Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Brexit : un risque politique, une erreur économique

le - - Droit

Brexit : un risque politique, une erreur économique

Par Arnaud Chéron, directeur du Centre de recherche en économie de l'Edhec Business School, professeur des universités en sciences économiques.

Sur l'autel d'enjeux politiques intérieurs, l'adhésion du Royaume-Uni (RU) à l'Union européenne (UE) a donc été sacrifiée. Pour asseoir sa légitimité, David Cameron a pris un risque en proposant au référendum la question du maintien du RU dans l'UE. Ce risque de Brexit s'est donc réalisé, aux conséquences économiques et géopolitiques multiples et encore incertaines.

Pour les tenants du retrait, se sortir du « carcan » réglementaire européen constitue certainement un argument décisif. La question de la contribution du RU au budget européen a également joué à plein. Toutefois, le Royaume-Uni, avec 11 milliards d'euros, n'est que le 4e contributeur au budget de l'UE (loin derrière l'Allemagne à plus de 25 milliards, la France 20 milliards, et l'Italie). Et, si on soustrait en contrepartie les aides européennes perçues, on aboutit in fine à une contribution nette de 5 milliards d'euros (soit seulement 0,23 % de son revenu national brut).

Dès lors, on peut véritablement se demander si, pour le RU, « le jeu en valait la chandelle », au regard des risques encourus. Plus précisément, on peut s'interroger sur la pertinence de ce retrait à deux niveaux. D'une part, la situation économique du RU s'avère aujourd'hui globalement bonne au regard de ses principaux partenaires ; et ceci peut notamment être en partie le reflet de son adhésion à l'UE (tout en étant hors de la zone euro et de l'espace Schengen). D'autre part, en se retirant de fait du marché unique européen, le RU encourt le risque de se voir opposer des barrières commerciales, pesant sur ses échanges commerciaux. Nous pouvons revenir plus en détail sur ces deux points.

• Évolution du ratio du PIB par tête au Royaume-Uni sur celui de l'Allemagne et de la France.

Le graphique (lire ci-dessus) souligne ainsi que durant les trente dernières années la situation relative du Royaume-Uni par rapport à l'Allemagne, et surtout par rapport à la France, s'est largement améliorée. Ce schéma retrace l'évolution conjointe du PIB par tête, qui constitue un bon indicateur de la richesse moyenne dans le pays.

Alors qu'au milieu des années 1980, le PIB par tête au RU était 5 % en dessous de celui mesuré en Allemagne et en France, aujourd'hui il se trouve 5 % au-dessus de l'Allemagne et plus de 15 % au-dessus de la France. Et c'est l'ensemble des chiffres économiques qui sont globalement bons au RU, avec 2,8 % de croissance en 2014, contre 1,6 % en Allemagne, 0,4 % en France et 0,9 % pour l'UE des 28 (croissance du PIB réel).

Sur le front du marché du travail, le chômage au RU est proche de son niveau incompressible avec un taux égal à 5,6 % (4,5 % en Allemagne, 10,8 % en France, 9,5 % dans l'UE des 28). Au bilan, ces quelques statistiques suggèrent donc que la performance économique du RU est plus que convenable, ce qui rend d'autant plus difficilement compréhensible les inquiétudes suscitées par l'adhésion à l'UE.

En revanche, se retirer de cette Union fait courir au RU un risque économique certain, à cause tout d'abord de l'incidence de ce retrait sur ses échanges commerciaux. Les conditions des accords commerciaux qui pourraient être maintenus tout en ne faisant plus partie du marché unique sont en effet encore inconnues à l'heure actuelle. Et sur ce plan, le RU est très « euro-dépendant » : 51 % de ses échanges commerciaux (importations et exportations) sont en effet réalisés avec les pays membres de l'UE (près de 700 milliards d'euros).

Dans ce contexte, le rétablissement de certaines barrières commerciales avec ces pays pourrait s'avérer très coûteux pour le Royaume-Uni. Et une incertitude pèse également sur les accords avec les partenaires extérieurs à l'UE (Chine, États-Unis, Russie…). La question des flux d'investissement étrangers se trouve aussi posée : ces flux d'IDE sont élevés, avec environ 70 milliards de dollars par an (2015). La moitié du stock d'investissement provient des États membres de l'UE (le stock d'IDE s'élève lui à 56 % du PIB). Et de même, quid des investissements extracommunautaires; le RU pouvant être pour certains pays un point d'entrée dans le marché unique européen ?

On le voit donc, pour le RU, ce retrait de l'UE fait peser des risques économiques importants, de différentes natures. Et la stratégie du « rien à perdre » à sortir de l'UE n'est pas soutenable, car précisément il y a beaucoup à perdre et peu à gagner vu la performance économique actuelle du RU. De là à parler d'erreur économique…




Emilie BOUSQUET
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer