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Annegret Kramp-Karrenbauer : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande

Elevée au rang d'Officier de la Légion d'honneur le 4 avril dernier, pour saluer son engagement en faveur de la coopération franco-allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-présidente du Land de La Sarre, est venue exposer sa véritable vision d'avenir pour l'Europe, à la Maison du barreau, à l'invitation du bâtonnier, Frédéric Sicard.
Annegret Kramp-Karrenbauer : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande

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Annegret Kramp-Karrenbauer est actuellement l'une des figures montantes de la CDU. Elle a choisi d'expérimenter sa vision de l'Europe à travers sa « Stratégie France » qui vise notamment à faire de la Sarre, en l'espace d'une génération, le premier espace plurilingue sur le continent, au service du développement social et économique des territoires.

Après le Brexit, quel projet européen ?

Le Brexit ajoute à la fois de la gravité et de l'espoir au message de la ministre-présidente du Land de Sarre : « Placer la France au cœur de notre stratégie de développement fera de la Sarre la plateforme privilégiée des échanges dans le domaine des investissements et des compétences innovatrices entre l'Allemagne et la France. » Le bilinguisme qu'elle souhaite favoriser dès le plus jeune âge « sera un formidable moteur du développement des relations économiques et commerciales par-delà les frontières, mais aussi un moteur de la politique d'éducation et de recherche. Lorsqu'on connaît la langue, la culture et l'esprit français, il en découle une culture européenne “sans frontières”, ce qui est un atout pour la Sarre ».

C'est cet esprit de dialogue, d'ouverture et de conciliation que le barreau de Paris a choisi d'honorer en invitant Annegret Kramp-Karrenbauer. Cette présence témoigne par ailleurs de la vocation internationale de la place de Paris et du rôle moteur que le barreau de Paris peut jouer dans l'émergence d'une harmonisation juridique en Europe et la création d'un barreau européen.

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ANNEGRET KRAMP-KARRENBAUER : « Le Brexit peut aussi être une opportunité pour l'Europe »

Affiches Parisiennes : Le Brexit est-il une catastrophe pour la construction européenne ou, au contraire, une opportunité de resserrer plus encore les liens qui unissent l'Allemagne et la France ?

Annegret Kramp-Karrenbauer : Le Brexit est un fait accompli, une décision que le peuple britannique a prise. Nous devons l'accepter. Personnellement, cette décision me rend très triste. En Europe, les choses vont certainement évoluer par rapport à la situation actuelle. Nous avons deux tâches à accomplir. Tout d'abord, nous devons organiser et négocier la cohabitation entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne. Nous avons également la mission impérieuse de maintenir et de préserver la cohésion européenne. Pour ce faire, nous devons raviver l'esprit des pères fondateurs de l'Europe. Le Brexit est, certes, une épreuve difficile. Il est aussi l'occasion d'améliorer notre Europe.

A.-P. : S'il est possible de voir le Brexit comme une opportunité, ne risque-t-il pas, en revanche, de pousser d'autres États à quitter l'Union ?

A. K.-K. : C'est notre mission de tout mettre en œuvre pour limiter un possible “effet domino” en Europe. La manière dont nous allons nous comporter vis-à-vis de la Grande-Bretagne est d'une importance majeure. Il nous faut également tirer les conclusions de ce Brexit. Nous voyons que beaucoup d'Européens, dans les différents États de l'Union, craignent des changements, avec ce monde de plus en plus mondialisé. Certains cherchent des solutions purement nationales. Nous savons pourtant que les grands problèmes que sont la sécurité et le terrorisme, par exemple, ne peuvent être résolus au niveau national. Pour toutes ces problématiques – et elles sont nombreuses –, nous devons trouver des réponses communes européennes. Ce projet trouve aussi l'adhésion de beaucoup de citoyens européens.

A.-P. : Aujourd'hui, la coopération européenne passe-t-elle par les régions et les lands ? Est-ce là que l'avenir européen se dessine ?

