qui suivent leur installation.

Aujourd’hui, le statut d’avocat en entreprise n’est plus une innovation, c’est une nécessité. Là encore, les exemples étrangers devraient nous inspirer. Cela prendra sans doute du temps, mais nous parviendrons à le faire accepter par la profession, parce que la France doit rester compétitive en matière de droit et que les avocats sont là pour aider les entreprises à être, elles aussi, compétitives. Et nous rencontrerons probablement, un jour, un ministre qui comprendra les enjeux de l’avocat en entreprise et qui nous aidera à créer ce statut dont nous voudrons enfin.

 

Clarisse Berrebi est avocat au barreau de Paris, associée chez 11.100.34. Avocats Associés

 




Jean-Paul VIART
Journaliste

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