AccueilDroitActualité du droitBarreau de Paris : les Chantiers de la Collaboration, un travail participatif autour du statut de collaborateur libéral

Barreau de Paris : les Chantiers de la Collaboration, un travail participatif autour du statut de collaborateur libéral

Julie Couturier, bâtonnière de Paris, nous parle de la première édition des Chantiers de la Collaboration, qui s'est déroulée le 29 septembre prochain au Palais des Congrès.
Julie Couturier, bâtonnière de Paris.
© DR - Julie Couturier, bâtonnière de Paris.

DroitActualité du droit Publié le , Propos recueillis par Boris STOYKOV

Affiches Parisiennes : Vous avez lancé ce grand événement, promesse de votre campagne pour votre élection. Qui dit chantiers dit beaucoup d’actions à mener ?

Julie Couturier : C'est surtout la démarche qui est intéressante. Les chantiers signifient que tout le monde se met au travail autour de la table. Pendant notre campagne, il nous est apparu que l’on était peut-être arrivé au bout d'un système et l'on se posait la question de la viabilité du statut du collaborateur libéral. Cette manifestation n'a pas forcément pour objectif de répondre à cette question fondamentale par la positive ou par la négative. À titre personnel, je suis très attachée au statut du collaborateur libéral parce que c'est l'un des fondamentaux sur lequel s'appuie la profession pour assurer sa liberté ; c'est un élément de l'indépendance de l’avocat. Cela étant, on assiste depuis quelques années à la montée en puissance d'une forme de malaise sur ce statut, notamment chez les plus jeunes. En effet, nous constatons que beaucoup de jeunes avocats quittent la profession, à peu près 25 % dans les dix premières années, et que d'une façon générale, le rapport au travail change, notamment depuis la crise Covid. Les jeunes avocats ont une aspiration beaucoup plus importante à un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. A cela s'ajoute notamment le mouvement Metoo, qui n'a pas épargné notre profession, avec des questions de harcèlement et de discrimination qui sont beaucoup plus prégnantes et, de fait, un besoin de sécurité et de protection qui s’est accru.

A.- P. : Aujourd'hui, les collaborateurs sont-ils un peu trop sous pression dans leur cabinet ? Qu’est-il possible de faire pour améliorer le bien-être au travail ?

J. C. : Je pense qu’il faut déjà en parler, raison pour laquelle on a voulu que la démarche soit très horizontale et que les cabinets et les collaborateurs puissent se parler d'avocats à avocats. Il ne faut pas oublier qu’un collaborateur libéral a beau être « employé » par son cabinet, il reste lui-même un entrepreneur en puissance puisqu'il a la possibilité de développer sa clientèle personnelle et que son avenir n'est pas forcément de rester collaborateur. Ces questions-là, il faut les poser pour pouvoir y répondre. On attend de cet évènement très participatif qu’émergent un certain nombre d'idées. Faut-il aller vers plus de protection, vers plus de souplesse dans les modalités de travail ? Faut-il renforcer les outils de lutte contre le harcèlement et les discriminations ? Comment peut-on améliorer l'égalité des chances, l'égalité professionnelle ? Il y a quelques pistes très concrètes du côté de la parentalité puisque les jeunes avocats déplorent beaucoup les problématiques liées notamment à la question de la garde d'enfants. Il y a une foultitude de problématiques qu'on peut aborder. Le marché du travail chez les avocats a aussi beaucoup changé : aujourd'hui les cabinets ont des difficultés à recruter, ce qui place les collaborateurs davantage en situation de faire valoir leurs aspirations. Dans tous les cas, il faut trouver le bon mode opératoire pour que les cabinets puissent travailler de façon efficace et que les collaborateurs puissent s'épanouir dans cette profession.

A.- P. : Souvent, les collaborateurs se plaignent d'un manque de temps et de capacité pour développer une clientèle. Comment leur permettre de développer plus facilement leur clientèle ?

J. C. : C’est aussi de cette discussion que naîtront peut-être des idées. C'est vrai qu'on a une profession qui reste très exigeante et où le travail est une notion importante, car c'est un métier passion. Je ne pense pas qu'il faille encourager le dénigrement de la nécessité de travailler, de s'investir, de s'engager. Cela étant, il y a vraisemblablement une nécessité de corriger un certain nombre d'excès. Je pense à cet égard que nos clients peuvent être aussi assez vertueux. Par exemple, l'Oréal a une charte avec ses différents prestataires, parmi lesquels des avocats, aux termes de laquelle le groupe s'engage, par exemple, à éviter d'envoyer un brief le vendredi soir à 19 h s'il n'y a pas d'urgence caractérisée. C'est aussi le client qui se doit de devenir plus vertueux et c'est aussi de leur côté que peuvent venir les bonnes pratiques.

A.- P. : Certains collaborateurs se plaignent de se retrouver en situation de salariat déguisé. Que pouvez-vous en dire ?

J. C. : Peut-être faudrait-il que le salariat soit assumé dans certains cabinets qui ont un rapport avec leurs collaborateurs plus proche du salariat que de la collaboration libérale. Certains le font mais ça reste relativement rare. Il faut aussi voir quelle est la volonté du collaborateur. Les chantiers de la collaboration ont pour objectif de former les collaborateurs, leur donner les outils pour aller de l'avant et réussir à fonder leur cabinet s’ils le souhaitent. A ce titre, l'événement est structuré autour d’ateliers débats le matin, qui vont réunir tous les acteurs de la profession pour faire émerger des propositions concrètes, avec un travail de co-construction entre l'ensemble des parties prenantes au contrat de collaboration. Trois grandes thématiques seront chacune déclinées en trois ateliers.

