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Bobigny, une consultation psy pour accompagner les "deuils pathologiques" du Covid

le - - Actualité - Région Île-de-France & Grand Paris

Bobigny, une consultation psy pour accompagner les "deuils pathologiques" du Covid
@ Adobe Stock

L'épidémie de Covid-19 a fait plus de 94 000 morts en France, et laisse des centaines de milliers de personnes face à des deuils parfois insurmontables. Pour eux, une consultation psychologique unique a été créée par l'hôpital de Bobigny.

Émilie Pierre a perdu son père âgé de 68 ans en novembre dernier, après trois semaines en réanimation. Trois semaines d'angoisse où elle a « arrêté de respirer ». Depuis, cette commerciale de 37 ans surnage dans la dépression, noyée dans un sentiment mêlé d'injustice, d'incompréhension et d'abandon. « Mon papa a été mis dans un sac. On n'a pas eu le droit de l'habiller, s'émeut-t-elle. Et le cercueil a été scellé sans qu'on soit prévenues ». La jeune femme pointe du doigt les soignants, « sous l'eau mais parfois déshumanisés, et le manque d'accompagnement des pompes funèbres ». « Derrière les 400 morts par jour, c'est 400 familles brisées. A quel moment on est pris en charge, soutenus ? », s'interroge-t-elle.

En cherchant de l'aide sur internet, Emilie Pierre est tombée sur le numéro de téléphone de la consultation gratuite, « unique en France », créée en mai 2020 par le service de psychiatrie de l'hôpital Avicenne (AP-HP) pour soutenir les « endeuillés » de la Seine-Saint-Denis, département qui a enregistré la plus forte surmortalité pendant la première vague de l'épidémie.

Visites interdites dans les hôpitaux, corps des défunts invisibles et intouchables, rites funéraires proscrits... « On s'est rendu compte très vite que les familles vivaient des situations infernales », se souvient le chef de ce service, Thierry Baubet. Afin de faire connaître cette ligne de soutien psychologique – téléphone, visioconférence et rendez-vous physiques –, le psychiatre a fait diffuser des flyers dans les hôpitaux, les morgues ou encore les pompes funèbres. En 10 mois, près de 300 « endeuillés » franciliens ont été accompagnés. « La grande majorité des gens se débrouillent du deuil, mais, là, les circonstances et l'isolement ont généré beaucoup de deuils pathologiques », constate le professeur Baubet, qui codirige le CN2R, Centre national de ressources et de résilience. Pendant la première vague, soignants et proches des victimes avaient dénoncé des situations inhumaines. Ils ont été entendus : les droits de visite ont été assouplis dans les hôpitaux et, le 21 janvier, le Conseil d'État a pris un décret autorisant finalement la présentation des corps des défunts et les toilettes mortuaires. « Malgré ces améliorations, nous continuons à recevoir des demandes », observe Victoria Lotz, la psychologue responsable de cette consultation.

Le professeur Baubet se demande, s'il ne faudrait pas « s'interroger afin de savoir s'il ne faudrait pas envisager un hommage national, une journée où on marquerait le soutien de la Nation. Il y a aujourd'hui entre 500 000 et 1 millions d'endeuillés dans le pays. C'est énorme », estime-t-il.




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