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Cédric Villani : « Rallumer ensemble la Ville lumière ! »

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Cédric Villani : « Rallumer ensemble  la Ville lumière ! »

Candidat à la Mairie de Paris, Cédric Villani a décidé de se pencher sur ce qui constitue, à ses yeux, les deux grandes urgences : « réparer et préparer »… Réparer l'espace public, la gestion de la ville. Préparer l'avenir et le changement d'échelle « de Paris au Grand Paris ».

Affiches Parisiennes : Comment vous est venue l'idée de vous porter candidat ? Cela n'a pas dû être une décision facile…

Cédric Villani : C'est une décision grave parce qu'elle engage ! Elle engage beaucoup d'efforts, beaucoup d'énergie de beaucoup de gens. Je porte le projet d'une équipe, un projet qui prolonge mes propres engagements d'homme et d'élu. Ma décision repose sur deux urgences : réparer et préparer. Réparer l'espace public, devenu espace de tensions entre Parisiens, chaotique et mal entretenu, et réparer la gestion de la Ville, qui est désordonnée, irrationnelle et illisible. Le second enjeu, c'est de préparer. Préparer l'avenir et le changement d'échelle, de Paris au Grand Paris. Travailler aux grandes transitions écologiques, solidaires, démocratiques. Lancer les grandes évolutions de l'éducation, de l'innovation, de la recherche, parce qu'elles sont le ferment de l'avenir.

Réparer l'existant, préparer le futur, deux urgences mais un même leitmotiv : rendre à Paris son statut de Ville lumière et à nous la fierté d'y vivre. Rallumons la Ville lumière, c'est d'ailleurs le titre que j'ai donné à mon livre-programme.

A.-P. : Pouvez-vous nous parler de votre engagement politique ?

C. V. : Ça ne vous surprendra pas de la part d'un chercheur : j'ai commencé dans la discrétion et les travaux d'un think tank, Europa Nova, il y a 10 ans. Ce groupe de réflexion sur les questions européennes m'a permis de nourrir mes premiers engagements. Je suis un fédéraliste convaincu, je crois que plus l'Europe sera forte et structurée, mieux la France affrontera les défis de l'avenir.

Je ne vous surprendrai toujours pas en évoquant mon engagement pour la science. La science se partage, elle se communique, elle doit être mise au service de la société, et ça c'est tout à fait politique ! J'ai participé à beaucoup d'actions pour l'éducation et la vulgarisation, je me suis engagé dans la coopération entre l'Europe et l'Afrique, j'ai soutenu des projets de technologies innovantes au service de la recherche artistique et de l'inclusion du handicap et nombre d'engagements associatifs.

Très vite, dès le début des années 2010, j'ai choisi le refus des étiquettes. A partir du moment où l'on se réclame de la société civile, où l'on s'engage dans la réflexion et l'intelligence collective, dépasser les clivages est logique, c'est cohérent. J'en suis persuadé bien avant En Marche, mais c'est une des raisons qui me font rejoindre le mouvement en 2017.

Ça n'exclut pas l'affrontement, inhérent à la politique, mais dézinguer les gens d'en face m'intéresse infiniment moins que d'accompagner tous les autres et la société dans les grandes transitions qui feront le futur… C'est exactement ça que je porte aujourd'hui dans cette candidature municipale.

A.-P. : Quel est votre lien avec Paris ?

C. V. : Paris, c'est la ville que je découvre à 17 ans en commençant mes études supérieures. Je suis alors un jeune provincial –et je l'affirme avec beaucoup de fierté–, né en Corrèze, qui a passé son adolescence et son baccalauréat à Toulon. Je m'aperçois que la majorité de mes concurrents est comme moi, née ailleurs et tombée dans les bras de Paris, Ville lumière, ville d'effervescence et de connaissance dont la découverte nous a profondément marqué. Pour moi c'est une révolution. J'arrive comme dans la chanson d'Aznavour, avec mes baskets et mon anorak pour seul viatique. Je suis tellement réservé qu'un de mes enseignants me décrit comme un « monument humain à la gloire de la timidité ». Après ma prépa, je m'enhardis et je deviens président du bureau des élèves de l'ENS. C'est en prenant ce rôle social très assumé que je me choisis un dress code, celui du costume trois-pièces, tel que vous me voyez le porter aujourd'hui. A Paris je me suis affirmé, je suis allé à la rencontre de moi-même. J'y ai été étudiant, assistant professeur, directeur d'institut, président d'association... J'y ai tracé ma carrière. Je suis éperdument attaché à Paris, c'est ma ville, très clairement.

