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Avocats d'affaires : Le cabinet LPA CGR est né

Un des grands cabinets français full-service Lefèvre Pelletier & associés (LPA) et CGR Legal, reconnu dans le domaine des énergies renouvelables, fusionnent. Cette nouvelle structure compte désormais 160 avocats dont 40 associés, six bureaux à l'étranger et un chiffre d'affaires consolidé de plus de 44 millions d'euros.
Avocats d'affaires : Le cabinet LPA CGR est né
© DR - Philippe Pelletier ex-LPA et Philippe Raybaud, ex-CGR Legal

ActualitéInterview Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pourquoi avez-vous pris la décision de fusionner vos cabinets ?

Philippe Raybaud : CGR Legal regroupait une trentaine d’avocats et comme tout cabinet, nous nous interrogions en permanence sur notre avenir. Nous avions identifié un certain nombre d’axes de développement, notamment l’immobilier et l’environnement, qui sont complémentaires de notre métier de base qu’est l’énergie. Nous souhaitions également nous développer dans nos spécialités existantes que sont les fusions-acquisitions, le contentieux, le droit fiscal et le droit social. Nous projetions enfin de nous développer à l’international, notamment vers l’Asie, le Maghreb et l’Afrique centrale. Nous avancions indépendamment sur ces spécialités pour recruter des collaborateurs et des associés. Le projet de fusion avec LPA nous a permis d’avancer d’un seul coup sur tous ces axes de développement en gagnant un temps précieux. Très rapidement, nous nous sommes rendu compte que nous avions le même type de cabinet, la même ambition et que la communication entre nous était facile.

A. P. : Lefèvre Pelletier & Associés compte 130 avocats, CGR Legal une trentaine, pourquoi parler de fusion ?

Philippe Raybaud : L’esprit de cette opération est bien une fusion puisque nous avons un groupe intégré d’avocats avec un savoir-faire. C’est un ensemble de moyens qui se rapproche d’un autre ensemble de moyens, même si nous ne sommes pas de la même taille.

Philippe Pelletier : Cette approche de fusion nous paraît indispensable pour caractériser ce projet commun. Un rapprochement de deux entreprises ne peut réussir que s’il y a la satisfaction de deux projets. Philippe Raybaud vient d’exposer le projet de CGR Legal qui est tout à fait clair, partant d’une analyse du marché et de leur évolution depuis 10 ans. De notre côté, nous sommes dans une autre analyse qui arrive à la même conclusion.

Nous sommes tout à fait convaincus que le métier d’avocat va se transformer assez profondément avec un autre mode de relation avec les clients, à travers le développement de partenariats qui vont nous obliger à repenser nos services. Nous croyons, par ailleurs, que la rémunération des avocats et des cabinets d’affaires ne va plus être liée au temps passé comme dans les années passées. Nous allons devoir inventer d’autres modes où cette rémunération sera liée à la valeur ajoutée. Le numérique va également bouleverser la relation professionnelle avec l’émergence du besoin de partage d’informations en temps réel. Devant ces bouleversements qui se produisent dans une économie où l’on peut penser que les croissances française et européenne resteront durablement faibles, nous pensons qu’il faut à la fois se muscler et agrandir son « terrain de jeu ». Se muscler, c’est grandir. C’est une constante que nous avons dans notre cabinet de considérer que notre taille doit augmenter en même temps que celle de nos clients. Pas seulement parce qu’il faut être gros par principe, mais parce que ce développement nous permet de proposer une multitude de services et de créer de la récurrence.

Deuxièmement, nous pensons que notre croissance va s’assurer de plus en plus sur des marchés émergents, hors de la France. C’est ce que nous faisons progressivement avec nos bureaux étrangers. Vous avez sans doute vu que nous venons d’ouvrir un cabinet au Japon où nous sommes le seul cabinet français présent aujourd’hui. Il y a une synergie dans les deux sens, France-Japon et Japon-France. L’Afrique est aussi un territoire sur lequel nous allons nous développer. Notre bureau de Casablanca traite déjà des dossiers en Afrique sub-saharienne. Nous pensons que notre avenir va se jouer sur ces territoires. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous étions en recherche de professionnels qui puissent se rapprocher de nous pour construire un avenir commun plus vigoureux, mieux adapté aux évolutions de ce temps.

