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Christophe Priem, le nouveau président de l'Ifec

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Christophe Priem, le nouveau président de l'Ifec
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Denis Barbarossa s'apprête à laisser les rênes de l'Ifec à Christophe Priem. L'ancien et le nouveau président du syndicat font le point sur la tumultueuse actualité qui secoue actuellement les professions d'expert-comptable et de commissaire aux comptes.

Affiches Parisiennes : Denis Barbarossa, pouvez-vous tout d'abord faire un bilan de votre mandat à la présidence de l'Ifec ?

Denis Barbarossa : Je suis arrivé en mars 2017 avec mon bureau national à l'Ifec. Dès le début de mon mandat, nous avons connu des mois difficiles mais passionnants. Nous avons apporté notre contribution à la loi Essoc et à la loi Pacte, pour accompagner les entreprises et la simplification souhaitée par le Gouvernement. Nous estimions que les experts- comptables et les commissaires aux comptes avaient toute leur place au cœur de ces projets. Puis, en 2018, nous avons connu un chamboulement assez violent avec le deuxième volet de la loi Pacte, avec notamment la fin du commissariat aux comptes dans les PME. Ce sujet nous a beaucoup occupés. Il nous a amenés à nouveau à contribuer à travers un premier livret de simplification pour Essoc et un deuxième pour la loi Pacte. Nous avons fait un troisième livret sur le commissariat aux comptes et son rôle en tant qu'acteur de confiance et vecteur de confiance pour l'économie. Dans la foulée, nous avions eu des débats assez passionnants avec le ministère des Finances, cette fois-ci positifs, sur la parité. Muriel Pénicaud nous a sollicités pour que l'Ifec et le bureau national commencent à tester les modèles d'égalité professionnelle que souhaitait le Gouvernement. Cela nous a permis de démontrer l'intérêt de la profession et sa force au cœur de l'économie.

A.-P. : Vous avez également affronté la réforme de la formation professionnelle ?

D. B. : Oui, une réforme, non concertée, s'est ensuite engagée sur le front de la formation professionnelle. Elle nous a permis de travailler avec d'autres syndicats patronaux à la constitution de l'Opco Atlas, qui a vocation à accompagner les compétences de nos collaborateurs sur l'avenir des cabinets. On sait tous l'importance du numérique, de l'amélioration des compétences tout au long de la vie et de l'importance du financement de ces projets, avec néanmoins un chamboulement important sur les modèles économiques des Opco et du financement presque majoritaire du chômage et non plus, cette fois ci, de la formation continue ; autant de transformations d'envergure qu'il nous faut expliquer à nos consœurs et à nos confrères. Sur ce point, je salue le travail de nos élus, notamment Dominique Hubert, à la tête de la CPPNIC, pour faire en sorte que les experts-comptables au sein de l'Opco Atlas et de France Compétences bénéficient des moyens nécessaires au financement de la formation.

A.-P. : Vous achevez votre mandat avec, en point d'orgue, la réforme des retraites…

D. B. : C'est un autre chantier important de mon mandat sur lequel nous nous battons. Nous considérons que les fourmis n'ont pas à payer pour les cigales. Notre système de retraites autonome, géré par la Cavec, a démonté sa force depuis 1945. Il n'a pas à pâtir de la volonté du Gouvernement de lui faire financer les cigales ou en tous cas les caisses qui sont bien gérées. Les politiques fiscales et les politiques gouvernementales n'ont pas à être financées par des caisses paritaires. C'est le travail de mes élus et surtout de Romain Acker et de Michel Giordano, qui ont travaillé d'arrache-pied pour faire en sorte que l'Ifec, au côté de la CPME, rejoigne le collectif SOS Retraites, défendant les professions libérales sur ces sujets importants. Nous informons le Gouvernement de l'importance des caisses bien gérées et de la solidarité que nous affichons déjà depuis maintenant 70 ans pour la Cavec, puisque les experts-comptables cotisent chaque année à hauteur de 1 000 euros pour la solidarité nationale, ce qui n'est pas tout à fait négligeable.

A.-P. : Christophe Priem, vous prenez les rênes de l'Ifec dans un moment compliqué pour la profession. Pouvez-vous tout d'abord vous présenter ?

