Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Bernard Cohen-Hadad : « Les TPE-PME entre soulagement et craintes »

le - - Entreprise - Vie des entreprises

Bernard Cohen-Hadad : « Les TPE-PME entre soulagement et craintes »
© DR

Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris – Île-de-France, réagit aux annonces présidentielles et dresse un bilan de la première phase du confinement pour les TPE-PME et pour ceux qui les font vivre dans la région de la capitale. Commerces non-essentiels, “click and collect”, protocole sanitaire, aides du Gouvernement, tous les grands thèmes de la crise sont abordés.

Avant de parler des annonces du Président de la République, pouvez-vous nous faire un point de cette première phase du second confinement ? Quel est l'état d'esprit des TPE-PME en région parisienne ? Fin octobre, vous employiez l'expression d' « angoisse existentielle »…

Ce deuxième confinement, il faut le reconnaître moins sévère, a permis que continuent des activités non « télétravaillables », notamment les activités de service. Le niveau d'activité du mois d'octobre ne représentait déjà que 60 % du niveau de 2019. En novembre, on a chuté à 30 %. Sur les 63 000 boutiques de Paris, 42 000 étaient fermées. Dans cette situation, alors que le 1er confinement avait été vécu comme une nécessité et comme une occasion de participer à la lutte collective contre le virus, le second a été mal vécu et mal supporté. Peut-être car mal expliqué. Il a été extrêmement difficile pour les petites entreprises de proximité de devoir ne pas travailler ou de devoir travailler avec une chalandise extrêmement faible, tout en subissant toujours des charges lourdes, notamment en matière de loyer. Cela a beaucoup joué sur le moral des entrepreneurs et de leurs salariés qui vivent mal le télétravail lorsqu'il est subi et non-choisi. Il ne faut pas, en effet, parler du télétravail de façon globale : il y a le télétravail de confort, voulu, et le télétravail imposé. La situation au quotidien, l'absence de stabilité et de mesures sur le long terme ainsi que les difficultés à se projeter dans l'avenir génèrent chez les entrepreneurs beaucoup d'inquiétudes et d'angoisses. Il y a la crainte de ne pas pouvoir rebondir à nouveau lorsque l'on accumule de la dette. Les petites structures avaient déjà réduit leurs marges avec les gilets jaunes en 2018 et avec la grève des transports l'an passé. Ces mouvements avaient plombé les bénéfices d'un moment important de l'année.

On a beaucoup parlé d'une concurrence déloyale des gros groupes par rapport aux petits commerçants. Le sujet vous avait-il mis en colère ?

Cela ne nous a pas mis en colère, nous n'avons pas compris la logique qui était celle de privilégier une distribution à grande échelle, pour certes répondre aux attentes de la population, alors que les conditions sanitaires de la distribution n'apportaient pas plus de protection que dans les boutiques. Nous y avions déjà appliqué un premier protocole sanitaire puis un second en septembre. Les petites boutiques et leurs salariés avaient fourni beaucoup d'efforts, en formation et en investissement, sur ces protocoles. Tous les dispositifs ont été extrêmement bien appliqués par nos entrepreneurs. Dès le 16 août, j'appelais d'ailleurs au port du masque pour protéger l'économie et protéger nos emplois. J'étais dans les premiers à dire qu'il vaut mieux porter le masque que porter le fardeau d'une fermeture d'entreprise.

Il avait déjà fallu s'adapter avant le confinement, comme vous le dites, puis il l'a fallu pendant le confinement. Des expressions comme « click and collect » sont assez à la mode mais on se doute que, pour beaucoup, les choses ne sont pas si simples en pratique…

