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Big Data : volume, variété et vélocité

Lead Senior Legal Counsel dans la société SAP France éditrice de logiciels d'entreprise, Mathieu Prud'homme tiendra une conférence sur le Big Data lors de cette édition du Campus AFJE. Une opportunité à saisir pour les juristes et « un challenge démentiel ».
Big Data : volume, variété et vélocité
Mathieu Prud'homme apportera son expertise juridique sur le Big Data auprès des juristes d'entreprise

Droit Publié le ,

Affiches Parisiennes : Qu’est-ce qu’un Lead Senior Legal Counsel ?
Mathieu Prud’homme :
C’est un titre tout à fait mérité. Sénior pour le mérite de l'âge sans doute, et Lead pour la capacité à savoir gérer de front les sujets complexes et montrer la voie aux équipes.

A.-P. : Quelle a été votre formation ?
M.P. :
Je suis avocat de formation. Avant de rejoindre SAP, j’ai exercé en tant que directeur du département Internet Contentieux du cabinet Alain Bensoussan. J’ai également eu le plaisir de vivre les grandes années internet au début de ma carrière, au sein du cabinet Gide.

A.-P. : Qu’est-ce qui vous a amené à travailler pour une grande société d’édition de logiciels d’entreprise ?
M.P. :
Mes premiers échanges avec SAP ont eu lieu pendant ma carrière d’avocat. Comme beaucoup de grandes entreprises, les ressources juridiques sont parfois sous-dimensionnées en période de pic d’activité, d’où le recours occasionnel à des ressources externes. Le monde de l’entreprise m’a toujours attiré. Si je reconnais bien volontiers que la robe peut parfois me manquer, les enjeux et challenges associés à la transformation actuelle de SAP dans le cloud et le Big Data m’ont convaincus et sont un réel moteur au quotidien

A.-P. : Quels sont vos atouts ?
M.P. :
Le juriste, dans une société éditrice de logiciels doit être très bon en droit des contrats, très fort en droit de la propriété intellectuelle, mais aussi en droit de la donnée et de la protection des données personnelles puisque SAP édite des logiciels et est aussi sur le marché du cloud computing.

A.-P. : Le Big Data en trois mots ?
M.P. :
Les 3 V : Volume, variété et vélocité. Je connais aussi une citation sympa d’un prof de l’université de Duke disant « Big data is like teenage sex: everyone talks about it, nobody really knows how to do it, everyone thinks everyone else is doing it, so everyone claims they are doing it... », j’adore !

A.-P. : Le problème c’est que personne ne sait ce que c’est !
M.P. :
Et Pourtant, le Big Data c’est l’utilisation d’une masse de données, énorme, avec des formes et des origines différentes. Sans les outils et les personnes qui permettent d’exploiter cette masse de données, cela ne sert à rien du tout. Il est donc une réalité qui ne devient intéressante que lorsqu’on définit à quoi cette masse de données peut servir, et en se donnant les moyens pour y parvenir. Toute la transformation digitale des entreprises est basée sur le Big Data. Plus simplement, c’est la masse de données qui permet aux sociétés de se transformer et de devenir plus performantes.

A.-P. : En quoi le Big Data représente une opportunité de croissance pour les entreprises ?
M.P. : Avec l’analyse des données, les entreprises peuvent améliorer les choses et surtout les prévoir. L’enjeu est aussi dans l’analyse prédictive. Si vous obtenez toutes les informations possibles et imaginables sur vos clients, vous pouvez prévoir ce qu’ils vont acheter demain. Avez-vous déjà remarqué que Google va parfois plus vite que vous quand vous faites une recherche ? Pendant que vous cherchez, Google sait déjà, ce que vous cherchez, c’est aussi ça le Big Data !

A.-P. : Comment appréhender l’exploitation de toutes ces données ?
M.P. :
On croyait qu’avec le Big Data on allait gagner en puissance technologique, mais on se rend très vite compte que l’enjeu, c’est de revisiter la façon dont on travaille, quelle que soit l’industrie concernée, et de repenser les processus de l’entreprise (DRH, logistique, banque, assurance...).

A.-P. : Le Big Data crée-t-il une menace ou des risques particuliers ?
M.P. :
En tant qu’individu, on collecte toutes nos données, ce qui crée un risque pour nos libertés individuelles. Il existe une exploitation commerciale de notre personnalité mais ce n’est pas nouveau. Il y a beaucoup de pays où cette exploitation est acquise comme aux États-Unis. En Europe on y vient, les gens l’ont compris et semblent l’admettre. Mais les lois et les autorités de régulation ont du mal à l’accepter. Il ne faut pas avoir un discours anxiogène. Avec toutes les don- nées, on peut faire une maintenance préventive des avions très efficace, par exemple.

