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Brexit : hard, soft ou no deal ?

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Brexit : hard, soft ou no deal ?
© A.P. - Les membres de l'ECE dans les salons parisiens du CSOEC avec au centre, Véronique de La Bachelerie, Keith Bloomfield, Thierry Drilhon et Eric Freudenreich.

« Quel beau bazar ! », s'est exclamé l'ancien ambassadeur du Royaume-Uni Keith Bloomfield lors d'une conférence sur l'impact et les opportunités offertes par le Brexit, organisée par l'Institut des diplômés d'expertise comptable en entreprise (ECE), qui s'est tenue récemment au Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables. Devant les députés britanniques récalcitrants, Theresa May a décidé lundi 10 décembre de repousser le vote sur le Brexit prévu pour le lendemain.

L'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) que devront signer d'ici le 29 mars 2019 le Parlement britannique et l'UE est parsemé d'embûches : commerce extérieur, droit de l'UE (législation, juridictions, immigration, droits de douane, défense et sécurité), liberté de circulation des travailleurs, frontière irlandaise…

Quel accord de sortie sera voté ? Hard ou soft Brexit ? C'est encore un mystère car les députés britanniques sont très partagés. Le récent recul de Theresa May, quasi-certaine que les députés voteraient le rejet de l'accord, accroît le risque d'un “no deal” à la date butoir de sortie prévue par l'UE.

L'économie britannique déjà en souffrance

Avec respectivement 3 % de baisse et 3 % de hausse, la croissance et l'inflation britanniques sont en berne. La hausse de l'indice Freddo (lire encadré ci-desous) témoigne déjà de l'impact négatif du Brexit sur l'économie britannique. En revanche, il représente une opportunité pour certains secteurs français, notamment la finance. Un contexte plutôt réjouissant pour les experts-comptables.

« C'est avec intérêt que je vais suivre les débats concernant le Brexit », a lancé Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables (CSOEC), en ouvrant l'événement devant de nombreux confrères et plusieurs membres de l'Ordre dont l'ancien président Philippe Arraou.


Eric Freudenreich, président ECE, et Charles-René Tandé, président du CSOEC. © A.P.

Tim Craye, membre du comité missions internationales de l'Ordre des experts-comptables, a animé la table ronde après avoir illustré la problématique avec un petit clip-vidéo sur le cas de la frontière irlandaise.

En effet, le problème majeur entraîné par le Brexit est de négocier et d'approuver un traité de libre-échange commercial entre le Royaume-Uni et tous les Etats membres de l'UE.

Aujourd'hui, le débat se cristallise « sur le cas insoluble de la frontière invisible qui sépare l'Irlande du Nord et la République d'Irlande », explique Keith Bloomfield, ancien ambassadeur du Royaume-Uni.

Le pouvoir d'achat des ménages britanniques chute déjà, les investisseurs regardent ailleurs et les entreprises souffrent. Les conséquences du Brexit sont très fortes pour le Royaume-Uni, surtout au niveau de la hausse des coûts d'exportations.

L'indice Freddo en hausse inquiétante

Après avoir présenté l'ECE comme un réseau professionnel représentant «ceux qui ont le même diplôme que les experts-comptables mais qui exercent en entreprise, dans l'administration et dans l'enseignement», Eric Freudenreich, son président, a offert des petites barres de chocolat Cadbury à chacun.

Un clin d'œil original et à propos, car le fameux Freddo, cette confiserie typiquement british constitue un indice économique, à l'instar de « l'indice Big Mac ».

Face au Brexit et en anticipant le pire, la grande société alimentaire britannique Cadbury s'est décidée à faire du stockpiling (accumulation de marchandises) et augmente déjà ses prix.

L'« indice Freddo » a ainsi augmenté de 25 % depuis 2016, prouvant l'impact indéniable de la négociation du Brexit sur l'économie britannique.

Dans son scénario limité, qualifié de “soft Brexit” le FMI, anticipe un taux de chômage à 6,5 % en 2019, contre 5 % aujourd'hui. Selon le cabinet d'audit et d'expertise comptable PWC, le Brexit coûterait environ 129 milliards d'euros de perte d'activité, ce qui se traduirait par 950 000 emplois en moins d'ici à 2020, et une hausse
du chômage comprise entre 2 et 3 %.

