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Bâtonnat de Paris 2016 : les candidats débattent à l'UJA

Deuxième confrontation pour les neuf candidats au bâtonnat de Paris 2016, après celle de la Berryer. Organisé dernièrement par l'Union des jeunes avocats (UJA) dans la salle des Criées du palais de justice de Paris, le débat n'aura pas manqué d'ambiance ni de bons mots.
Bâtonnat de Paris 2016 : les candidats débattent à l'UJA
© UJA - Le débat de l'UJA 2016 pour les candidats au batonnat

ActualitéRégion Île-de-France & Grand Paris Publié le ,

Nous sommes une profession d’agitateurs, mais dès que cela nous concerne, nous agissons en conservateurs. » affirme Marie-Alix Canu-Bernard, tout en sincérité. Plus tard dans le débat, elle relance : « Nous sommes une profession à ego. (…) Chacun veut marquer de sa patte son territoire. » Pendant trois heures, c’est sur ce ton que les huit candidats au bâtonnat se sont affrontés pour espérer emporter l’adhésion de l’équivalent d’une « ville » de 27 000 habitants : le barreau de Paris.

Valence Borgia, présidente de l’UJA a ouvert le débat en saluant « l’engagement pour la profession » de tous les candidats mais en relevant qu’ils s’étaient tous montrés « évasifs » sur la question de la gouvernance. Les membres du bureau de l’UJA, se sont ensuite succédé afin d’interroger les candidats par thème, en présence de quelque 150 spectateurs. Aminata Niakate, première vice-présidente de l’UJA, a posé les questions sur l’avocat en entreprise tandis que Pierre Hoffman, vice-président de l’UJA, a tenu le rôle du maître du temps pour l’occasion. C’est lui qui lancera la dernière série de questions pour la conclusion du débat.

Après s’être présentés ou avoir fait le choix d’être présenté par un confrère, souvent avec une note humoristique, les candidats ont été invités à développer leur programme. Concernant la formation, on les questionne sur la qualité jugée inégale des enseignements à l’EFB (école française du barreau). Frédéric Sicard réclame plus d’ouverture sur l’Europe tandis que Benoît Chabert veut créer l’EFB Île-de-France, comme une école de « pratiques professionnelles ». La discussion porte sur le stage avec l’introduction de l’avocat référendaire, et sur l’instauration d’un numerus clausus contre lequel sont tous les candidats. On débat du régime de retraite et de la parité notamment sur la place des femmes dans les cabinets et la rupture de contrats motivée par la parentalité. Les concurrents prônent tous plus de sévérité à l’égard des ruptures, par « le chèque et la sanction » pour Benoît Chabert. Nathalie Attias affirme alors qu’elle n’est « pas féministe ». Certains soulignent la distinction entre le « congé paternité » et le « congé parentalité ».

Convergences et divergences

Tous veulent faire bouger les lignes, « dans la continuité » de l’action de l’actuel bâtonnier Pierre-Olivier Sur pour le vice-bâtonnier Laurent Martinet, « dans le progrès » pour Frédéric Sicard. David Gordon-Krief adopte une position visionnaire pour l’exercice du métier de l’avocat et propose de mettre en place La Maison des services du barreau. À la question concernant leur vision pour la Justice du XXIe siècle, Benoît Chabert évoque une plus grande « confiance des citoyens » pour la Justice. Laurent Martinet recommande que l’avocat « retrouve une image de service » et en appelle à plus de moyens pour la Justice.

Chacun à leur tour, les candidats évoquent le statut de l’avocat commis d’office, la maison numérique, l’avenir de la pépinière du barreau qu’ils défendent, la solidarité intergénérationnelle, les écoutes, le secret professionnel et l’accès au droit. Ils sont interrogés sur le sens qu’ils souhaitent donner à leur mandat, sur la justice pénale et sur les libertés, avec une grande question autour de la loi renseignement. Pour certains, la position du bâtonnier doit évoluer dans le temps. Il y a un juste équilibre à trouver entre « liberté » et « sécurité ».

Les candidats sont questionnés également sur leur vision de la gouvernance et les rapports de l’Ordre du barreau de Paris avec le Conseil national des barreaux. Tous s’accordent sur le principe que le barreau de Paris doit se conformer aux décisions du CNB. Les impétrants sont ensuite soumis à la question de la collaboration (la distinction libérale / salarié, sur l’assurance responsabilité professionnelle), de l’exercice et de l’installation, notamment pour les jeunes avocats qui abandonnent à plus de 20 %, assez rapidement, pour se reconvertir en juristes d’entreprise le plus souvent. D’autres questions ciblent l’organisation du Conseil de l’ordre. On demande aux candidats s’il faut retransmettre les vidéos des débats. Tous y sont favorables sur le principe mais certains émettent des réserves, à l’image de Nathalie Attias qui évoque le temps qui manquerait aux avocats pour se passionner pour ces débats. À l’instar du peu de téléspectateurs qui s’intéressent aux débats de l’Assemblée nationale.

Certains candidats font savoir leur hostilité à l’égard de Laurent Martinet et Patrice Rembauville-Nicolle quitte discrètement la salle après 50 minutes de débat. Il n’aura pris la parole que pour se présenter sommairement et dénoncer le « talent électoraliste maximum » du candidat Martinet. Il donne rendez-vous au public pour le jugement du recours qu’il a déposé contre la candidature de l’actuel vice-bâtonnier. On demande aux candidats au vice-bâtonnat s’ils envisagent de se présenter au bâtonnat dès la fin de leur mandat ou plus tard. Tous l’excluent, sauf Marie-Alix Canu-Bernard qui ne l’affirme pas pour autant.

Courage et ambition pour la jeunesse

Pour conclure le débat, l’UJA interroge tous les candidats en leur demandant leur définition du courage et leurs ambitions pour le Barreau de Paris et les jeunes avocats. Dominique Attias et Frédéric Sicard développent l’ambition de l’exemplarité, du travail et de la préservation de la profession d’avocat. Pour Laurent Martinet et Marie-Alix Canu-Bernard, le courage est de continuer l’action malgré la campagne contre la candidature du vice-bâtonnier. Ils souhaitent changer l’image de l’avocat et développent également l’idée de profondes réformes en invitant les jeunes avocats à s’investir.

Pour David Gordon-Krief, la profession doit avancer, se moderniser. Il compte sur les jeunes avocats. Pour lui, on fait, on construit, on agit tous les jours, on veut un monde de droit, optimiste et fier, une meilleure justice, une société de droit. Hubert Flichy complète ses propos en citant trois propos de deux papes « N’ayez pas peur », « une Église pauvre pour les pauvres » et « vous avez péché par vos mondanités ». Benoît Chabert et Philip Cohen plaident en faveur d’une profession forte et unie. Enfin, pour Jean-Louis Bessis, il faut renoncer « au vice-bâtonnat, aux gardes rapprochées et aux majorités ».

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