Ça me fend d'autant plus le cœur de voir l'état des trottoirs et des rues. Je pense être comme tous les Parisiens, j'ai envie et besoin qu'on réponde aux questions les plus bêtes, à ce qui nous pourrit la vie tout autant qu'à ce qui l'embellit et nourrit notre fierté de vivre ici.

A.-P. : Est-ce que l'on peut parler aujourd'hui d'une Ville lumière ? Avec les mouvements sociaux, l'image internationale de Paris semble avoir été sérieusement écornée…

C. V. : C'est parce qu'elle a une image internationale que les mouvements sociaux en font leur tribune ! Et pour répondre à la première partie de votre question, tout l'enjeu est là, entre cette “Ville lumière” que nous aimons et cette ville grise que nous supportons... Notre boulot d'élu devrait nous mener à « rallumer la Ville lumière”. La lumière dans les rues est, dès le XIVe siècle et jusqu'aux becs de gaz du XIXe siècle, un gage de sécurité. Aujourd'hui, nous devons ramener la sécurité, lutter contre les incivilités, en particulier dans certains quartiers où la République n'est plus présente. La mise en place d'une police municipale bien formée sera une première priorité.

La circulation infernale pollue aussi notre perception de la ville, notre capacité à nous y sentir heureux, sereins, productifs. C'est pourquoi nous retravaillerons les plans de circulation, le plan de mobilité, la façon de réguler les transports, notamment pour les nouveaux modes de transport, comme les trottinettes.

Nous nous attaquerons également aux questions de grande exclusion de migrants, à cette indignité des campements de migrants aux portes de Paris : les programmes de logement doivent permettre d'y mettre un terme. Au-delà du spectacle de la misère, c'est affaire d'âme, dans une ville qui a connu tant de combats pour la justice et l'égalité.

Qu'on ne pense plus Paris comme une ville encombrée, bruyante, sale, grise, polluée, qu'on ne s'y résigne pas à la misère et à l'injustice, voilà qui est aussi urgent qu'important.

Ça ne suffira pas à rallumer la lumière. Nous devrons aussi nous attacher à renouer avec cet éternel parisien, celui de l'ambition et de la création, y compris sur les usages de la ville, l'urbanisme, les grandes perspectives. Redevenons Paris en pointe, Paris qui montre la voie, Paris qui s'ouvre au monde, qui ouvre le monde au reste du monde. Et puis le tableau n'est pas si gris : Paris demeure au premier rang en termes de richesse scientifique.

La capitale sous-utilise son formidable réservoir d'intelligence. Nous devons renouer avec une tradition de l'excellence.

A.-P. : La Ville profite-t-elle de l'apport de cette richesse scientifique ?

C. V. : Beaucoup de chercheurs partent parce que les salaires sont meilleurs ailleurs, mais surtout en raison des conditions de travail, des moyens de recherche mis à leur à disposition, de la possibilité qu'ils ont de réaliser leurs expériences, et parce qu'ils sentent également qu'on leur fait confiance ailleurs. Souvenons-nous de Fulgence Bienvenüe : le créateur du métro parisien ne travaillait pas pour faire fortune, il voulait transformer la ville, parce qu'on lui a fait confiance et parce qu'on lui a dit « tu vas construire un projet qui sera en pointe de l'innovation et qui va révolutionner Paris ». Aujourd'hui, si on dit aux chercheurs et aux ingénieurs qu'on va leur donner les moyens de transformer le quotidien, de faire progresser l'écologie, beaucoup d'entre eux signeront. La capitale sous-utilise son formidable réservoir d'intelligence. Nous devons renouer avec une tradition de l'excellence.

A.-P. : Comment, concrètement, transformer Paris pour en faire la Smart City que vous semblez appeler de vos vœux ?

C. V. : Paris, ce sont beaucoup de programmes et de projets. Mais la question de la méthode est tout aussi importante. Une mauvaise méthode peut transformer un beau projet en vilain fiasco. J'ai soutenu le projet d'Anne Hidalgo en 2014. Il prenait le virage écologique et remettait l'innovation sur la table, mais, dans la réalisation, la Maire s'est trop souvent trompée de méthode. Pourquoi allumer systématiquement le feu de l'affrontement ? Paris contre la première couronne, Paris contre la région, Paris contre l'État. Pourquoi ces revirements, qui sont autant d'aveux d'un mauvais processus de décision initiale ? On pense aux Vélib', aux Autolib', à la police municipale, au travail le dimanche, aux Jeux olympiques, à la Gare du Nord, à l'exposition universelle…