Deux éléments pour terminer. Le premier. Nous avions identifié l’énergie comme axe de développement, à la fois pour assister les entreprises qui travaillent dans ce secteur et pour leur offrir une expertise. Notre activité était déjà assez importante en droit de l’environnement, plutôt à destination des entreprises industrielles. Nous avions également une activité dans le champ du développement durable. Nous sommes très présents dans le secteur du bâtiment durable, notamment à travers le plan que j’anime depuis 2009, à la demande des Pouvoirs publics. Dans tous ces sujets, il y a beaucoup d’ingénierie contractuelle à mettre en œuvre. Nous savons que ce qui caractérise ce sujet est l’efficacité énergétique. C’est donc pour nous une aubaine de se rapprocher d’une grande maison, experte et reconnue dans le champ de l’énergie. De plus, nous pensons que l’énergie se marie bien avec les territoires étrangers où nous avons envie de nous déployer. Regardez le succès de la fondation de Jean-Louis Borloo qui allie Afrique et énergie. C’est l’expertise de CGR Légal qui va nous aider à nous développer sur les terrains africains.

Maintenant, pourquoi fusion ? Nous sommes très attachés à cette idée parce qu’elle traduit ce que nous voulons faire. Nous pensons qu’un cabinet d’avocats doit se transformer, se renouveler. Il ne s’agit pas d’intégrer des gens dans nos pratiques, dans nos habitudes. Il s’agit, par ce rapprochement, de créer un être neuf qui va s’enrichir de ce qu’il y a de mieux chez eux et de ce qu’il y a de mieux chez nous. Nous sommes tout à fait ouverts à la transformation. C’est pour cela que nous sommes attachés au mot « fusion ». Ce n’est pas pour faire joli dans le décor ou pour dire que nous sommes singuliers parmi les cabinets d’avocats où ce genre de mouvement est rarissime.

« Nous sommes dans une logique de profession libérale tout en étant dans une stratégie d’entreprise. »Philippe Pelletier 

A.-P. : La fusion de vos cabinets est comme une fusion entre deux entreprises…

Philippe Pelletier : En effet, nous sommes dans une démarche entrepreneuriale, de part et d’autre.

Philippe Raybaud : C’est cela, mais c’est tout de même un peu différent. Voilà pourquoi parler d’absorption n’a pas vraiment de sens. Le capital d’un cabinet est constitué de ses associés. Quand on fusionne deux cabinets, on fusionne deux cultures d’associés, on agrandit le périmètre des expertises et celui des avocats qui acceptent de travailler ensemble. Nous aurions également pu nous développer en intégrant de nouveaux associés.

A.-P. : Cette fusion entre vos cabinets donne une vision tout à fait nouvelle de la profession qui s’ouvre vers l’international…

Philippe Pelletier : Cette démarche entrepreneuriale, nous la portons depuis très longtemps. Nous l’avons réalisée par étapes successives, pas forcément avec la rapidité que nous souhaitions. En son temps, le cabinet Lefèvre Pelletier est déjà né d’une fusion en 1993. Nous avions une vision identique de ce que devait être notre avenir, comme celle que nous avons aujourd’hui. Ensemble, nous nous sentions plus forts et nous sommes allés beaucoup plus vite dans la réalisation de ce que nous croyons être le métier d’avocat. Nous avons pu rapidement nous approprier les codes des entreprises. L’une des premières actions que nous avons faites a été de rechercher une certification qualité, en créant des règles de fonctionnement, en harmonisant les services que nous rendions à l’extérieur. En 2014, nous avons réalisé notre premier rapport RSE. C’est une bonne méthode pour réfléchir aux voies de progrès. Nous avons, par ailleurs, un comité d’entreprise et un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, ndlr). Bref, nous nous dotons des outils de nos clients entrepreneurs pour leur ressembler et pour réussir cet exercice très difficile de transformer des professionnels qui, par nature, sont des gens très indépendants.

Notre objectif commun est de créer une entreprise qui, au-delà de nos petites personnes, ait sa marque, sa pérennité et ses projets de développement.

Philippe Raybaud : Il y a un point sur lequel je souhaiterais revenir, c’est la notion de rapidité. Elle est importante pour comprendre la fusion. Dans le développement des cabinets, il y a un certain nombre d’étapes à franchir. Il est assez facile de passer de cinq à dix avocats. En revanche, pour passer de dix à vingt, c’est plus compliqué et ainsi de suite. Il y a donc des seuils. Notre cabinet avait 30 avocats, mais si nous voulions passer à 60 ou 70, nous avions un certain nombre de choses à apprendre. Cette fusion nous permet de bénéficier de ce savoir-faire qui donne l’opportunité au cabinet Lefèvre Pelletier et Associés de développer des bureaux à l’étranger, de gérer des ensembles de plus de 100 avocats… Tout cela a pour nous beaucoup de valeur, en nous permettant d’accélérer notre croissance.