La première est le bien-être au travail, puisque c'est vraiment le sujet majeur qui ressort, et auquel nous avons décidé de dédier trois ateliers :

  • le premier sur la mobilité professionnelle et les départs de la profession. Nous entendrons d'anciens avocats qui ont quitté la profession pour savoir ce qui les a guidés et comment ils vivent aujourd'hui.
  • Un second atelier concernera l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, avec l’intervention notamment d’une DRH d'entreprise et d’une secrétaire générale de cabinet d'avocats
  • Un troisièmesur le management, parce qu’on peut être un excellent avocat et technicien, mais pas forcément un bon manager.

La deuxième thématique concerne l'égalité et la lutte contre le harcèlement et les discriminations, un sujet qui est extrêmement prégnant depuis quelques mois et qui est un des marqueurs de notre bâtonnat.. Plusieurs sujets seront abordés : l’émergence d’un tribunal médiatique face à la saisine des instances, la lutte contre le harcèlement et les discriminations ainsi que l'égalité professionnelle et la parentalité auquel participera d’ailleurs la ministre Isabelle Rome

La dernière thématique, plus classique, sera consacrée au recrutement, à l'évolution et à l’association. Seront notamment abordés les difficultés de recrutement pour le cabinet, la difficulté à trouver une collaboration pour le collaborateur, l'évolution et le management de carrière, et enfin la fidélisation des collaborateurs et le développement de la clientèle personnelle.

Parallèlement à ces différents ateliers, sont également prévus trois formations pour sensibiliser les avocats, d'abord au management, puis à la gestion du temps ainsi qu’à la médiation dans les conflits internes des organisations. L'après-midi, quant à elle, sera consacrée à une grande plénière de restitution.

A.- P. : Comment le Barreau aide les jeunes avocats à trouver une collaboration et comment les cabinets peuvent-ils proposer leur offre aux jeunes avocats ?

J. C. : Le Barreau fait ce qu'il faut, notamment via l’organisation de Job Fair, grand forum de recrutement qui permet, chaque année, aux avocats à la recherche d'une collaboration de rencontrer de nombreux cabinets parisiens. Par ailleurs, un site d'annonces de collaboration et de recherche de collaboration existe et est disponible en ligne Il y a, enfin, aujourd'hui de nombreux d'outils entre les éditeurs juridiques, les syndicats, pour trouver des collaborations, surtout à l'heure des réseaux. Les outils numériques sont utiles pour ça.

A.- P. : La profession est-elle attractive côté rémunération ? Avez-vous des outils pour analyser la rémunération des collaborateurs ?

J. C. : Le seul outil que nous ayons, c'est le contrôle des contrats de collaboration. Quand un collaborateur signe son contrat de collaboration, il est censé les déposer à l'Ordre.. Cela permet d'avoir un contrôle et de signaler éventuellement de vrais dysfonctionnements, comme le non-respect des tarifs UJA ou ordinal.

A.- P. : Faudrait-il aujourd'hui augmenter ces tarifs, étant donnée la situation actuelle de crise économique et inflationniste ?

J. C. : Il faut trouver le juste équilibre entre ce que peuvent régler les cabinets et ce que doivent percevoir les collaborateurs. C’est pour cela d’ailleurs que l’UJA réactualise son tarif au début de chaque année pour tenir compte de l'évolution du coût de la vie. C'est déjà un premier indicateur qui existe. Certains cabinets, notamment des petites et moyennes structures, considèrent de plus en plus qu'ils n'ont plus les moyens de prendre des collaborateurs. Cette question d'équilibre entre cabinets et collaborateurs est essentiel et c’est d’ailleurs complètement l'esprit dans lequel s'inscrit nos Chantiers de la collaboration.

A.- P. : Vous avez évoqué le fait que 25 % des avocats quittent la profession et se retrouvent souvent en entreprise. Vous vous êtes récemment prononcée sur une expérimentation. Qu’en est-il ?

J. C. : C'est la position du barreau de Paris depuis longtemps de considérer que nous pourrions avoir plusieurs modalités d'exercice et que l'exercice de l'avocat en entreprise pourrait être une modalité alternative à l'exercice en cabinet. On pourrait avoir l'avocat collaborateur, l'avocat salarié en cabinet et l'avocat salarié en entreprise. Je pense que ça pourrait être une modalité - parmi d’autres - qui permettrait peut-être aux avocats de parvenir à cette meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, à laquelle manifestement ils aspirent, et a une plus grande mobilité professionnelle.

A.- P. : Que pensez-vous de l’avenir de la collaboration ?

J. C. : Je pense que le statut de collaborateur libéral a un avenir à condition, et c'est l'objet de cette manifestation, de se mettre autour de la table pour savoir de quelle façon, à quel endroit on met le curseur entre la protection, le caractère libéral et comment on trouve le juste équilibre, de façon à ce que tout le monde puisse y trouver son compte. Aussi bien les cabinets qui aspirent à avoir des collaborateurs performants que les collaborateurs qui doivent pouvoir exercer leur profession tout en préservant une certaine qualité de vie.

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