J'ai une vision radicalement différente du processus de décision. Je travaille à partir de l'écoute, de la démocratie, du débat, mais également de la rationalité et de tout ce qui permet de débattre et de trancher en toute objectivité. Quand j'entends, par exemple, que l'on parle de réaménager le périphérique, d'y abaisser la vitesse et de le transformer en boulevard urbain sans avoir pris le temps de faire les études suffisantes à partir des données de circulation, de simulations et de modélisations pour anticiper les conséquences de ces réaménagements, je suis atterré…

A cet égard, l'intelligence artificielle est un enjeu majeur pour améliorer la gestion d'une collectivité de cette taille. Pour s'en tenir au seul domaine des circulations, les simulations à partir des données collectées et analysées permettent de prévoir des événements liés aux transports ou aux urgences et d'anticiper leurs conséquences. Sur ce point, la Ville doit s'entendre avec la Région, qui s'est d'ailleurs lancée dans un grand programme numérique, déploie un vrai beau travail sur les données et montre une politique intelligente à cet égard. Nous avons le devoir de travailler en coordination.

A.-P. : Aujourd'hui, Paris est en effet complètement congestionnée et la voiture n'arrive plus à passer…

C. V. : Bien sûr, la difficulté consiste à réduire la place de la voiture dans la ville tout en gagnant en fluidité. Il faut traiter le problème et ses solutions avec méthode et rationalité, en s'appuyant sur les sciences et les nouvelles technologies. Cela vaut pour tous les domaines, y compris bien sûr la transition écologique. Mon programme est éco-progressiste. Je me prononce en faveur d'une écologie fondée sur le progrès scientifique et technologique, sur des faits et sur la rationalité, une écologie qui ne sacrifie pas tout aux questions d'idéologie et de communication. La vision est politique, sa mise en œuvre doit être technique. De la même manière que je m'efforce d'être un homme de vision et d'ambition, mais également de rationalité.

A.-P. : Est-ce que vous avez réfléchi aux budgets qui vont être alloués à la Fabrique de l'innovation, à la Fabrique du nouveau Paris ?

C. V. : J'ai bien insisté sur le fait qu'une partie de ces mesures ne concerne pas la question du financement, mais la façon dont on affecte les ressources. Je viens de rendre au Gouvernement un rapport sur les finances et le budget de la recherche dans lequel mes co-auteurs et moi préconisons que des milliards d'euros supplémentaires soient alloués au niveau national et répartis à travers des projets compétitifs. Par exemple, si la Ville de Paris lance un concours entre équipes de recherche qui doit consacrer le meilleur système d'amélioration de l'entretien des rues, son initiative doit être un feu vert et un levier, elle doit permettre aux équipes de recherche de recevoir des financements nationaux, européens, voire privés. Rien que sur ce point, il serait possible de motiver les équipes.

A.-P. : Comment voyez-vous la transition écologique ?

C. V. : J'ai annoncé que mon budget sur la transition écologique pendant la mandature serait de 5 milliards d'euros, soit le double de ce qui a été alloué par la mandature précédente. Bien sûr, une partie de ce budget servira à soutenir des actions innovantes sur des questions liées à l'intelligence artificielle et à l'investissement dans des solutions économes, des mesures en faveur de la diversité et du bien-être animal, des projets urbains où circulation et cohabitation sont repensées pour plus de respiration, au propre comme au figuré !

L'écologie est la plus grande crise de l'humanité, la plus inquiétante. Dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, crise des déchets et crise des ressources, chacun de ces quatre sujets est extrêmement inquiétant. Mais l'écologie, c'est aussi le cadre de vie, le bien-être, la sécurité qu'offre un environnement sain. Dans la politique écologique, nous avons le devoir de penser à notre bien commun, à l'échelle de la planète comme à celle du cadre de vie individuel. La végétalisation joue sur les deux tableaux. C'est important pour l'adaptation au changement climatique parce qu'on aura besoin de végétaux, d'arbres pour faire des îlots de fraîcheur. C'est important aussi pour se sentir bien. Les Verts ont annoncé 100 000 arbres et je suis d'accord avec cet objectif. Ces plantations seront réparties aux bons endroits, à proximité des lieux de vie. Des promenades vertes, des jardins partagés… Il faudra gagner de l'espace, en particulier sur les emplacements de stationnement en surface, qui seraient remplacés par du parking souterrain et à l'extérieur de la ville. En s'inspirant des expériences menées à Barcelone par exemple, pour lesquelles on dispose désormais d'un peu de recul, tout le plan de la Ville sera à repenser.

