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Bilan numérique des Avocats 2020 : des progrès et une prise de conscience

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Bilan numérique des Avocats 2020 : des progrès et une prise de conscience
© Adobe Stock

« Les enseignements principaux du bilan cette année sont d'abord le progrès sur la mobilité des cabinets, ce qui n'était pas forcément le cas il y a 2 ans, la progression minoritaire sur la dématérialisation des relations clients mais une vraie prise de conscience, et la stagnation de l'usage des nouvelles applications », a résumé Christophe Albert, co-fondateur du Village de la Justice, en présentant les résultats de la 2e édition du ‘Bilan numérique des Avocats', restituée en ligne jeudi 19 novembre dernier avec les commentaires précieux de représentants du barreau.

« Même si les chiffres peuvent parfois être un peu décevants et montrer que ça ne va pas assez vite, j'ai quand même l'impression que la crise que nous vivons nous a poussé à accélérer notre mutation digitale. Le changement est vraiment en route. L'intérêt manifesté est beaucoup plus grand qu'avant lorsqu'on organise des événements sur ce sujet », déclare Serge Deygas, bâtonnier de l'Ordre des avocats du Barreau de Lyon.

Cette enquête approfondie contient des informations intéressantes sur l'agilité numérique du barreau, l'adoption des technologies avancées, la virtualisation des cabinets ou encore l'évolution avant/après le début de la pandémie.

Cette année près de 500 avocats lecteurs du Village de la Justice et clients du groupe Septeo (les deux partenaires ayant commandé l'enquête) ont participé en août-septembre dernier. Pour Christophe Albert, « il s'agit donc d'un assez grand pannel compte tenu du contexte ».

Virtualisation des cabinets massive

Un des principaux points clés de cette étude est que les avocats sont désormais très mobiles et ont réussi à virtualiser leur cabinet et continuer d'exercer, malgré le confinement et l'impact de la crise sanitaire.

Seulement 5% des répondants n'ont ainsi aucune utilisation numérique mobile et professionnelle, un taux très faible... Ils témoignent aussi d'avoir développé l'habitude de la relation à distance. Les avocats sont en train de se défaire des contraintes physiques pour les échanges de documents et les rendez-vous.

« Les outils numériques sont la pour ajouter quelque chose à la relation de confiance entre l'avocat et son client, ils améliorent et facilitent les choses », rappelle ainsi le bâtonnier de Lyon.

« Le premier révélateur de cette étude est la résistance au changement qui a volé en éclat », décrypte Dan Kohn, directeur de la prospective chez Septeo, selon qui les avocats ont intégré le fait que l'information et la communication en ligne demeurent des éléments centraux, en interne comme en externe.

Les intervenants admettent tous que les avocats ont progressé sur ce sujet. « Nécessairement puisqu'on n'a pas eu le choix », selon Maître Mélanie Parnot, co-présidente du Réseau national des Incubateurs de Barreaux. « En plus, nous avons quand même accès à l'outil gratuit du CNB qui offre de la visio et du paiement en ligne », précise-t-elle. « C'est très facile à utiliser et ça permet de désacraliser la profession, de se mettre à la portée de la population. Je rappelle que la relation-client est absolument essentielle », ajoute Serge Deygas.

Retard dans la mise en pratique des outils innovants

En revanche, « 46 % des avocats n'utilisent pas d'outil spécifique pour l'organisation et la gestion de leur cabinet ». C'est donc presque la moitié du barreau qui n'a pas encore compris que des technologies peuvent accroître leur productivité.

« Je pense que c'est normal qu'il n'y ai pas réellement de progrès visibles sur les logiciels de gestion car nous nous sommes rués sur les outils gratuits », nuance toutefois Maître Parnot.

« Il y a un contraste saisissant sur la compréhension et l'usage des outils digitaux », estime Dan Kohn. Si les notaires sont équipés de la visio et de la signature électronique à 100 % ce n'est le cas que de 35 % des avocats, rappelle-t-il. Maître Mélanie Parnot le déplore tandis que le bâtonnier Deygas explique que « le CNB œuvre en ce sens puisqu'un nouveau RPVA va sortir ». En outre, le notariat est beaucoup plus petit que le barreau selon lui. « On est un peu en retard par rapport aux notaires mais ce n'est pas du tout la même échelle et la même typologie d'activité », défend-t-il.

« Aujourd'hui, la vraie question à se poser est celle de l'investissement et de l'aide financière pour les petites structures », estime Dan Kohn. « On voit un vrai déficit de développement de nouvelles compétences comme sur la blockchain, l'IA ou encore la jurimétrie », déplore l'expert.

Sur les technologie avancées, l'enquête montre une stagnation de la reconnaissance vocale, une petite avancée dans le partage de documents collaboratifs en ligne (sûrement due au Covid), et une déception sur l'avancée de la signature électronique et des outils de génération d'actes automatisés (utilisés par seulement 14 % des avocats). Elle ne montre aussi aucune progression sur la blockchain et la justice prédictive (qualifiée de jurimétrie et utilisée par seulement 7 % des avocats), « alors qu'on aurait pu penser que ces deux technologies auraient pu faire l'objet de tests cet été pendant la crise », s'étonne Christophe Albert.

Volonté d'évangélisation et de formation

« C'est encore un peu prématuré pour les avocats qui ont, selon mon point de vue, des besoins plus simples aujourd'hui comme le paiement en ligne et la communication digitale et sont confrontés à des problèmes de coûts », explique le bâtonnier Deygas toutefois déterminé à ce que les ordres entraînent l'ensemble du barreau dans cette mutation digitale.

« C'est le seul moyen pour notre profession de montrer que nous sommes attentifs aux demandes de la clientèle », explique-t-il en mettant en avant l'amélioration de la qualité de service grâce aux outils innovants.

Effectivement, Mélanie Parnot confirme que ses confrères ne voient parfois ces outils que « comme des centres de coûts » qui ne ramènent pas de clients et ne génèrent pas de chiffre d'affaires. C'est là que les évangélisateurs, comme les incubateurs, les événements comme le Village de la legaltech, les prix et les concours d'innovation, sont importants pour montrer que ces outils ne sont pas que des charges financières mais de véritables investissements.

Sur la question d'actualité de la cybersécurité, « les cabinets sont de mieux en mieux équipés, il en va du respect de nos grands principes dont le secret professionnel », assure le bâtonnier Deygas, alors que Christophe Albert déplore que certains avocats ne sont pas assez sensibilisés et ne maîtrisent pas encore assez le cloud.

Enfin, l'étude se termine sur le constat un peu décevant que les membres du barreau n'ont pas profité de la période creuse du confinement pour se former aux innovations et monter en compétence. Cependant, la prise de conscience de ce besoin semble bien réelle, ce qui représente la note positive de l'enquête. « Il faut faire évoluer nos mentalités, ça doit faire partie de notre hygiène », déclare Maître Parnot. « Les ordres doivent être moteurs, impulser les projets de formations et donner confiance aux confrères », confirme le bâtonnier Deygas.




Anne MOREAUX
Journaliste

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