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Big data, l'or numérique des entreprises

La 7e édition du Salon Big Data Paris a réuni plus de 15 200 participants prouvant que l'utilisation de la donnée par les entreprises est bien devenue l'or du XXIe siècle.
Big data, l'or numérique des entreprises

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Le désormais célèbre salon du Big data a fait le plein les 12 et 13 mars dernier, remplissant les étages du Palais des congrès de Paris. Le Big data bouleverse plus que jamais les processus des entreprises et, en 2018, la tendance est à la démocratisation de la donnée et de son utilisation par les métiers.

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Un marché de 700 milliards

« Aujourd'hui, la data est pour toutes les entreprises un bien essentiel », s'est exclamé Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde dans sa keynote sur l'hégémonie de la collecte de données.

La présence du secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, venu ouvrir le salon avec un discours très volontaire, témoigne de l'importance du sujet pour la croissance économique du pays.

En effet, la bonne gestion numérique des données des entreprises est « un sujet d'intérêt général » pour le secrétaire d'Etat. Il en va de l'intérêt des consommateurs et du respect des libertés fondamentales.
Mounir Mahjoubi a d'ailleurs souligné que « tous les ministres sont responsables et totalement engagés dans le numérique ».
Il a ensuite insisté sur l'importance de la transparence du parcours de la donnée qui doit être une priorité pour toutes les entreprises, notamment avec les nouvelles réglementations qui s'imposent à elles.

Le ministre est ainsi revenu sur les textes européens qui vont entrer en vigueur cette année, le fameux RGPD et le règlement e-Privacy (lire encadré ci-dessous).

Il y existe un décalage entre l'évolution exponentielle de la technologie et l'adaptation laborieuse du droit, si bien que ces nouvelles réglementations sont déjà presque obsolètes et appellent les acteurs à davantage de transparence et de responsabilité.

La où le bat blesse est que le marché du Big data est trusté par les Américains, et bientôt par les Chinois. Il y a urgence car les usages numériques sont déjà là. Si on parle toujours des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), demain verra l'essor des BATXI (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

Google et Facebook trustent à eux deux quasiment 100 % de la publicité en ligne et toute la croissance en ligne. Toutefois, « la bataille est loin d'être perdue » car nous rattrapons une partie de notre retard.
Louis Dreyfus a d'ailleurs alerté quant au risque que les réglementations pénalisent les acteurs européens face à ces géants du net, notamment « l'échéancier e-Privacy, un sujet pour l'ensemble du marché ».

« Autant le RGPD est salutaire pour la transparence, autant e-Privacy est un risque important. Ce genre de réglementations serait de nature à laisser aux GAFAM l'entièreté des 700 milliards envisagés », a-t-il dénoncé. Nous avons besoin de l'intervention des Pouvoirs publics pour amender le texte selon lui.

La gestion des données est plus que rentable, c'est pourquoi toutes les entreprises doivent s'y mettre.

De fait, les experts estiment à 739 milliards les revenus générés par le traitement des données à horizon 2020, c'est-à-dire trois fois plus qu'en 2015 !

« Au Monde, on a investi de manière très importante sur l'utilisation des données et le développement », a témoigné Louis Dreyfus, expliquant que la presse quotidienne est une actrice importante du marché de la donnée avec ses dizaines de millions de profils uniques et de contacts e-mail.

A l'heure où 53 % des entreprises dans le monde ont adopté le Big data (étude Dresner advisory services 2017), les organisations se doivent de construire des architectures de gestion des données toujours plus efficaces, réactives et sécurisées.

« Nous sommes clairement dans cette mutation numérique avec la vocation de faire émerger l'envie d'investir dans la donnée au sein de notre groupe », explique ainsi Louis Dreyfus.

La solution semble être la collaboration. « Nous avons besoin de développer des stratégies d'alliance pour faire face aux GAFAM », a souligné l'expert en donnant l'exemple de GRVT et Skyline (Le Monde, Le Figaro et 14 titres), des plateformes françaises réunissant les grands journaux qui arrivent à toucher chacune plus d'1,40 million de personnes par mois. Nonio (Portugal), Amedia (Norvège) et Verimi (Allemagne) sont des alliances du même type développées dans le monde des médias étrangers.