Christophe Priem : Je suis expert-comptable et commissaire aux comptes, à Blois, dans le Loir-et-Cher. J'exerce dans un cabinet de taille moyenne, puisque nous sommes deux associés avec 15 collaborateurs, avec une activité expertise-comptable, mais aussi une activité commissariat aux comptes importante. Cela me permet donc de bien connaître les problématiques des deux métiers. J'ai assuré des fonctions ordinales au niveau de l'Ordre régional d'Orléans. J'ai été président du Conseil régional de l'Ordre, de 2013 à 2016. Denis Barbarossa m'a sollicité pour intégrer son bureau national en tant que vice-président, en charge du Conseil supérieur. Je suis donc également élu au Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables, en charge de la commission stratégie action publique et de la mise en œuvre de la loi Pacte.
C'est, en effet, un moment important pour le syndicat, même si on a déjà traité beaucoup de sujets. Denis Barbarossa a oublié qu'il a également eu à traiter la mise en place du prélèvement à la source, quand Gérald Darmanin nous a sollicités. Nous avons constaté qu'il nous avait un petit peu oublié dans ses derniers commentaires, puisqu'il a surtout remercié les agents des finances publiques. Il faudrait quand même lui rappeler que, grâce à nous, le prélèvement à la source s'est plutôt bien passé pour le Gouvernement et pour les entreprises.

A.-P. : Vous vous étiez bien préparés à cette réforme…

C. P. : Oui, nous avons eu le temps de nous préparer puisque c'était une réforme qui devait se concrétiser en 2018 et qui a été reportée d'une année afin de pouvoir la tester. Nous avons donc pu mettre en place ce prélèvement à la source en usant de pédagogie, notamment vers les salariés. Il fallait les préparer psychologiquement à gagner moins sur leur bulletin de paie au 1er janvier 2019. Cette opération s'est nettement mieux passée que la DSN, la Déclaration sociale nominative.

D. B. : La profession a consacré un temps très important à ces réformes. Notre commission fiscale a chiffré l'impact sur les cabinets. Il représenterait à peu près 100 millions d'euros d'investissement. Ce temps passé n'a pas été facturé par les experts-comptables.

A.-P. : Parlons de l'activité de l'Ifec. Est-ce que le syndicat est en croissance ? Quel message passez-vous aux adhérents et aux futurs adhérents, en tant que président sortant et que président entrant ?

D. B. : En tant que président sortant, nous avons effectivement eu des débats très importants et très nombreux avec nos consœurs et nos confrères. Habituellement, les présidents de l'Ifec font chaque année le tour de toutes les régions. Compte tenu de l'activité que nous venons d'évoquer, j'ai souhaité doubler ce tour de France, nous avons donc (président, vice-président et bureau national rencontré toutes nos sections à deux reprises pour expliciter tous ces enjeux forts et l'action de l'Ifec au quotidien. Nous n'avons pas constaté de pertes massives d'adhérents, même si nous avons eu quelques départs de confrères mécontents, ce qui est tout à fait compréhensible, eu égard à l'actualité chargée et assez agressive contre les professions. Les départs ont néanmoins été compensés par les adhésions de confrères jeunes ou moins jeunes qui ont souhaité marquer leur soutien à l'action syndicale et aux travaux de l'Ifec. Nous avons beaucoup publié depuis trois ans, sur la loi Pacte, sur le bien-être au sein de l'entreprise, sur le handicap... Tous ces travaux sont reconnus parce que l'Ifec reste avant tout un institut – le “I” d'Ifec – auquel nous sommes très attachés. Certes, nous avons un rôle syndical, de défense de l'individu et de notre profession, mais nous avons aussi un rôle prospectif qui permet aux confrères d'échanger au sein de nos 28 sections et d'être informés en continu.

A.-P. : Pour l'Ifec, la formation fait partie des sujets très importants. Qu'allez-vous entreprendre en tant que nouveau président ? Quels sont vos objectifs ?

C. P. : Mon objectif, bien évidemment, est de continuer les actions qui ont été déployées par le bureau national précédent, dont je faisais partie et par Denis Barbarossa.

Nos objectifs sont :

D'accentuer des axes de développement de la formation et de l'information par le biais d'ExpertsLab, plateforme d'e-learning, développée par Denis Barbarossa pour en faire le “Netflix de la formation et ainsi permettre à nos confrères Domiens d'accéder à l'ensemble des sujets proposés par l'Ifor ;
De poursuivre la prospective engagée et être force de propositions afin d'alerter les Pouvoirs publics, les informer et leurs proposer des actions de simplification ;
De renforcer notre rôle de défenseur des intérêts de nos confrères et de tous les cabinets (petits, moyens ou grands). Nous exerçons le même métier et nous nous posons les mêmes questions. L'Ifec est un lieu de débat, d'écoute et de propositions.
De développer notre syndicat dans un contexte particulier marqué par les élections à l'Ordre et à la Compagnie.
De fédérer et rassembler nos confrères à l'occasion de notre Congrès, qui se tiendra à Saint-Malo les 2 et 3 juillet, dans l'optique des élections qui se dérouleront à la rentrée.​

A.-P. : Pouvez-vous nous présenter brièvement ce congrès de Saint-Malo ?

C. P. : Saint-Malo va accueillir notre congrès qui sera pratico-pratique, à destination des confrères, à travers des thématiques diverses et variées, permettant de produire un outil. Les confrères pourront ainsi repartir dans leurs cabinets avec un outil utilisable, en étant force de proposition et en générant du chiffre d'affaires supplémentaire. On sait, aujourd'hui, que les marges s'effritent. Il faut donc trouver de nouvelles missions pour développer l'activité professionnelle.

