AccueilDroitCampus AFJE 2013 - H. Delannoy : « Le juriste a un besoin permanent de formation »

Campus AFJE 2013 - H. Delannoy : « Le juriste a un besoin permanent de formation »

Pour Hervé Delannoy, président de l'AFJE, « le droit a pris une importance considérable notamment dans le commerce international. Il oblige le juriste d'entreprise à une formation permanente »…
Campus AFJE 2013 - H. Delannoy : « Le juriste a un besoin permanent de formation »
AFJE

Droit Publié le ,

Affiches Parisiennes : Cette 3e édition du Campus AFJE vient ainsi souligner une nouvelle fois l’importance de la formation pour les juristes d’entreprise ?

Hervé Delannoy : Oui, le droit est l’un des rares secteurs où l’on continue, durant toute sa carrière, à faire comme à l’université, c’est-à-dire des lectures de textes, des analyses, des recherches de jurisprudence… Le juriste d’entreprise doit tenir ses connaissances à jour en permanence, car le droit évolue actuellement à une vitesse phénoménale. Pour le moment, concernant les programmes et les formations purement juridiques, nous nous tournons vers les spécialistes. Il existe une offre très large sur le marché émanant davantage d’acteurs commerciaux que de l’université encore peu présente sur le segment de la formation continue. L’AFJE met donc en relief les offres de bonne qualité, en les labellisant ou en y participant.

L’offre du CAMPUS AFJE est différente par son origine (organisée par des juristes d’entreprise), par son format et par sa volonté de mêler dans une même journée des matières juridiques, non juridiques (finances) et des soft skills (négociation, communication).

CAMPUS AFJE se concentre sur la nécessité pour le juriste de maîtriser un ensemble de compétences et d’outils pratiques indispensables pour évoluer dans l’entreprise. Cela va de la négociation des contrats, en anglais notamment, à les gestions des risques, au décryptage des aspects financiers des dossiers, en incluant la négociation ou la communication indispensable à ce métier.

AP : Pour les juristes d’entreprise, la formation permanente, même essentielle, n’est pas obligatoire !

H. D. : Non, il n’y a aucune obligation particulière propre aux juristes d’entreprise, contrairement aux professions réglementées, notamment les avocats qui ont intégré cette exigence. A ce sujet, l’AFJE travaille actuellement sur une version étoffé de son code de déontologie qui devrait sortir avant la fin de l’année et prendra en compte cette question de la formation. La formation est un point que nous considérons essentiel pour toutes les professions juridiques et évidemment pour le juriste d’entreprise. Rappelons qu’en entreprise, nous sommes déjà soumis au régime de formation interne en matière juridique ou autre.

AP : Au-delà de la formation, essentielle pour le juriste, quelles sont les autres priorités de l’AFJE ?

H. D. : Pour une association professionnelle de juristes comme l’AFJE, il y a trois axes principaux à développer : la formation, bien sûr, mais aussi la carrière et la place du juriste, par rapport au droit et à l’entreprise. Naturellement, ces trois éléments interagissent largement. La formation demeure donc un de nos principaux centres d’intérêt.

AP : Quels sont les temps forts de cette 3e édition du Campus ?

H. D. : La journée CAMPUS AFJE, en partenariat avec Lexis Nexis, s’ouvrira sur une table ronde relative à la compétitivité des juristes d’entreprise. Elle réunira des directeurs juridiques, des professeurs de droit ainsi que Bernard Carayon, ancien député, à l’origine du projet de loi sur le secret des affaires.

Par ailleurs, pour le CAMPUS AFJE 2013, nous avons choisi de continuer à proposer au cours de cette journée trois ateliers parmi 15 possibilités de thèmes très proches des juristes, sur le droit bien sûr avec des spécialistes reconnus, professeurs et praticiens, mais aussi sur des sujets connexes, couvrant comme nous l’avons dit d’autres matières (management, finance,..), ou ce que nous appelons la partie comportemental avec la négociation par exemple … Bref tout ce qui est nécessaire au métier de juriste d’entreprise.

CAMPUS AFJE n’est pas qu’une journée de formation. Cet évènement annuel doit être vu aussi comme une opportunité d’agrandir, construire ou animer son réseau professionnel. En France, la pratique du réseau n’est pas encore un réflexe pour l’étudiant en droit ou le jeune diplômé. De nombreux moments sont réservés à ces échanges, lors des pauses le matin, le midi et l’après-midi, donnant lieu à des échanges spontanés et uniques.

Bien entendu, toutes les professions du droit, notamment nos amis avocats, sont les bienvenus lors de cette journée.

« Un moment privilégié durant lequel on apprend et on échange… »

A. P. : Pour l’ouverture de cette 3e édition du Campus, vous avez opté pour le thème : « le juriste, un facteur de compétitivité pour l’entreprise »… Pourquoi ce choix ?

H. D. : C’est un thème totalement d’actualité. Nous estimons, en effet, que le droit est un facteur de compétitivité. Cette dernière ne s’actionne pas par une seule et unique manette, c’est au contraire une série de petits leviers qui vont permettre d’atteindre des records… Au sein des entreprises, les juristes participent beaucoup au développement, aussi bien en France qu’à l’étranger. Quand une entreprise s’implante dans un nouveau pays ou marché, la première des missions est d’avoir un minimum de connaissance du contexte juridique. Les juristes défrichent activement le terrain, avec l’aide de cabinets étrangers. En l’occurrence, une application trop timide du droit peut faire perdre un avantage concurrentiel. Au contraire, si l’approche est trop audacieuse, trop agressive, l’entreprise peut être vite en risque. Quand il sait parfaitement doser son action, le juriste apporte ainsi une véritable plus-value. Avec des schémas originaux, astucieux, réfléchis, l’entreprise a plus d’atouts pour gagner des parts de marché.