L'écologie à Paris, ce sera aussi un ensemble coordonné de mesures sur l'alimentation, avec un travail sur les circuits courts, en coordination avec la Région. La deuxième couronne doit être notre premier pourvoyeur de ressources agricoles. Nous devrons également accélérer les rénovations thermiques des logements et la mutation des modes de déplacement. On doit déplacer les êtres et les marchandises de façon propre et partagée, en attendant l'avènement des solutions autonomes. La Seine, sous-exploitée pour le transport de marchandises, entre dans le champ de tout ce que nous devons et pouvons repenser

Paris compte 20 000 habitants au km2 qui ont besoin de respirer. 20 000, c'est deux fois plus que l'Inner London, presque trois fois plus que New-York et à peine moins que Shanghai ! Certains, pour porter ce combat contre la densité, sont plus crédibles que d'autres. C'est le cas des Verts, qui s'opposent à la construction de nouvelles tours depuis des années. D'autres candidats le sont moins, pour avoir soutenu le projet de la tour Triangle ou le projet d'aménagement des tours à Bercy-Charenton, pour avoir voulu bétonner la TEP Ménilmontant. Je m'inscris résolument contre cette densification à outrance. Si on trouve du nouveau foncier à Paris, il faudra en priorité l'aménager en espaces partagés, en services, en infrastructures publiques, en espaces verts. Comme on le fera à Bercy-Charenton pour organiser la liaison entre le parc de Bercy et le bois de Vincennes. Comme on travaillera à atténuer, effacer la coupure entre Paris et l'extérieur du périphérique

A.-P. : Sur le sujet tout aussi important qu'est l'éducation de nos enfants, comment le maire de Paris peut-il agir ?

C. V. : C'est l'avenir de la ville et de la nation qui se prépare dans les écoles maternelles et primaires. Nous avons le devoir de donner à nos enfants la curiosité et les moyens de plancher sur des projets interdisciplinaires, de les initier à la culture de l'algorithme comme à celle de la philosophie.

La Ville de Paris a la responsabilité des écoles primaires et des collèges parce qu'elle est aussi un département. Bien sûr, les programmes relèvent de l'éducation nationale. Mais c'est à nous qu'incombe le reste, toutes les activités périscolaires et toutes les décisions d'organisation. Nous pouvons décider, par exemple, d'équiper chaque collège d'un FabLab, sur le modèle de celui qui est très bien fait à la Cité des sciences. Nous pouvons décider de financer et de soutenir des clubs d'informatique, d'apprentissage au codage, mais aussi des jeux avec lesquels on se familiarise avec le raisonnement mathématique…

La Ville a une chance incroyable dont elle ne profite pas suffisamment. Elle a sous sa tutelle un établissement d'enseignement supérieur qui compte parmi les plus innovants du monde : l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle, dans le 5e arrondissement, celle de Pierre-Gilles de Gennes et de Georges Charpak (lauréats du prix Nobel de physique en 1991 et 1992). Une telle école peut être mise en valeur, elle doit être mise en valeur, bien plus qu'elle ne l'est aujourd'hui. On peut également la mettre au service de nouvelles pratiques dans la ville. Nombre d'établissements d'enseignement supérieur ont ainsi joué un rôle majeur dans la renaissance de leur ville. Je pense à Pittsburgh et à sa Carnegie-Mellon University, considérée comme une des meilleures des États-Unis. Paris devrait s'en inspirer.

A.-P. : Quid de la métropole du Grand Paris ?

C. V. : La métropole fonctionne à très faible régime. C'est d'ailleurs un sujet sur lequel l'équipe Anne Hidalgo a fait volte-face. Elle prônait une métropole forte avant les élections, avant d'intervenir pour en affaiblir le pouvoir. Encore une fois, la rigueur n'a pas été au rendez-vous des enjeux et l'intérêt politicien semble avoir primé sur l'intérêt public.

La structure actuelle, avec les communes, les EPCI, les intercommunalités, les départements, la métropole et la région, est bien trop complexe. C'est un millefeuille illisible dans lequel les oppositions stérilisent les options et paralysent les projets. On y gaspille un "pognon de dingue", si vous me permettez d'emprunter l'expression. A chacun sa vision du Grand Paris. La mienne est ambitieuse.