A. K.-K. : Une Europe forte aura toujours besoin d'une coopération régionale entre les États, surtout dans les zones transfrontalières. Les Européens y vivent l'Union au jour le jour, de manière positive, dans l'esprit de la libre circulation, du choix du travail, mais aussi des systèmes sociaux qui ne correspondent pas. Ces régions transfrontalières ont ainsi cette mission particulière de créer le quotidien des Européens. Pour cela, il faut créer davantage d'opportunités et de synergies, soit par l'entremise de Bruxelles, soit par celle, côté allemand, des gouvernements fédéraux.

A.-P. : Aujourd'hui, êtes-vous convaincue du besoin de coopération accrue entre l'Allemagne et la France ?

A. K.-K. : L'Histoire de l'Europe montre que, surtout dans les moments difficiles, la coopération franco-allemande fut un atout majeur. Le temps présent en est un. Avec le Brexit, la chancelière Angela Merkel et le président de la République François Hollande ont affirmé que tant que la Grande-Bretagne n'aurait pas soumis sa demande de sortie de l'Union européenne, il n'y aurait pas de négociations officielles. C'est un signe fort vers l'Europe et vers la Grande-Bretagne. Pour surmonter la situation difficile, l'Allemagne doit d'autant plus coopérer avec la France.

A.-P : Les citoyens européens semblent bien loin des préoccupations politiques, économiques et sociales… Pensez-vous que la construction européenne passe aussi par l'information, la culture et le multilinguisme ?

A. K.-K. : Je crois que tout cela est très important pour les citoyens européens. Beaucoup d'étudiants, de lycéens, d'universitaires des États membres, mais aussi des jeunes qui suivent une formation professionnelle, travaillent aujourd'hui ensemble et participent à de nombreux programmes d'échanges. Ils constituent une génération de jeunes vraiment européens. Tous ces contacts doivent être multipliés et renforcés. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'en Angleterre, ce sont surtout les jeunes qui souhaitaient rester au sein de l'Union européenne…

Propos recueillis par Boris Stoykov

Frédéric Sicard : « L'Europe est la garantie de la paix »
Le bâtonnier Frédéric Sicard a accueilli avec beaucoup d'espoir la ministre-présidente du Land de La Sarre. Pour lui, « La paix est nécessaire au bonheur des hommes. Cette paix, nous ne l'avons jamais connue dans l'histoire, si ce n'est depuis 70 ans. Cette paix, nous la devons à notre Europe. L'Europe est la garantie de la paix. Le Brexit est une déception, mais pas forcément une rupture. Le cœur de l'Europe palpite toujours aussi régulièrement. La blessure est superficielle. Tout est en place, rien n'est fermé. Il nous faut juste retrouver confiance. Le droit, qui garantit les libertés et la sécurité de chacun et de tous, sera la clé de cette confiance. Les murs porteurs de l'Europe ne peuvent être que ceux des valeurs éthiques. Depuis plusieurs mois, le Conseil de l'Ordre du barreau de Paris a fait le choix d'une zone Ohada en Europe, d'un code des affaires commun aux Etats membres volontaires.
Nous venons de remettre à Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-présidente du Land de La Sarre, le texte en allemand de l'analyse de droit comparé de nos professeurs français et allemands qui dessinent ce qui est à faire. Voilà un beau scénario, une belle idée d'avenir, que ce code des affaires européens.
Comment travailler à cette Europe du droit et de la justice ? Par le réseau professionnel. Nous avons déjà échangé avec les autorités de la Sarre. Lors d'un premier déplacement, nous avions imaginé les bases d'un accord d'échanges et de formation et avec les équipes de Madame Kramp-Karrenbauer –qui a imaginé la Stratégie France–, à peine les bases ont-elles été esquissées que nous les avons débattues et négociées. Une prochaine signature permettra sans doute la formation spécifique des élèves-avocats et des avocats parisiens à la compréhension du droit allemand, tandis que nous tendons la main pour que les référendaires soient initiés au droit français. Rien de mieux, pour se connaître, que l'éducation... »

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