AccueilActualitéInterviewC. Leclercq et B. Deniau : « Notre énergie au service d'une profession forte et humaine »

C. Leclercq et B. Deniau : « Notre énergie au service d'une profession forte et humaine »

En harmonie sur les grands principes du métier, le duo, candidat à l'élection du Conseil de l'Ordre du barreau de Paris, estime qu'il y a un avenir pour les avocats, à condition que ceux-ci s'en donnent les moyens. Pour ces candidats, la meilleure façon de protéger la profession est de partir à la conquête de nouveaux marchés.
C. Leclercq et B. Deniau : « Notre énergie au service d'une profession forte et humaine »

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Affiches Parisiennes : Vous êtes candidats en binôme à cette élection au Conseil de l'Ordre. Pouvez-vous vous présenter ?

Catherine Leclercq : J'ai prêté serment en 1994. Je suis aujourd'hui associée au sein du cabinet Armand Associés qui compte une vingtaine de confrères dont huit associés Nous intervenons en droit des affaires. Je m'occupe plus particulièrement du conseil et du contentieux en droit commercial. Je suis, par ailleurs, médiateur agréé auprès du Centre de médiation et d'arbitrage de Paris. Je développe la médiation au sein du cabinet, en incitant tous les jeunes confrères à aller se former à ce mode de règlement des différends. J'interviens également en arbitrage international CCI.

Benoît Deniau : Pour ma part, j'ai prêté serment en 2001. Je suis ancien secrétaire de la Conférence. J'ai toujours exercé dans des structures contentieuses et, depuis la fin de la Conférence, je me suis installé à mon compte avec une activité dominante de contentieux en droit des affaires. J'ai aussi été intervenant à l'EFB dans les modules de prise de parole. Avec Catherine, nous exprimons donc les deux formes de représentation du barreau avec les structures individuelles qui représentent environ 40 % de la profession et les cabinets plus importants. L'un des avantages du binôme, créé au départ pour la parité, est d'offrir cette diversité et notamment de représenter les structures individuelles qui ne le sont pas toujours.

A.-P. : Comment vous êtes-vous choisis ?

B. D. : C'est presque une romance… C'est une très jolie histoire dans laquelle différentes personnes bien intentionnées sont allées voir l'une et l'autre en disant “je crois que vous pourriez vous entendre”. C'était une présentation de couple à l'ancienne mais comme nous sommes dans une société moderne, c'est Catherine qui m'a appelé pour m'inviter à déjeuner. Nous sommes restés très longtemps à confronter nos positions et nous nous sommes rendu compte que nous étions en harmonie sur les grands principes de ce métier.

C. L. : Et sur les valeurs humaines. Nous nous rejoignons sur beaucoup de points pour défendre et promouvoir notre profession. Les confrères qui avaient pensé, du côté de Benoît et du mien, à la constitution de notre binôme avaient entièrement raison.

« Au Conseil de l'Ordre, dès le premier jour, nous devrons travailler et agir. » Catherine Leclercq

A.-P. : Vous évoquez les valeurs de la profession, pourquoi avez-vous décidé d'être candidats ?

B. D. : Je ne vous apprends rien, il y a deux approches d'une société en très forte mutation. Soit on y voit de formidables opportunités, soit on s'inquiète. L'ordre ne doit pas être une ligne Maginot. Je pense qu'un avenir est offert aux avocats, mais il faut s'en donner les moyens. Aujourd'hui, Catherine et moi partageons l'idée que nous devons nous mettre au service de l'Ordre pour optimiser cette dynamique, partir à la conquête de nouveaux marchés. C'est le meilleur moyen de protéger la profession.

C. L. : Concernant ces nouveaux marchés, il y a notamment le règlement amiable des différends qu'il faut saisir comme une opportunité majeure pour notre profession. Lorsque je suis allée me former à la médiation, il y avait des experts-comptables, des notaires, des hauts fonctionnaires et des chefs d'entreprise, mais peu d'avocats. Il y a une crainte ou une réticence, alors que ces modes alternatifs constituent une opportunité. L'avocat a toute sa place dans ces règlements amiables des conflits.