Des questions éthiques

Après cette entrée en matière sans détours sur la conjoncture, la table ronde sur la place de l'humain dans les process Big data a donné une note plus positive au débat. Les trois intervenants, venant de milieux très divers (DSI, PDG, chercheur) ont expliqué chacun à leur façon comment conjuguer éthique, Big Data et intelligence artificielle (IA). Ils ont ainsi rappelé que l'homme aura toujours une place essentielle, même à l'ère du numérique 4.0, tout comme une certaine déontologie.

Pierre Delort, DSI et professeur à l'Institut Mines-Telecom (qui lance un Master IA en septembre) auteur du manuel intitulé "Le Big Data" a expliqué la nécessité de réaliser un arbitrage entre performance et transparence. Il a aussi abordé le problème de la « bulle de filtres » sur le net, notamment pour les chercheurs, et souligné l'importance d'effacer les cookies de son ordinateur pour ne pas être « enfermé dans son passé de recherches Google ».

La chercheuse Laurence Devillers, professeure à l'université Sorbonne IV, LIMSI-CNRS, a quant à elle détaillé les piliers de l'IA (perception, décision, action, apprentissage) et mis en avant le concept d'éthique by design. « On voit arriver des empires de l'IA et du Big data", a-t-elle souligné en visant les Américains et les Japonais, dont les derniers sont venus chercher des professeurs français.
Cette spécialiste de l'interaction homme-machine a averti l'audience sur les incidences éthiques graves de cette interaction et le risque de manipulation (nudging).
« Il faut des mesures non seulement de performance économique mais surtout de confiance des utilisateurs", a-t-elle souligné. Il convient de pousser les individus à mieux comprendre la façon dont les objets connectés les manipulent et comment ils peuvent les utiliser à bon escient. « L'éthique n'est pas un frein mais un pouvoir ».
Si on ne peut pas tout expliquer avec l'IA, on peut toujours faire en sorte que les utilisateurs expérimentent et comprennent ce qui est en jeu.

La chercheuse est aussi revenu sur la question de la responsabilité juridique des machines qui comporte deux courants : celui qui veut que le droit a déjà de quoi la régler (coresponsabilité du droit civil, régimes des objets défectueux...) et celui voulant créer un véritable droit des robots (théorie d'Alain Benssoussan). Elle a rappelé que les machines ne sont jamais responsables, ce sont leurs créateurs et utilisateurs qui le sont.

L'éclairage apporté par Alexis de Gemini, directeur général de Deezer, a donné un exemple concret de l'utilisation de l'IA par une entreprise française.
La célèbre plateforme musicale utilise le Big data et l'IA pour produire une offre sur mesure à ses clients. Toutefois, son directeur admet que « l'algorithme ne sera jamais capable de savoir si telle ou telle chanson va vous toucher », c'est pourtant l'objectif que Deezer s'est fixé. Aujourd'hui, Deezer est capable d'associer la programmation musicale au temps qu'il fait, à l'heure de la journée et aux rythmes des individus. « Les goûts musicaux disent énormément de vous », souligne ce grand patron, conscient de la force de cette information et de la responsabilité de gérer ces données à caractère personnel. « On ne fait pas commerce des cartographies musicales de nos abonnés », a-t-il assuré.

Comme tous les panelistes, Alexis de Gemini prône "la pédagogie du digital" dès le plus jeune âge et « l'écologie numérique ». Pour faire face dans le monde actuel il faut impérativement appréhender cette complexité digitale, éthique et juridique.

Vers un marché européen de la donnée ?

La mise en conformité avec les nouveaux règlements européens sur le digital est devenue une question centrale pour les dirigeants cette année.
L'objectif principal du Règlement général sur la protection des données (RGPD), dont l'entrée en vigueur est fixée au 25 mai prochain, n'est pas seulement d'assurer la protection des données personnelles des Européens, mais surtout de permettre leur libre circulation et de contribuer à la création d'un marché unique numérique européen qui prenne en compte les évolutions technologiques. Quant à la proposition de règlement « vie privée et communications électroniques », dit e-Privacy, son but est d'harmoniser la législation des États membres en matière de confidentialité des communications électroniques.
Le RGPD repose sur 5 grands piliers : les données avec un principe de minimisation ; le traitement (passage des déclarations interminables auprès de la CNIL au registre interne) ; le renforcement de l'obligation de sécurité ; les droits des personnes (passage du droit à l'information au droit à la compréhension) ; et le contrôle des flux transfrontières.
Le principe majeur qui émerge avec le RGPD est la fameuse accountablity, cette capacité à rendre des comptes. Les entreprises doivent désormais savoir gérer leurs données et prouver qu'elles le font bien.

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