A.-P. : Cette fusion se fait aussi dans l’intérêt du client ? Que va-t-il trouver de différent au sein de cette nouvelle entité ?

Philippe Pelletier : Premier élément de réponse, nous allons probablement pouvoir consacrer davantage de moyens et de temps à la connaissance de nos clients. Nous avons d’abord à réaliser ce travail d’écoute, c’est-à-dire essayer de comprendre quels sont les besoins des clients, leurs évolutions, quelles sont leurs attentes. C’est une démarche marketing. Nous allons observer le marché pour voir en quoi le client a besoin de nous, afin de pouvoir lui apporter une réponse. Répétons que nous sommes dans une logique d’entreprise et non plus dans celle de l’avocat du siècle dernier. Il disait au client ‘‘c’est comme ça’’ ! L’avocat d’aujourd’hui doit identifier et comprendre le besoin du client pour lui offrir des services auxquels il ne s’attend peut-être pas ; en associant un professionnel d’une autre spécialité, un bureau d’études, par exemple. Tout cela n’est pas simple, mais c’est la vocation de notre démarche entrepreneuriale.

Philippe Raybaud : L’idéal serait d’être assez inventif pour créer le service avant même l’émergence du besoin du client. Il est vrai que dans un monde où le droit est de plus en plus complexe, l’amélioration du service évolue vers la spécialisation et une capacité des spécialistes à travailler ensemble. C’est d’ailleurs ce qu’on observe actuellement dans les pays anglo-saxons. À New York, par exemple, il y a 40 ans les avocats étaient relativement généralistes. Ils sont à présent très spécialisés, avec cette grande capacité de travail en commun.

« Dans un monde où le droit est de plus en plus complexe, l’amélioration du service évolue vers la spécialisation et une capacité des spécialistes à travailler ensemble. » Philippe Raybaud

A.-P. : Justement, comment avez-vous baptisé votre nouvelle entité ?

Philippe Raybaud : Nous l’avons baptisée, pour une période transitoire, LPA CGR.

A.-P. : Dans LPA CGR, le client va trouver presque toutes les spécialités dont il a besoin ?

Philippe Pelletier : Notre rapprochement suscite des effets tout à fait salutaires, une offre plus musclée dans le champ du droit de l’entreprise et des fusions acquisitions. Nous avions un département social avec deux associés. CGR Légal avait un secteur social avec un associé. Nous avons aujourd’hui trois associés dans ce secteur et nous sommes très heureux. Même chose pour le contentieux des affaires. La fusion va donner de la visibilité et une offre de services plus musclée.

Philippe Raybaud : C’était notre stratégie de développer, de renforcer ces secteurs. Avant cette fusion, nous avions une volonté de recruter dans le secteur corporate M&A, dans le contentieux, dans le droit social, dans le fiscal… En une seule opération, la fusion, nous consolidons tous ces secteurs.

A.-P. : Pouvez-vous nous donner votre avis sur le besoin de confidentialité des avis des juristes d’entreprise et sur le statut d’avocat en entreprise ?

Philippe Pelletier : Je suis très sensible à la volonté des juristes d’entreprise d’obtenir un statut spécifique, mais je suis toujours étonné qu’ils veuillent s’abriter derrière le mot « avocat ». La profession d’avocat me paraît avoir des caractéristiques – que je crois essentielles – qu’on ne peut pas trouver chez le juriste d’entreprise. La première étant cette indépendance des avocats et cette confidentialité de leurs échanges. Dans la hiérarchie de l’entreprise, le juriste n’est pas totalement indépendant et n’est pas totalement dans la confidence. Deuxième point important : l’avocat apporte principalement à son client l’expérience acquise auprès de nombreux clients ayant affronté les mêmes problématiques.

Philippe Raybaud : Je vous donne un avis personnel. Il existe des pays où les juristes d’entreprise sont avocats et je pense qu’en France, nous allons aller vers une profession plus intégrée, mais avec des aménagements. Il y a deux gros sujets au cœur du débat : l’indépendance et le secret professionnel. Si on arrive à trouver des points de convergence sur ces aspects-là, il n’est pas impossible de voir naître un statut d’avocat pour les juristes d’entreprise.

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