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Brexit : « Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers ! »

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Brexit : « Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers ! »
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Par Eric Gardner de Béville, membre du Cercle Montesquieu, recruteur et juriste international, à Madrid.

Dans le contexte actuel tendu et aggravé par les tensions entre Bruxelles et Londres, et la démission il y a quelques semaines du Ministre chargé du Brexit, David Davis, nous pourrions être tenté de paraphraser l'expression bien connue de notre tradition française rendue populaire par Voltaire, « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ». Ce mot qui est attribuée à l'officier français Joseph d'Auteroche (1710-1785) lors de la bataille de Fontenay le 11 mai 1745. Les forces françaises et irlandaises s'affrontèrent à la coalition britannique, hollandaise et autrichienne, sous le commandement du Duc de Cumberland. La victoire fut française. Par la suite la ville de Tournai et l'ensemble des Pays-Bas autrichiens furent conquis et rattachés à la France.

Il faut bien comprendre le texte et le contexte de l'expression « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ». Il existe bien des doutes sur son authenticité, origine et sens, et notre Voltaire bien aimé était assez coquin pour l'avoir peut-être inventé… Quoiqu'il en soit il semblerait que ce ne fut ni courtoisie, ni élégance, ni bravoure mais tout simplement un respect de l'ordonnancement militaire français. En effet il proscrivait de tirer les premiers pour ne pas mettre en péril les premières lignes qui se seraient ainsi exposées sans défense face aux salves de feu ennemi lors du trop long rechargement des armes. Il n'est pas aisé de comprendre la logique de laisser ainsi mourir ses soldats les premiers mais les lieux de bataille à cette époque étaient des « champs d'honneur » où le simple soldat comptait peu…

Dans le contexte actuel du Brexit et des soixante années de construction de l'Union Européenne comment ne pas avoir un sentiment d'exaspération et de rejet face à cette très faible majorité de votants britanniques qui a emporté le vote de la sortie du Royaume-Uni de l'Europe ? Rappelons que le Royaume-Uni n'a pas été un des pays fondateurs de la Communauté Economique Européenne (CEE) de 1957, l'ancêtre de l'Union Européenne. Les Anglais n'ont intégré la CEE qu'en 1973 et non sans grandes difficultés. Une fois membre de la CEE, les britanniques n'ont cessé de faire « bande à part » comme le montre notamment mais non exclusivement le fait de ne pas avoir adopté l'Euro comme monnaie unique.

Le Brexit semble être une suite logique -mais triste- de cette attitude. Il est aussi vrai que ceux qui ont voté le Brexit sont majoritairement âgés, « insulaires » et anti-migrants. Il faut comprendre que le vote favorable au Brexit de cette génération « sortante » a très gravement compromis l'avenir non seulement de la génération britannique actuelle mais aussi de la génération à venir. Le légat de cette génération de « vieux » sera au regard de l'histoire du Royaume-Uni un bien triste héritage même si les vieux ne seront plus là pour voir le résultat désastreux de leur vote égoïste.

Il faut bien prendre conscience de l'ampleur des dégâts car le Brexit va coûter très cher au Royaume-Uni mais aussi à l'Union Européenne tout entière. Les coûts sont estimés aujourd'hui entre 60 et 100 milliards d'Euros. Même si on prend la fourchette basse de 60 milliards, le coût est astronomique et supérieur au Produit National Brut actuel de plus de 70% des pays du globe. Quelle perte, quel gâchis, les mots sont trop faibles quand on sait tout ce qu'il faut faire, construire et financer au Royaume-Uni sans parler de la France et l'Union Européenne tout entière.

Il y a aussi le volet « migrants » mot qui remplace celui d'immigrants qu'il ne faut plus dire dans le monde politiquement correct. « Migrants » est la cause principale du Brexit et de ceux qui ont voté pour la sortie du Royaume-Uni pour ne plus avoir ni voir de migrants. Mais ce n'est pas qu'un mot. Il s'agit d'enfants, de femmes et d'hommes qui ne cherchent qu'une chose : un avenir meilleur pour leur famille. Pour cet avenir meilleur ils sont prêts à risquer leur vie et celle de leur famille. Les « pateras » qui quittent par milliers tous les ans les côtes de l'Afrique du nord par la Méditerranée ou de l'Afrique sub-saharienne pour essayer d'aller aux Canaries espagnoles sont un voyage périlleux et dangereux où périssent tous les mois des adultes et enfants qui cherchent une vie meilleure. 5.143 morts en 2016.

Le Brexit est et sera une catastrophe même si bien moins dramatique sur le plan humain que cette crise de migrants car sans morts visibles à la télé. Oui, on est tenté de dire « Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers ! » mais il faut aussi rendre hommage non seulement aux anglais de plus en plus nombreux qui tentent de contenir le drame en voulant rester dans l'Europe commerciale et douanière et aussi aux négociateurs européens qui -eux oui- cherchent un avenir meilleur pour les générations à venir.




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