Nous avons souhaité en débattant autour de ce thème mettre en évidence une fois de plus la place stratégique qu’occupe le juriste au sein de son entreprise en tant qu’acteur de la compétitivité et créateur de valeur.

« Dans notre CAMPUS AFJE, nous allons aussi vers les autres fonctions de l’entreprise, non juridiques. »

A.P. : L’influence des juristes d’entreprise a-t-elle évolué ces dernières années ?

H. D. : Oui, largement au sein de l’entreprise. Comme le droit a pris de l’importance, notamment dans le commerce international, son rôle s’est, de facto, accru. Dans les pays à l’économie ancienne, l’importance du droit s’est affirmée. Dans les pays émergents, ce droit s’est développé très rapidement.

C’est indéniablement avec le développement du droit que le rôle du juriste d’entreprise s’est lui-même développé.


A. P. : La qualité du droit français a-t-elle suivi cette évolution ?

H. D. : De plus en plus souvent, aujourd’hui, avant l’adoption des nouveaux textes, des projets sont diffusés aux professionnels qui sont invités à donner un avis notamment par le truchement de consultation en ligne. Ces consultations publiques permettent de mieux prendre en compte toutes les situations. C’est ensuite au législateur d’estimer la recevabilité des remarques des praticiens.

Mais le véritable problème des textes actuels concerne leur nombre, leur empilement et une qualité qui n’est pas toujours très bonne. Nombre de textes sont « réactifs », intervenant suite à des évènements spécifiques. Trop nombreux, denses et mal coordonnés parfois, ils peuvent devenir illisibles. Même les spécialistes peinent parfois à s’y retrouver…Cela crée une faiblesse pour le droit et pour sa compétitivité.

« Trop de textes, qui changent trop vite, trop souvent… »

Néanmoins, le droit français et le droit continental ont toujours des atouts et nous devons le montrer, le faire savoir afin de maintenir un choix dans les systèmes juridiques offerts aux juristes.

C’est aussi valable pour notre système judiciaire. Si l’on veut que des entreprises étrangères acceptent pour les contrats que le droit français soit applicable mais aussi que les juridictions notamment commerciales soient compétentes, il faut que nos cours et tribunaux disposent de moyens adaptés et puissent montrer leurs avantages et qualités et les faire connaître aux opérateurs étrangers comme cela a été entrepris avec succès pour l’arbitrage.


A. P. : En février 2012, la Direction des affaires civiles et du Sceau a publié un document de travail traitant de l’exercice de la profession d’avocat salarié d’une entreprise. Où en est ce dossier ?

H. D. : Il y a eu effectivement une réflexion intéressante initiée à cette époque-là, avec un excellent débat. Ce dossier concernant l’avocat en entreprise ne semble pourtant plus d’actualité au Ministère de la Justice. A l’AFJE, nous continuons à réfléchir sur le sujet essentiel de la confidentialité des avis des juristes d’entreprise. Nous avons aussi beaucoup échangé avec des avocats –nous nous sentons proche de leur profession–, y compris avec ceux qui étaient les plus réticents. Nous avons progressé. Les obstacles d’ordre techniques sont, à mon avis, tout à fait surmontables.

Pour l’instant, ceux qui sont contre ce nouveau statut n’ont pas d’arguments très solides. La vision de l’entreprise leur est parfois trop éloignée. Il faut continuer à discuter avec eux.

Après les remous de ces derniers mois, le Conseil national des Barreaux devrait également travailler sur ce sujet.

Une fois les questions de principe posées, les questions d’organisation de la nouvelle profession sont du même ordre que celles que les juristes d’entreprise et les avocats ont l’habitude de traiter dans leurs affaires. Cela devrait permettre d’avancer assez vite une fois les volontés libérées.. Des modèles existent aussi, dans des pays où la place du droit est d’ailleurs tout à fait respectable. Il est possible de s’en inspirer en ajustant « à la française » les questions de déontologie et de pratique.

AP : Pourquoi ce statut d’avocat salarié d’entreprise et la confidentialité sont-ils si importants pour l’AFJE ?

H. D. : L’avocat d’entreprise est, à notre avis, une forme intéressante de développement de la profession d’avocat dans son ensemble et elle a besoin de trouver une nouvelle mesure. Par ailleurs, pour nous, la confidentialité des écrits et des avis est devenue essentielle, notamment au regard de notre pratique internationale. Les juristes français sont clairement défavorisés par rapport aux juristes étrangers qui bénéficient de cette confidentialité. Cela veut dire moins de possibilités pour les juristes français, pour la place française et pour le droit français. Si la France veut être compétitive, c’est très important de réagir sur ces points. Nous en avons l’illustration avec le Barreau américain (ABA), qui , dans ses récents model rules, préconise aux barreaux des Etats d’offrir la possibilité aux juristes étrangers inscrits dans un ordre de travailler comme avocat d’entreprise aux Etats-Unis. Pour l’instant, les juristes d’entreprise français ne peuvent pas bénéficier de cette mesure …

A. P. : Des juristes d’entreprise français partent-ils travailler à l’étranger ?

H. D. : Oui, l’AFJE constate que de nombreux jeunes juristes d’entreprise choisissent de travailler dans d’autres pays. Parallèlement, nous avons au sein de l’association des adhérents étrangers qui travaillent en France dont certains font partie de notre conseil d’administration. L’AFJE rassemble ainsi des juristes qui exercent en France et juristes français qui travaillent à l’étranger. Nous concluons également des partenariats avec les universités et les barreaux étrangers.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?