On touche là à la question de l'adaptation des entrepreneurs au numérique. J'écrivais récemment une tribune à ce sujet sur mon blog. Il y a aujourd'hui un problème de maturité des petits entrepreneurs sur la question. Et pourtant, depuis le mois de mars, nous avons fait un bon sans précédent. Avant la crise, les TPE-PME n'avaient pas accès à des outils de travail à distance leur permettant de fonctionner. Un grand nombre de logiciels gratuits ou à faible coût ont été mis sur le marché. La France reste toutefois sous-équipée en outils de vitrine électronique. La crise nous fait prendre conscience que la mise en avant et en ligne des produits est une impérieuse nécessité. Les plus informés ont aussi pu comprendre qu'un client ne se résume pas à une vente : c'est aussi un accompagnement avec la mise en place de CRM. Dernier point, en France, 30 % du marché du petit commerce passe par le web alors qu'il y a 60 % de ventes digitalisées en Allemagne ou en Italie. Il y a un retard à rattraper. Sur le click and collect, il faut se souvenir que cela existait déjà au premier confinement sans que la chose soit dénommée ainsi. Point positif à en parler autant, cela éveille les entrepreneurs à des pratiques nouvelles. Il est en plein développement. Néanmoins, il appelle à des réflexions, comme je le disais, sur les vitrines électroniques, sur la façon de mettre en valeur ses produits. Il y a en effet le click and collect de solidarité, celui des habitués, des clients fidèles mais cela est peu efficace quand le commerçant n'a pas les capacités de se faire connaître par d'autres et de valoriser sa marchandise. On ne peut pas dire que cette pratique sauvera le commerce si les boutiquiers ne sont pas connus. Au début du confinement, on était sur des pourcentages de 3 à 5 % d'activité mais cela inclut la vente à emporter classique, celle qui existait déjà. Aujourd'hui on monte en Île-de-France à 15 % dans certains secteurs.

Venons-en aux annonces présidentielles. Quel est votre sentiment général quelques heures après le discours ?

On est soulagés, soulagés de pouvoir rouvrir, soulagés d'avoir enfin un calendrier. On est quand même dans l'hypothèque d'un reconfinement si les choses ne s'améliorent pas. Le contexte reste difficile, particulièrement problématique pour les activités d'hôtellerie et de restauration ou pour les salles de sport. On est satisfait qu'il y ait un véritable plan plutôt qu'une logique de stop and go qui est particulièrement difficile à vivre pour les entreprises et les salariés.

On imagine que ce soulagement est d'autant plus prononcé dans la perspective des fêtes de fin d'année…

Pour beaucoup d'activités, Noël représente 30 à 50 % du chiffre d'affaire annuel. C'est la période qui depuis des siècles est une période de trêve. On parlait au Moyen-Âge de la trêve de Dieu : il n'y avait pas de guerre pendant la période de Noël. C'est une période de sérénité où l'on oublie les problèmes du quotidien avant de se projeter sur une nouvelle année. Il y a des produits, il ne faut pas l'oublier, qu'on ne vend qu'à Noël comme le foie gras ou les fruits de mer. La période est par ailleurs essentielle là où la qualité de vie n'est pas simple. Maintenir un confinement dans une période qui nous appelle à être heureux aurait été contre-nature et, surtout, aurait donné aux entreprises un mauvais signe et mis en péril une économie saisonnière. Il n'y a pas que le petit commerce qui est concerné mais tous ceux qui gravitent dans cet environnement. La réouverture le dimanche, au-delà des autorisations habituelles, est aussi une bonne chose.

Il y a ceux qui pourront rouvrir, et puis il y a les autres. Une nouvelle aide a été proposée en alternative du fond de solidarité, le versement de 20 % du chiffre d'affaire de 2019 avec un plafond de 100 000 euros. Cela vous donne-t-il satisfaction ?

Les aides ne remplacent jamais le développement commercial. C'est une bonne chose que le Gouvernement les élargisse mais il reste de nombreux trous dans la raquette en matière de réactivité et d'orientation rapide des aides vers leurs bénéficiaires. Même si cette annonce va dans le bon sens, il y a souvent un long chemin à parcourir dans l'opérationnel. Je pense en particulier aux indépendants et aux travailleurs non-salariés qui, depuis le mois de mars, sont les plus touchés et pour lesquels les aides ne sont pas au niveau des revenus perdus. Les deux points noirs restent les loyers et les remboursements des pertes d'exploitation à la suite des fermetures administratives.

Le dernier point abordé par le Président pour les commerces concerne un protocole 3. Les exigences vous paraissent-elles raisonnables ?

Le protocole 3 avait déjà été évoqué au moment d'établir le protocole 2 avant d'être retoqué. Il prend en compte une urgence sanitaire beaucoup plus forte que celle que nous avions. Il montre que les partenaires sociaux et surtout les entreprises sont capables de faire des efforts. Dans une boutique, une personne pour 8 mètres carrés, cela fait tout de même peu … C'est un curseur assez haut. On a toutefois évité les formules abracadabrantesques compliquant la vie plus que de raison. Il faudra pour le reste continuer à veiller au nettoyage des locaux, à la mise à disposition de gel, à une aération régulière et à la promotion de l'information : il faut protéger autrui. Il n'y a pas de honte à annoncer les cas contacts à nos consommateurs. Le protocole semble complet. On espère qu'il tiendra dans la durée et qu'il nous évitera un nouveau confinement.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer