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Ascension des directions financières et juridiques dans l'entreprise

Vif succès pour le premier Congrès des DAF ouvert aux directeurs juridiques qui s'est tenu récemment au Palais des Congrès. Ces directions en pleine expansion ont conquis un rôle stratégique au sein de la gouvernance de l'entreprise, et se félicitent d'être passées du rôle de « caissier » ou « contrôleur » à celui de « copilote ».
Ascension des directions financières et juridiques dans l'entreprise

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Aujourd’hui, il est clair que le rôle des directions financières et juridiques a évolué au sein des entreprises. Elles ne veulent plus être cantonnées au rôle de fonctions supports et revendiquent leur place au plus haut de la hiérarchie.

L’exemple de Philippe Legrez, ancien directeur juridique de Michelin récemment distingué, aujourd’hui directeur général de la Fondation Michelin, est parlant. À l’époque, sa vision particulière et iconoclaste, constituant à « transformer la direction juridique pour qu’elle puisse devenir un centre de profits », a montré qu’un service juridique est en mesure de prouver qu’il est créateur de valeur pour l’entreprise. Sous sa direction, le pôle juridique de Michelin a généré des revenus représentant le triple de ses coûts !

Emmanuelle Duten, rédactrice en chef de la revue des Échos Capital Finance, est entrée dans le vif du sujet en interrogeant trois représentants des professions du chiffre et du droit. Cette ascension au sein de la gouvernance de l’entreprise est confirmée par ces experts externes auxquels font appel les directions administrative et financière et les directions juridiques.

Philippe Arraou, Marie-Aimée Peyron, Denis Lesprit et Emmanuelle Duten

Marie-Aimée Peyron, secrétaire du bureau du Conseil national des barreaux (CNB) l’a confirmé en parlant au nom des avocats. « Aujourd’hui, on nous demande plus de rédiger cinq pages sur une jurisprudence de la cour de cassation mais de donner des solutions pragmatiques et efficaces pour l’entreprise. » Selon elle, les conseils juridiques sont devenus source de valeur pour la stratégie d’entreprise.

Pour Denis Lesprit, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, les commissaires sont la boussole des entreprises. D’autant que le besoin de sécurité financière va être de plus en plus élevé dans ces temps de crise économique et de révolution numérique. Le commissaire aux comptes permet aux tiers, aux investisseurs et aux financiers d’avoir confiance dans le message des entreprises d’une part, et la stabilité de leurs comptes d’autre part. Leur expertise représente ainsi un vecteur de croissance pour les entreprises. « Nous sommes ceux qui ouvrent la voie dans le maquis du monde des affaires. »

Enfin, Philippe Arraou, président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, est convaincu que ses confrères réalisent de nombreuses missions essentielles pour les TPE-PME, et aujourd’hui de plus en plus rentrent dans les grandes entreprises pour des missions ponctuelles.

Ce trio de représentants d’experts a démontré à quel point leur rôle était en train de prendre de l’importance au sein de la gouvernance des entreprises à travers leurs missions pour les directions juridiques ou financières.

Ils prennent ces nouvelles missions très à cœur : maximiser les retours sur investissement, optimiser les synergies, renégocier les engagements contractuels, refondre les business plans et faciliter leur mise en œuvre opérationnelle… Des enjeux qui s’imposent à eux dans un environnement où la pression réglementaire et normative s’ajoute à la complexité de la conduite des affaires.

L’éditorialiste du journal Les Échos, Jean-Marc Vittori, a enrichi le débat en livrant un panorama du paysage économique français, très en berne malgré une hausse notable de la croissance et de l’investissement, « ce qui ne suffira pas à mettre un gros coup d’accélérateur sur notre économie », et sa vision des sources de valeurs. De fait, aujourd’hui, il constate que les indicateurs de reprise durable de l’économie ne sont pas au beau fixe. La dépense publique se réduit, le commerce extérieur est faible, la consommation est en berne, et dans l’ensemble des entreprises, la France n’est pas dans une vague d’augmentation des salaires très forte, si ce n’est le contraire, sans parler du taux de chômage. « Petits salaires et peu d’embauches riment avec peu de consommation durable au-delà d’impacts ponctuels comme la baisse des prix du pétrole. » Seul l’investissement semble redécoller. Il a aussi posé un regard sur l’extérieur, et en conclut, au regard de la Grèce, que l’on ne peut pas compter sur le long terme désormais car le climat économique mondial est trop fluctuant.