Nous sommes actuellement 28 000 avocats au barreau de Paris et d'ici à 2020 nous devrions être 30 000. C'est important, il faut en faire l'une des forces de notre profession. Nous devons réfléchir à la mise en place d'accompagnements, de parrainages. Il y a eu récemment des réflexions au sein de l'Ordre pour la mise en place d'accompagnements de confrères. Benoît et moi souhaitons participer à ce développement nécessaire pour notre profession, d'autant plus que c'est un domaine que je connais, puisque je suis marraine de plusieurs jeunes dans le cadre d'une association, le Café de l'avenir, qui aide les jeunes à trouver un emploi.

Il y a également de nombreuses actions à mettre en place pour favoriser des parcours professionnels harmonieux qui passent naturellement par le respect des valeurs de notre profession, que ce soit en termes de parité ou en termes de parentalité. Il faut également continuer à développer des actions pour améliorer la qualité de vie au travail afin de trouver le bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

B. D. : Il faut revenir à une profession apaisée. Nous sommes allés très loin, peut-être trop loin dans la manière dont nous travaillons. Nous voyons bien, à travers les sondages et les enquêtes qui ont été réalisés, que les confrères sont épuisés et que les collaborateurs souffrent. De manière générale, les avocats se plaignent des relations avec les magistrats.

Il y a plusieurs choses à entreprendre. Dans notre relation avec les tiers, il faut rétablir un dialogue et trouver des mesures très concrètes en arrêtant les déclarations de principe. Nous devons mettre en place une nouvelle passerelle avec les magistrats qui disent publiquement, aujourd'hui, avoir peur des avocats. Ce sont des déclarations très surprenantes. Nous porterions aujourd'hui la voix d'une société devenue violente. Il semblerait que nous n'ayons pas de filtres et que nous véhiculions cette violence, un jugement que je ne partage pas du tout. La matérialité de cette peur, c'est la construction d'un palais de justice dans lequel les avocats et les magistrats se verront uniquement dans le conflit. Au palais de justice de Pontoise, par exemple, vous ne pouvez pas monter dans les étages sans un badge. Vous ne pouvez plus rencontrer les magistrats hors des salles d'audience. En droit pénal, nous allions dans les couloirs de l'instruction, nous partagions avec les juges et nous parvenions à régler bien des problèmes. Nous sommes les acteurs d'une même activité. Nous partageons, nous faisons partie d'une même communauté d'intérêt. Il faut le comprendre et recréer des liens d'humanité. Les magistrats doivent comprendre que nous pouvons les défendre, notamment vis-à-vis des Pouvoirs publics, sur les restrictions budgétaires, sur leurs conditions de travail… Nous avons un intérêt commun. La division actuelle est catastrophique, à l'instar des textes mis en place, le décret Magendie notamment. Faute de budget, on repense l'appel, en trouvant une nouvelle forme qui devient plus restrictive. Nous sommes dans un conflit permanent, alors que nous souhaitons travailler de concert. Il y a là un vrai message à faire passer et c'est un combat quotidien que nous devons mener.

Entre confrères, les relations se sont également durcies autour de la gestion de l'urgence. Les conditions de travail avec la communication de pièces la veille d'une audience et cette incertitude permanente sont devenues nuisibles à notre activité. Il faut retrouver de bonnes pratiques.

Concernant la collaboration, nous allons devoir nous interroger très fortement en acceptant le fait que nous sommes dans une société qui évolue, avec des attentes différentes. Nous avons des outils formidables de travail qui font de nous des esclaves alors qu'ils pourraient être source de liberté. Il est aujourd'hui possible de concevoir des systèmes modernes de travail. Les avocats sont sédentaires dans leur bureau, le télétravail n'est pas accepté, l'aménagement du temps de travail non plus… On ne peut pas vivre comme ça. Les trentenaires, femmes et hommes confondus, ont des aspirations de parentalité. Il faut mettre en place une communication pour expliquer à une génération que des collaborateurs qui se sentent bien, travaillent mieux et sont plus rentables. Nous devons être très pragmatiques. Il y a donc des pratiques à mettre en place pour trouver le juste équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale.