A.-P. : Le Big Data va-t-il changer le fonctionnement des entreprises ? De leur direction juridique ?
M.P. :
Cela oblige l’entreprise à revisiter la façon dont elle fonctionne et dont elle assure son activité. Pour le juridique, on remet en cause tous les grands principes et tous les schémas appris à l’université. Les règles du jeu ne changent pas, on ne change pas les lois, mais les schémas de responsabilité évoluent. Par exemple, le sacro-saint cas de force majeur doit être extérieur, insurmontable et imprévisible, mais est- ce que les choses sont vraiment imprévisibles aujourd’hui, avec le Big Data et tout ce qu’on peut en tirer ? Les contrats d’assurance-responsabilité sont-ils bien adaptés aux voitures connectées et même sans conducteur? Les services juridiques des assureurs ont donc un travail monstre pour adapter leurs contrats aux technologies. Il y a autant d’enjeux indirectement juridiques mais qui sont très réglementés et réglementaires. Ne faudrait-il pas revisiter le droit de la concurrence et les « parts de marché » ? Quand vous voyez qu’une société comme Netflix s’est valorisée quatre fois plus que certaines sociétés du CACA40, sans parler des mastodontes Facebook, Amazon ou Apple, est-ce que le bon critère pour qualifier leur façon de se comporter est la « part de marché » ? Des parts de marché de quoi? N’y a-t-il pas une transformation digitale dans la façon dont on appréhende l’économie ? Le nouveau critère n’est- il pas celui des « parts de données personnelles » que les entreprises détiennent ? Prenons le droit de propriété, est-il toujours pertinent aujourd’hui pour la gestion de l’entreprise ? Ne sommes-nous pas passés du droit de propriété au droit de partager? Il y a un élan vers le partage, la diffusion, voire même l’incitation à relayer l’information sur ce qu’on appelle les réseaux sociaux. Toutes les fonctions de l’entreprise sont concernées. Avant, on conseillait aux employés de ne rien dire alors qu’aujourd’hui on leur dit de relayer le plus d’informations. Cette transformation est intéressante. Certaines applications comme Pinterest, partagent les données sauf si vous stipulez ne pas le souhaiter, et font passer du système d’opt-in à celui d’opt-out, ce qui est une vraie révolution. Cela crée une dimension passionnante pour le juriste en charge de la gestion de propriété intellectuelle.

A.-P. : De quoi allez-vous parler lors de votre atelier au Campus AFJE ?
M.P. : Avec Arnaud David, conseiller de la société Microsoft également ancien avocat, nous allons essentiellement prendre des situations parlantes. Par exemple, en droit du travail, une jurisprudence récente dit que la géolocalisation est interdite sauf si c’est nécessaire et proportionné et pendant les horaires de travail. Attention, car si vous êtes patron où à la tête d’une équipe de collaborateurs que vous avez comme amis sur Facebook ou Linkedin, et que ceux-ci ont activé des fonctions de géolocalisation sur leur smartphone, vous saurez où ils sont à tout moment sans même le vouloir! Si ce n’est pas déclaré à la Cnil vous être donc hors la loi, sans le savoir. J’aime bien cet exemple car c’est un su- jet juridique qui parle à tout le monde, il y a de vrais enjeux et on comprend bien les règles posées par la loi. C’est marrant de se rendre compte de l’usage qu’on fait de toutes ces applis et réseaux sociaux qui nous font nous retrouver dans des situations non souhaitées mais qui peuvent être « juridiquement graves ».

A.-P. : Le droit ne nous protège-t-il pas contre les dérives du Big Data ?
M.P. :
Il y a le droit de la consommation et celui des données. L’individu est très protégé surtout dans nos cultures européennes où le droit à la vie privé est très important. Il faut avant tout responsabiliser les personnes sous réserve qu’elles soient clairement informées de manière transparente et qu’elles puissent techniquement s’y op- poser. C’est un concept, le « privacy by design », qui sera bientôt dans les lois européennes. On s’assure depuis le design d’un produit jusqu’à sa fabrication, sa commercialisation et son service après-vente, qu’on a bien pris en considération toutes les contraintes de la protection des données à caractère personnel. C’est un enjeu majeur qui a un coût.

A.-P. : Ça risque de donner aux juristes d’entreprise beaucoup de travail…
M.P. :
Oui, c’est un challenge démentiel. Le juriste va intervenir dès la première étape de création du produit ou du service, et c’est formidable. Ça donne envie d’être juriste non ?

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