Personnellement opposé à « cette grosse bêtise », Keith Bloomfield a présenté les facteurs socio-économiques du Brexit. D'abord, « le clivage économique entre gagnant et perdant de la mondialisation s'est accru depuis la crise économique de 2008 ».

Ensuite, le territoire britannique souffre de divisions régionales profondes, notamment dues à la désindustrialisation, à la délocalisation des entreprises, aux importations chinoises, notamment en Ecosse, en Irlande et au Pays de Galles.

L'augmentation de l'importance de l'immigration est aussi une grande source d'inquiétude au Royaume-Uni qui a accueilli une grosse vague d'immigrés de l'Europe de l'Est après les agrandissements de l'UE en 2003 et 2007, dont presque un million de Polonais en 2003.

Enfin, le Brexit répond à un besoin de souveraineté. « Les Britanniques ont le sentiment que leur vie est gouvernée par une structure européenne anonyme, bureaucratique et incapable de répondre à leurs espoirs et volontés », explique Keith Bloomfield. Ce dernier facteur est prépondérant chez les votants cultivés.

Les trois scenarios possibles

L'ancien ambassadeur du Royaume-Uni, Keith Bloomfiel, a présenté les trois scénarios de mise en œuvre du Brexit.
Le “soft Brexit” : un traité d'accord de sortie comprenant les amendements et les textes négociés par Theresa May et Michel Barnier. Un scénario « très peu probable » selon l'ex ambassadeur car il y a « beaucoup de Brexiters durs au Parlement britannique ».
Le “hard Brexit” : une sortie sans accord négocié avec l'UE « qui serait catastrophique des deux côtés de la Manche donc ne sera jamais votée par le Parlement », selon l'expert.
Le “no deal” : une sortie repoussée ou avortée si l'UE accorde un délai supplémentaire au Royaume-Uni qui lui « ouvrirait la possibilité d'un changement d'avis ».

Le Royaume-Uni fait aussi et surtout face à une grande désillusion du système politique traditionnel, avec une montée des partis nationalistes identitaires, comme aux Etats-Unis. Toutefois, le Brexit ne l'a remporté qu'à 51,9 %, avec 30 % d'abstention. Il y a donc une grande partie de la population britannique qui souhaite rester dans l'Union.

« Nous avions déjà le beurre et l'argent du beurre en négociant une exonération à la défense de l'UE et à certaines obligations », s'est exclamé l'ex ambassadeur pro-UE qui regrette que la campagne des remaineurs ait été basée sur la peur, « une véritable erreur tactique ».

Maintenant, le problème stagne au niveau de la négociation du traité de sortie de l'Union. « Theresa May a été poussé de plus en plus vers un Brexit soft, en gardant un maximum d'avantages douaniers, mais l'UE ne veut pas la laisser faire son cherry peaking », a-t-il souligné.

Un chamboulement pour l'environnement financier

Véronique de La Bachelerie, directrice exécutive SG Consulting de la Société Générale, a ensuite présenté l'impact du Brexit sur les marchés financiers et le milieu bancaire.

« Les banques et les sociétés financières essaient de gérer le bazar qui vient d'être expliqué », a-t-elle lancé avec humour.

Londres est la première place financière mondiale, avec 400 000 salariés, 500 banques internationales qui traitent 43 % des dérivés bancaires et 1/5 des actifs de hedge found. Elle est en concurrence avec Paris, Luxembourg, Francfort et l'outsider Dublin qui est « un des prétendants à la délocalisation depuis Londres ».

Depuis l'annonce du Brexit, 13 grandes banques chinoises ont choisi de s'implanter au Luxembourg plutôt qu'à Londres. Le Brexit est donc « une belle opportunité pour la place financière de Paris », selon l'experte.

« Les établissements financiers prévoient le hard Brexit scenario car il faut toujours prévoir le pire pour rassurer les clients », explique-t-elle.

La libre circulation des capitaux et des personnes sont des problématiques essentielles de l'accord de sortie qui ne sont pas encore réglées. Sans accord, 3 millions de travailleurs européens dans le milieu bancaire devront obtenir des visas pour se déplacer pour des raisons professionnelles ce qui sera très compliqué.