Sur les liens intergénérationnels, il faut mettre en place une plateforme de cession de cabinets et un accompagnement, entre les avocats qui partent à la retraite et ceux qui arrivent dans la profession. Il y a une très forte demande sur ce sujet. Nous avons aujourd'hui les moyens technologiques pour le faire. La cession de cabinets des avocats en phase d'honorariat doit être faite avec un accompagnement de l'avocat honoraire par le cédant. C'est le seul moyen pour être efficace. Ce serait peut-être aussi un moyen de remplacer le stage que, finalement, beaucoup d'avocats regrettent, aussi bien les jeunes que les plus anciens.

« Nous avons de nombreux combats à mener. » Benoît Deniau

C. L. : Nous savons qu'il y a 1 800 à 2 000 élèves qui sortent de l'école tous les ans. Certains trouveront une collaboration sans aucun problème. Pour d'autres, ce sera plus difficile. C'est là que le parrainage ou le tutorat prend toute sa force. Que des confrères, ayant un certain nombre d'années d'expérience, conseillent de jeunes confrères ou même des jeunes qui sortent de l'école et qui n'ont pas encore prêté serment, à la fois pour les aider dans la recherche d'une collaboration et dès le début de leur activité, serait une force énorme pour la profession. Les syndicats sont déjà très actifs dans ce domaine et leur action est nécessaire. Il me semble important qu'à côté d'eux, l'Ordre a également toute sa place pour s'investir dans cette mission.

Parmi les quelques 28 000 avocats du barreau de Paris, environ 2 000 sont honoraires et parmi eux de très nombreux confrères sont très intéressés par cette idée d'aider les plus jeunes. Il y a également d'autres confrères qui exercent depuis un certain nombre d'années et qui ont envie de donner du temps pour des futurs jeunes confrères ou des jeunes confrères. Nous avons la chance de pouvoir mettre en place ce système d'aide alors faisons-le ! C'est primordial pour notre barreau.

De même nous rencontrons de nombreux confrères qui souffrent d'isolement dans leur exercice professionnel. Il est indispensable de recréer du lien et de développer plus encore l'entraide et la solidarité au sein du barreau et entre l'Ordre et tous les avocats. Benoît et moi souhaitons participer activement à la mise en place d'actions pour rompre cet isolement.

A.-P. : Si vous êtes élus, comment voyez-vous s'inscrire vos actions à côté des bâtonniers actuel et futur ?

C. L. : Si nous avons la chance d'être élus, nous assurerons les missions que le bâtonnier voudra bien nous confier. Je suis quelqu'un d'engagé pour qui les valeurs humaines comptent vraiment beaucoup. J'aimerais intervenir pour aider les jeunes confrères et les confrères en difficulté. Grâce à mon action associative, je connais le fonctionnement des parrainages et des politiques d'accompagnement. Voilà plus de huit ans que j'interviens dans ce domaine. J'aimerais faire bénéficier mon barreau de l'expérience que j'ai dans ce domaine. Je souhaiterais également mettre toute mon énergie dans les actions à mener dans notre profession pour développer les politiques de parité afin que les consœurs et les confrères puissent évoluer sereinement et avoir un parcours professionnel harmonieux.

Enfin, comme vous le savez, je suis très favorable aux modes alternatifs de règlement des différends et je souhaiterais participer à leur développement car ils constituent des outils incontournables pour notre profession.

B. D. : Au sein du Conseil de l'Ordre, nous ne devons pas attendre qu'on nous donne la parole pour la prendre. Nous ne sommes pas uniquement là pour répondre aux demandes du bâtonnier. Nous devons être une force de proposition, notamment sur les idées que nous venons de développer. Ce n'est pas de l'insubordination, les bâtonniers sont en demande d'idées nouvelles. C'est donc juste une question de communication, à la fois au Conseil et dans les commissions.

Il faut comprendre que nous appartenons à une profession qui a l'habitude d'interpréter le droit d'une manière extensive. Il ne tient qu'à nous d'exploiter au maximum les pouvoirs qui nous sont accordés. Nous devons tout tenter, sans aucun frein, notamment dans nos relations avec les magistrats et même les Pouvoirs publics. Dès le premier jour, nous devons travailler et agir.

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