C'est le Grand Paris Express, celui des transports bien sûr, mais aussi celui d'actions sociales partagées, d'une politique des synergies et de la cohérence en matière de tourisme, de culture, d'accueil migratoire, d'innovation, de recherche et d'éducation, du campus d'Aubervilliers à Paris-Saclay.

Ma solution préférée, c'est celle où la Ville de Paris s'étend, avec un modèle en tête, celui de Londres. Le maire de Londres, c'est le maire du Grand Londres. Le simple fait d'avoir un si petit Paris par rapport à la région est une anomalie au plan international, je dirais même un handicap. Si on voulait se mettre au standard international, Paris couvrirait l'ensemble de la petite couronne. Et je suis persuadé que l'aménagement urbain, les mobilités et le logement y gagneraient en justice et en efficacité. Sur ce dernier point, à peine 500 logements ont été construits à Paris l'an dernier et on ne trouvera pas la place pour en bâtir davantage. Il faut voir les choses en grand. Montreuil pourrait être un nouveau quartier de Paris depuis longtemps, comme Belleville l'est devenu.

De mon point de vue, cela doit se faire, cela se fera. A la condition qu'on change la donne démocratique et que soient renforcés les pouvoirs des arrondissements. On n'attirera personne dans un système où les vraies décisions sont prises place de l'hôtel de Ville.

A.-P. : Est-ce que vous pensez que la démocratie n'est pas au rendez-vous à Paris aujourd'hui ?

C. V. : Non, elle n'est pas au rendez-vous, mais était-on sincère en lui envoyant une invitation ? Je pense que le mode d'élection du maire de Paris doit changer. Un jour viendra où il sera élu de façon plus directe. Je pense aussi que la structure qui place les mairies d'arrondissements sous la tutelle constante de la mairie centrale ne permet pas le bon usage de la démocratie, notamment quand les arrondissements d'opposition se voient systématiquement imposer des projets qu'ils ne souhaitent pas. La tour Triangle est un exemple. Le 15e arrondissement est presque aussi peuplé que Bordeaux. Le maire y est élu démocratiquement au suffrage universel direct à deux tours. Pourtant, il n'a pas la main sur l'urbanisme. Est-ce normal ? Evidemment non ! Je souhaite que soient renforcés et élargis les pouvoirs des maires d'arrondissement. Un autre aspect de la démocratie est celui des comptes, ceux que l'on doit rendre aux habitants et ceux qu'ils peuvent, par un contrôle citoyen, exiger de leurs élus. Il y a de sacrés progrès à faire sur ce plan.

Je propose deux initiatives rafraîchissantes pour associer davantage les citoyens à la gouvernance et faire souffler plus de démocratie. La première commence à être connue : sur les quelque 500 personnes qui seront candidates sur les listes que je conduis, une cinquantaine seront tirés au sort parmi des volontaires qui auront signé une charte de valeurs, présenteront un casier judiciaire vierge et assureront n'avoir été membre d'aucun parti. J'en attends de nouveaux profils et plus de diversité dans mes listes et j'espère que cela peut contribuer à réduire la défiance à l'égard du processus électoral et de la politique.

Ma deuxième initiative s'appelle “l'Agora citoyenne”. Il s'agit d'une assemblée qui siégera aux côtés du Conseil de Paris, mais qui ne sera pas constituée d'élus. Pour moitié ce seront des citoyens tirés au sort, dont un quart seront des habitants de la première couronne. L'autre moitié rassemblera des experts et des représentants des corps intermédiaires, associations et syndicats. Cette assemblée aura le pouvoir d'examiner et de documenter les revendications citoyennes et les demandes de référendums, elle pourra conseiller la Ville de Paris et obliger le Conseil à inscrire de nouveaux sujets à son ordre du jour. Elle remplacera la plupart des conseils participatifs qui se sont multipliés ces dernières années. Le conseil de la nuit, le conseil des séniors, le conseil des générations futures, toutes sortes de comités dont on n'a toujours guère l'influence…

A.-P. : Abordons un sujet plus politique : est-ce qu'aujourd'hui vous vous affichez toujours En Marche, malgré la présence d'un concurrent officiel choisi par le parti ? Un concurrent qui dit qu'il vous tend la main…

C. V. : Je me suis engagé en politique dès 2010 et je suis toujours resté fidèle à mes convictions scientifiques et spirituelles : le dépassement des clivages et la quête de la réconciliation, une politique qui sait s'appuyer sur les sciences, qui sait consulter le rationnel comme le passionné, qui sait guider et accompagner la société sur les grands enjeux de demain, avec indépendance. L'indépendance et la liberté sont des valeurs essentielles du politique, aux yeux du citoyen comme aux miens.