Michel Léger, expert-comptable et commissaire aux comptes qui préside le Conseil d’administration du cabinet BDO en France, a conduit une enquête sur le moral des DAF pendant plusieurs années qui montre qu’ils ont une vision de moins en moins négative du contexte économique. « Ce qui est très bon signe car on est passé d’un pessimisme noir en 2012 à un pessimisme qui s’atténue », surtout pour les DAF d’entreprise qui exportent. Leur regard sur la fonction est intéressant puisqu’ils l’estiment plus stratégique, plus centrale et se sentent moins isolés qu’auparavant. Les DAF « se voyaient  plutôt arbitre avant et se voient plus pivot aujourd’hui ».

Michel Léger a poussé la caricature en disant qu’ils sont passés du rôle de caissier à celui bien plus valorisant du copilote !

Les DAF et les directeurs juridiques sont, selon lui, les deux seules professions transversales dans l’entreprise qui traitent des mêmes sujets au quotidien (fusions acquisitions, préparation des assemblées générales, des conseils d’administration et des comités d’audit, rapport annuel, communication financière , contentieux ; espionnage industriel…).

Si pour lui, ces deux postes peuvent parfois être tenus par la même personne, ce n’est pas le cas pour d’autres et le débat est vif. À l’instar d’Olivier Chaduteau, associé fondateur de Day One cabinet de conseil en alignement stratégique, pour qui « le directeur juridique ne doit absolument pas être DAF et encore moins, sous lui. »

Benoît Fouilland, à l’inverse, est un équilibriste, il a trois casquettes dans la start-up Criteo récemment entrée en bourse aux États-Unis : DAF, directeur juridique et directeur des fusions-acquisitions. Pour lui, « un des rôles essentiels du CFO (DAF en anglais, ndlr) est d’être l’ambassadeur de la stratégie », et c’est pour cela qu’il doit être en haut de la hiérarchie et gérer aussi le juridique.

« Je me garderai bien de trancher sur le fait de savoir si l’on peut mettre le directeur administratif et financier et le directeur juridique dans le même panier, ou la même personne. En revanche, je suis convaincu que l’on peut les mettre dans le même panel ! », en conclut Jean-Marc Vittori.

Philippe Legrez racontant non sans humour comment de nombreux contentieux étaient gagnés ou évités par la direction juridique de Michelin

Aujourd’hui, le soleil ne se couche plus sur l’entreprise, celle-ci doit être réactive en permanence et créatrice de valeur, et les DAF et les directeurs juridiques l’ont bien compris. Pour Olivier Chaduteau, créer de la valeur pour le directeur juridique, c’est être plus proche des opérationnels. Il est indispensable de connaître la géopolitique. Là-dessus, il est rejoint par Pierre Charreton, directeur juridique d’Areva, qui a décliné son modèle dans plusieurs grands groupes à l’international, et Philippe Legrez, ancien directeur juridique de Michelin qui est l’un des premiers directeurs juridiques à calculer les coûts et les profits de sa direction et à vendre sa valeur ajoutée à la direction de l’entreprise.

Ces deux grands directeurs juridiques estiment qu’il y a un mouvement d’internalisation de la fonction créatrice de valeur. Toutefois, leurs directions font encore appel à des expertises externes mais elles doivent rester « subsidiaires ». Ils sont convaincus que le droit peut générer des revenus.

Enfin, Jean-Marc Vittori a clos le débat avec enthousiasme en disant qu’il avait découvert qu’il existait plein d’autres sources de valeur que ce qu’il envisageait. « Il y a de la valeur dans la qualité d’un contrat, dans la propriété intellectuelle, dans le pilotage d’équipe, dans la réparation des dommages, dans la mise en bourse… Plein de sources de valeur, à condition de respecter les cultures juridiques et de travailler ensemble. »

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