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Avocats et Legaltech, des partenaires en devenir ?

Legal start-up, avocats entrepreneurs et geeks se sont retrouvés récemment pour une soirée-débat organisée dans le cadre du bâtonnat par les candidats Marie-Aimée Peyron et Basile Ader. Si des craintes ont pu être exprimées, avocats et legaltech semblent prêts à collaborer plus étroitement.
Avocats et Legaltech, des partenaires en devenir ?

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L'espace réservé par Marie-Aimée Peyron et Basile Ader chez Centdegré affichait complet lors de la soirée-débat intitulée « Quel avocat êtes-vous ? L'uberisé ou le startupper ? ». Si la présentation des prestations proposées par Predictice, Rocket Lawyer et FastArbitre a provoqué des réactions mitigées, entre engouement et méfiance, le constat partagé reste qu'il est indispensable pour les avocats de s'y atteler dès maintenant.

C'est chose faite depuis juin 2015 pour le cabinet 11. 100.34 Avocats Associés, qui a mis en ligne gratuitement tous ses contrats relatifs à la création de start-up. Clarisse Berrebi, associée au sein de ce cabinet précurseur, a argué que le changement d'ère provoqué par le numérique induisait la mise en place de cette stratégie.

Un véritable « changement de modèle économique »

En effet, l'activité de l'avocat, qui est calquée sur un ancien modèle d'entreprise, est amenée à se réinventer. « Tout a changé, on part de zéro », a-t-elle, soutenu, indiquant que les entreprises les plus valorisées en bourse sont aujourd'hui des plateformes, c'est-à-dire des structures servant « d'intermédiaire, de relais entre les uns et les autres ». Ainsi, « C'est à ce nouveau type d'entreprise qu'il faut apprendre à répondre », a-t-elle insisté, précisant qu'il ne s'agissait pas uniquement de se doter d'innovations technologiques.

En effet, c'est d'abord une question de « modèle économique, de management de relation client, de stratégie et d'organisation interne », pour Me Berrebi. D'où le positionnement de son cabinet, qui s'est attaché à accompagner la croissance de cet écosystème des start-up, en favorisant l'accès à ces premiers documents. En outre, le juridique occupe la première place en termes de budget pour une entreprise en gestation, et la plupart d'entre elles ne veulent plus payer pour des informations qu'elles considèrent sans valeur ajoutée.

Une stratégie à laquelle adhèrent également les trois start-up de la première table ronde réunies sous le thème « avocats, legaltech, des partenaires en devenir ? ». Pour Christophe Chevalley, directeur général de Rocket Lawyer Europe, les legaltech apportent des solutions juridiques à des publics qui ne pouvaient pas en bénéficier. Une nouvelle façon de faciliter l'accès au droit, en somme ? C'est en tout cas vers les moteurs de recherche que se tournent ces publics en priorité, qui, comme pour les médecins, pensent avoir déjà « trouvé un début de solution » avant même que la consultation ait commencé.

Faire la différence

Et c'est là que doivent se positionner les avocats, en apportant une juste touche de créativité. Il s'agit, selon Clarisse Berrebi, de revoir la place de l'avocat sur la chaîne de valeurs, afin de créer cette valeur ajoutée. « Un robot n'est pas capable de créativité, et jamais personne ne fera confiance à un robot pour discuter de son divorce », a tenté de rassurer Christophe Chevalley.

Louis Larret-Chahine, lui-même élève-avocat et cofondateur de Prédictice, estime que si « l'avocat est nécessaire, irremplaçable », il doit cependant « continuer à venir chercher » les legaltech. « Ne soyez pas passifs (…) le vrai rôle de l'avocat est d'amener le client vers un litige simplifié », a-t-il renchéri, d'autant plus que sa société Predictice propose notamment d'optimiser les chances de succès d'un procès grâce au machine learning.

Jérôme Giusti, associé chez 11.100.34 et arbitre sur la plateforme FastArbitre, a également incité ses confrères à devenir de véritables acteurs de la transition numérique, en se positionnant en tant que partenaires et prescripteurs de ces legaltech. Arnaud Touati, du cabinet Alto Avocats, et intervenant lors de la seconde table ronde (Comment devenir des entrepreneurs du droit ?), a souligné que ces évolutions devaient conduire l'avocat à « montrer la bonne information », et à « faire du sur mesure », dès lors que les robots se chargent des prestations à faible valeur ajoutée.

« Plus vous diffusez du droit, plus vous créez un besoin en droit », a conclu Stéphane Larrière, directeur juridique chez Atos et auteur du blog La loi des parties, « et plus les gens pratiqueront le droit, plus il y aura une élévation par le haut, et donc de nouveaux clients ».

Les propositions des candidats Peyron/Ader

1. Reprendre le contrôle de l'information juridique en ligne et placer l'avocat au centre de la « Cité numérique ». Dynamiser la présence de l'avocat sur internet. « Le droit est partout, les avocats doivent être partout ».

2. Améliorer l'accès aux technologies avec :

- la création d'un annuaire référençant les legaltech

- la mise en place d'un dispositif pour permettre à chacun (élèves-avocats, formation continue) d'accéder à moindre coût aux outils et aux formations (grâce notamment à la création de « Labs EFB ») nécessaires au développement de leur activité.

3. De la bibliothèque à la biblioTECH : il faut faire de l'Incubateur du barreau de Paris un observatoire et un laboratoire de l'innovation.

4. Favoriser le financement des cabinets (interprofessionnalité…).

5. Adapter la déontologie à ces nouveaux enjeux et imposer les principes essentiels (secret professionnel, conflits d'intérêts…) et l'assurance responsabilité civile, dans l'intérêt du public.

6. Lutter sans pitié contre les braconniers du droit.

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