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Ce que veulent les jeunes ! L'Avocat in mobilis

Plaidoyer pour la création de l'Institut de la carrière de l'avocat (ICA). Par Barthélemy Lemiale, avocat associé du cabinet Valmy Avocats, expert près la commission prospective du CNB.
Ce que veulent les jeunes ! L'Avocat in mobilis

Droit Publié le ,

Une nouvelle génération d'avocats prend le relais du combat pour l'avocat de demain car notre profession répond parfaitement aux défis de notre temps.

Nous intervenons pour les autres avant nous-même, en toute indépendance et viscéralement libres dans une société qui tend partout à l'uniformisation, protégés par notre déontologie qui apporte de la vertu à l'action.

Les personnalités politiques, les grands acteurs économiques ou même les journalistes, rouages tout aussi essentiels de notre démocratie, peuvent-ils en dire autant ?

Un « micro » tendu fin 2015 par la commission prospective du CNB à tous les élèves-avocats de France a donné des résultats surprenants.

Avec le président de cette excellente commission, notre confrère Louis Degos, nous avons préparé et cosigné un rapport sur la « mobilité professionnelle des avocats d'un point de vue prospectif ».

Dans le cadre de ce rapport, qui a été présenté à l'Assemblée générale du CNB des 22 et 23 janvier derniers, il nous avait en effet semblé utile de tendre l'oreille et de solliciter les futurs avocats.

Nous n'avons pas été déçus ! En huit jours, 2 219 élèves-avocats, soit près des deux tiers des futurs avocats, nous ont répondu.

Un constat sans appel : souplesse, fluidité, plasticité, mobilité

À l'international, 79,31 % des élèves-avocats envisagent, en qualité d'avocat, d'exercer leur mobilité.

Ces résultats sont conformes au mouvement de fond de la société, à l'heure d'une mondialisation économique et culturelle au-delà des frontières.

Notre système éducatif a été profondément marqué par le programme d'échange intracommunautaire Erasmus, mais aussi par d'autres programmes d'échanges internationaux, nos écoles d'avocats réalisant d'ailleurs des efforts particuliers dans ce domaine.

Mais c'est surtout le jugement d'un cadre trop étriqué qui nous semble ressortir nettement de cette enquête.

Ainsi, la volonté de cette nouvelle génération d'avocats de diversifier son parcours et son expérience professionnels est telle que 68,73 % des élèves-avocats déclarent penser exercer un autre métier que celui d'avocat.

Dans ces conditions, la profession, telle qu'elle se présente aujourd'hui, fait-elle toujours autant rêver ?

C'est le schéma de l'exercice du métier d'avocat tout au long de la vie qui est questionné, puisqu'il ne constitue désormais qu'une option marginale pour la plupart des élèves-avocats.

Un risque pour la profession : la fuite des cerveaux

En l'état, la faible mobilité proposée à la nouvelle génération d'avocats nous semble favoriser ainsi une « fuite des cerveaux » au profit d'autres professions.

La perte d'un certain nombre de « talents » est dommageable pour l'avenir de la profession.

Les investissements réalisés, tant au sein des écoles d'avocats que dans nos cabinets pour la formation des jeunes avocats, sont définitivement perdus et mis au profit d'autres professions.

D'ailleurs, le nombre d'élèves-avocats ayant annoncé leur volonté de faire jouer leur mobilité, tant géographique qu'interprofessionnelle, est tel, que cela démontre que toutes les structures (et non seulement les cabinets internationaux), toutes les activités (et non seulement le droit des affaires) et tout le barreau (et non seulement Paris), sont concernés. Cette prise de conscience est nécessaire.

Cette situation n'est pas inéluctable

Nous pouvons, ensemble, redéfinir les missions confiées aux avocats pour faire place à un « avocat in mobilis », exerçant sa mobilité au cœur de l'ensemble de la société.

Loin d'être un phénomène subi, la faveur donnée à l'avocat in mobilis pourrait bien au contraire constituer, à terme, une opportunité exceptionnelle d'évolution de notre profession.

L'avocat in mobilis étend l'influence de notre profession au-delà de son cercle naturel.

Inscrivant son parcours dans le monde social, le monde des affaires, dans la sphère publique et politique, il enrichit toute la profession d'avocat de son parcours riche et varié.

Il renforce notre position d'acteur incontournable des mutations de notre société.

Pour réaliser l'objectif d'une plus grande mobilité professionnelle, certains obstacles juridiques doivent évidemment être levés.

Des outils à mettre en place : la création de l'ICA

L'étude comparative d'autres « grands corps » démontre que la mobilité n'est ni un hasard ni un état de fait favorable.

Il s'agit d'une volonté délibérée et organisée permettant sa mise en œuvre effective.

Pour favoriser ce mouvement, l'opportunité de la création d'un Institut de la carrière de l'avocat doit être envisagée.

Cette institution aurait pour mission de faciliter la mobilité professionnelle des avocats, notamment en :

- centralisant les informations et permettant aux avocats d'y accéder facilement,

- assistant les avocats dans les démarches administratives inhérentes à ce type de projet, et

- recevant les avocats intéressés par une telle démarche et en proposant des CV auprès des grandes institutions (grandes entreprises, haute administration, Commission européenne, organisations internationales, etc.)

Pas moins de 98,5 % des élèves-avocats ayant répondu à l'enquête ont été intéressés par cette proposition, en voyant bien cet « Institut de la carrière de l'avocat » remplir les trois missions proposées.

Un renforcement de notre identité : le barreau à l'heure du choix

En matière de mobilité, le barreau semble à l'heure du choix.

Les résultats de l'enquête de la commission ont indiqué que la nouvelle génération d'avocats souhaite intégrer pleinement notre profession mais également porte un fort désir de ne pas exercer que dans nos cabinets.

L'expansionnisme de l'avocat pourrait ainsi combattre un appauvrissement programmé de notre profession.

L'avocat in mobilis a également un fort sentiment d'appartenance et participe au développement d'un « esprit de corps », à l'instar des élèves de Polytechnique, de l'ENA, des écoles de commerce, etc.

En ce sens, l'avocat in mobilis ne représenterait pas une dilution de notre identité mais bien au contraire son renforcement.

La multiplication des missions confiées aux avocats serait une source de vitalité de notre profession, lui permettant de garder en son sein ses meilleurs talents.

La création d'un Institut de la carrière de l'avocat, qui aurait pour vocation de piloter la stratégie RH du barreau, renforcerait de manière importante nos capacités d'action et notre influence au sein de la société civile.

Lors de l'assemblée générale des 22 et 23 janvier derniers, cette proposition a d'ailleurs été accueillie avec enthousiasme par nos élus.

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