A.-P. : Le congrès précédent a été un grand succès, quelles sont les choses que vous avez pu en tirer pour aller de l'avant ?

D. B. : Ce qu'évoque Christophe aujourd'hui. Les bonnes recettes pour nous et pour un congrès à succès, c'est avant tout un aspect technique important, du concret en termes d'outils pour nos consœurs et nos confrères et la convivialité qui reste aussi notre marque de fabrique. Le Congrès, c'est l'occasion pour nous tous les deux ans, de se retrouver, d'échanger, de partager en comité plus restreint que le grand congrès de l'Ordre. Le congrès est important pour s'informer, se former et se mettre à jour également des nouveautés de nos partenaires. Mais un congrès syndical est avant tout un évènement convivial et majeur pour la vie de notre syndicat.

A.-P. : Vous êtes spécialiste de la loi Pacte, notamment pour la profession. Les experts-comptables parviennent-ils à s'adapter à ces nouveautés ?

C. -P. : Si la loi Pacte a été destructrice pour les commissaires aux comptes, elle est un peu plus bénéfique pour les experts-comptables. Il serait judicieux que le Gouvernement, au lieu de multiplier les projets, sorte les décrets afin que soyons en capacité d'appliquer les textes de la loi Pacte. Aujourd'hui ne sont applicables dans la loi que les honoraires de succès et les experts-comptables en entreprise. En revanche, le mandat de paiement et de recouvrement amiable n'est pas encore applicable. Nous attendons les décrets pour développer ces nouvelles missions.

A.-P. : Sur les retraites, allez-vous continuer le combat ? Allez-vous bientôt rencontrer le nouveau secrétaire d'État ? Quelle est la stratégie de l'Ifec ?

C. P. : La réforme est actuellement devant l'Assemblée. L'Ifec continue des actions communes avec le collectif SOS Retraites. Certes, nous sommes moins visibles que d'autres professions réglementées qui manifestent mais les experts-comptables et les commissaires aux comptes sont aussi mobilisés, à travers d'autres actions.

A.-P. : Quel est le message que vous souhaitez transmettre au Gouvernement ? Faut-il garder la Cavec ? Faut-il aller plus loin ?

C. P. : Nous sommes tout à fait d'accord pour que les caisses autonomes persistent, puisque de toute façon, elles ne coûtent pas un centime au contribuable. Pourquoi réformer quelque chose qui fonctionne ? Ils nous écoutent, sans nous entendre. Nous savons tous pourquoi ils font ça. Ils veulent prendre les excédents là où ils sont pour les redistribuer.
Mais nous participons déjà à la solidarité nationale, à hauteur de 20 millions d'euros chaque année, soit un cinquième des sommes versées par les professions libérales.

A.-P. : Quels sont les prochains rendez-vous avec les Pouvoirs publics ?

C. P. : Nous avons des rendez-vous en cours, notamment le 12 mars avec le directeur de cabinet de Bruno Le Maire, Emmanuel Moulin. Nous réfléchissons, justement, avec le collectif SOS Retraites, à de nouvelles actions pour se faire entendre. Des courriers ont été envoyés aux Parlementaires. Nos présidents de section, nos adhérents sollicitent aussi les parlementaires et les rendez-vous se multiplient sur les territoires.Nous avons également engagé une action forte pour montrer notre unité et notre détermination, en proposant de saisir le ministère de l'Economie et des Finances pour avoir accès à vos données personnelles, conformément à l'article 15 du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Cette action est aussi en cours pour les commissaires aux comptes auprès de la Chancellerie.

A.-P. : Vous êtes dans une démarche constructive et pas seulement contestataire ?

C. P. : Exactement, ce qui a toujours été le cas. Même si nous contestons, nous essayons à chaque fois d'apporter des solutions pour avancer. D'ailleurs, les avocats étaient particulièrement contents de l'intervention de l'Ifec pour expliquer la réforme des retraites. Nous allons travailler aussi sur d'autres documents.

A.-P. : Un dernier mot ?

D. B. : Je souhaite le meilleur à Christophe et à son bureau, avec la sérénité requise pour continuer à développer les services du syndicat et à continuer à servir l'intérêt général qui reste l'ADN de notre maison.

C. P. : Avec tout ce qui nous est arrivé en trois ans, nous aspirons à un peu de tranquillité. Mais je n'en suis pas persuadé. Je tenais à remercier Denis Barbarossa de m'avoir intégré dans son équipe et de m'avoir permis de faire une passation en toute transparence. Je sais que si j'ai besoin de lui, il sera encore là, à mes côtés, pour me soutenir et pour m'aider dans les dossiers compliqués.




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