« On constate que Dublin va récupérer certaines entreprises anglo-saxonnes car il s'agit d'un pays anglophone, que Paris en attirera aussi au regard de son système éducatif, de sa qualité de vie, d'Euronext, des bonnes infrastructures, et d'une main-d'œuvre qualifiée. Enfin, Luxembourg est aussi attractif grâce à son régulateur assurance séparé du régulateur bancaire, le private équity et les assets manageurs », anticipe Véronique de La Bachelerie.

Si le Brexit peut se transformer en opportunité, il reste un événement néfaste pour l'économie.

« De toutes les façons, il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour tout le monde. L'Europe financière à tout à y perdre car l'Angleterre, très libérale, rééquilibrait le cadre européen avec la concurrence internationale », explique l'experte.

Les investisseurs risquent donc de fuir l'Europe pour Dubaï, Singapour ou New York.

En outre, les banques doivent gérer les différentes problématiques de ressources humaines, de droit social, de transfert des données, de RGPD, etc.
« Ça coûte très cher de se délocaliser, donc les banques attendent de connaître les termes de l'accord de Brexit avant de prendre leur décision », témoigne Véronique de La Bachelerie.

Des opportunités business

« Il n'y a pas un jour où il ne se passe pas un micro-événement lié au Brexit », selon Thierry Drilhon, président de la CCI franco-britannique qui essaye « d'éclairer la route » avec « pragmatisme et bon sens business ».

Si le Brexit est une difficulté, la bonne nouvelle est que nous ne sommes pas en guerre et que les relations France-Angleterre demeurent plutôt pacifiques. Cet homme d'affaires, estime même que « dans quelques dizaines d'années le Brexit sera un micro-événement ».

Thierry Drilhon a toutefois des certitudes : « le Brexit aura lieu, il aura un impact pour les entreprises, qu'elles soient petites, moyennes ou grandes, donc ces dernières doivent s'y préparer ».

Si les grandes entreprises sont prêtes et ont prévu différents scénarios, ce n'est pas le cas de TPE-PME qui ont besoin d'accompagnement.

« Vous avez un rôle absolument majeur de les aider à s'y préparer, c'est une opportunité business très significative pour vous », a-t-il lancé aux experts-comptables dans l'auditoire.

Keith Bloomfield, Véronique de La Bachelerie, Thierry Drilhon et Eric Freudenreich. © A.P.

Thierry Drilhon croit au réalisme, au pragmatisme et à l'intelligence des Britanniques. Le bon sens va donc, selon lui, vers la négociation d'un soft Brexit.

« Michel Barnier et son équipe d'experts font un travail remarquable, de la dentelle sur-mesure », commente-t-il.

Pour le moment, les négociateurs se sont mis d'accord sur 95 % des problématiques, restent la frontière irlandaise et le cas des permis et visas pour les transferts de personnes.

Il défend la position de la Chambre de commerce et d'industrie franco-britannique qui est : « oui à un Brexit politique et oui à un remain économique ». La CCI souhaite ainsi respecter la démocratie, le choix du peuple anglais, mais conserver les intérêts économiques considérables.

« Dans cette période, le calme est un muscle puissant, il faut être lucide et pragmatique et regarder les choses de manière factuelle », selon son président.

Ce Francoptimiste estime que « la France devient aujourd'hui the place to be, sachons nous en réjouir ! ».

De fait, en 2014, 77 % des dirigeants d'entreprise internationaux considéraient que la France était non-attractive, aujourd'hui ils sont seulement 64 %. En outre, 75 % des dirigeants interrogés par la CCI estiment que les réformes récentes sont positives et 95 % pensent qu'elles vont dans la bonne direction. Pour l'investissement, la confiance est passée de 25 % à 72 % : « les fonds de private equity sont très confiants pour aller vers la France ».

Thierry Drilhon a conclu le débat sur la nécessité d'avoir confiance en l'avenir, de surfer sur les opportunités offertes par le Brexit et de protéger les équipes et les collaborateurs avec un discours clair et confiant.




Anne MOREAUX
Journaliste

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