Ma candidature est fidèle à ces principes et, je l'affirme, à mon engagement au sein d'En Marche, en toute indépendance. Qu'aucun parti ne me soutienne ne démonétise pas ma démarche : l'important c'est le projet que l'on porte devant les Parisiens. Je suis persuadé que le nôtre est le meilleur, qu'il permet de rassembler mes concitoyens autour d'une vision du futur enviable et accessible pour peu qu'on se mette au travail. Nous ne sommes pas isolés, nous sommes indépendants et c'est un gage essentiel à l'heure où tant de transformations sont nécessaires.

A.-P. : Des candidats comme Pierre-Yves Bournazel, attachés à leur indépendance, ont choisi de jouer le jeu des alliances, pensant qu'il était préférable d'avancer ainsi pour avoir une chance de voir se concrétiser une partie de son projet. Comment vous inscrivez-vous aujourd'hui dans cette démarche ?

C. V. : Dans ce contexte très fragmenté, face à beaucoup de candidats, la capacité de réunir autour d'un projet sera fondamentale. Vous parlez d'alliance, vous pensez donc aux partis. Le parti le plus important est celui des Parisiens et de l'intérêt de la cité. C'est de lui que je tire mon soutien. Et je suis convaincu que notre démarche permettra de rassembler. C'est une élection très technique dans laquelle il y a 17 listes d'arrondissement à coordonner, des appels du pied ou des menaces, des arrangements et des batailles d'orgueil. Mais le plus important est la cohérence du projet, des valeurs, de l'équipe. Je veux tenir bon sur ce trépied, parce que le reste suivra.

A.-P. : Mais vos idées sont plus proches de celles de Pierre-Yves Bournazel ou de Benjamin Griveaux ?

C. V. : Pour l'instant, de tous les projets qui ont été publiés, celui qui est le plus proche du mien est celui du MoDem. Et quoi qu'il en soit, je ne retrouve dans aucun autre projet l'affirmation aussi forte de ces quelques points saillants dont nous avons discutés : le fait de s'appuyer sur les sciences pour l'écologie, la question démocratique, la question du Grand Paris et l'importance accordée à l'innovation culturelle, à l'éducation, à la recherche.

Je suis un homme de science et de culture, attaché à la science et à la culture parce qu'elles produisent la société, qu'elles doivent être le socle de celle de demain. Je suis un candidat très marqué par le grand débat, très attaché à l'idée de débat démocratique, que j'attends avec impatience.

Cédric Villani maintient sa candidature

" A l'issue d'un entretien avec le Président de la République le dimanche 26 janvier 2020, Cédric Villani a annoncé le maintien de sa candidature à la Mairie de Paris.

Comme toujours avec le Président la République, la conversation fut agréable. Nous partageons une vision sur bien des enjeux, mais aujourd'hui j'acte une divergence majeure.

De toutes les idées mises sur la table dans cette campagne, la coalition climat est l'une des plus prometteuses et essentielles pour que s'ouvre à Paris une nouvelle ère.

Je ne pense pas qu'il soit aujourd'hui possible de la réaliser en ne discutant qu'au sein d'un parti. C'est bien une coalition inédite qui est nécessaire.

Entre l'appartenance à un appareil politique et l'engagement pour la ville qui m'a fait, je choisis de rester fidèle aux Parisiennes et aux Parisiens en maintenant ma candidature librement.

Cette nécessaire clarification me donnera la plus grande légitimité pour porter un projet humaniste et démocratique de transformation de Paris.

Je sais ce que je dois au Président de la République. Je sais aussi la fidélité que je dois aux citoyens qui m'accordent leur confiance. Demain je serai à leur côté. Ma campagne pour Paris continue en toute indépendance. "

Cédric Villani

Cédric Villani en quelques dates

- Né le 5 octobre 1973 à Brive-la-Gaillarde

- Intègre en 1992 l'ENS Ulm dont il deviendra président du bureau des élèves

- Agrégé de mathématiques en 1994

- Soutient une thèse de mathématiques en 1998 et obtient son HDR en 2000

- Professeur à l'ENS Lyon de 2000 à 2010

- Lauréat en 2010 de la médaille Fields, prestigieuse récompense en mathématiques

- En 2017, il est élu député de l'Essonne sous l'étiquette LREM

- Devient en 2017 le président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

- En 2018, rend au Premier ministre un rapport parlementaire sur l'Intelligence artificielle




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