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Amphis 21 : Sciences Po refait le monde

Le public était au rendez-vous pour la conférence inaugurale des Amphis 21 de Sciences Po intitulée « Nous ne sommes plus seuls au monde : l'Occident à l'épreuve de la mondialisation ». Le professeur Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, a tenu en haleine un amphi plein à craquer d'étudiants inhabituels…
Amphis 21 : Sciences Po refait le monde

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L'amphi Emile Boutmy affichait complet dernièrement. Rien d'étonnant pour une conférence donnée par un éminent professeur à Sciences Po.

Un public bien sage

Depuis plus de 15 ans, le cycle de conférences Amphis 21 propose à un public composé d'anciens élèves de Sciences Po et de salariés d'entreprise « de penser le monde différemment dans un climat d'échanges et de partage », selon la professeure Bernadette Bricout qui a conçu et anime ce cycle.

La professeure des universités, chargée de mission Cultures du monde à l'université Paris Diderot, était ravie de présenter à l'auditoire averti le programme 2016 des Amphis 21 intitulé « Par-delà la violence - réinventer le monde », dont les conférences se tiendront tous les jeudis soir d'automne, rue Saint-Guillaume.

« Il suffit de parcourir la Une des quotidiens ou de regarder le journal télévisé pour se convaincre que le théâtre du monde s'offre à nous en termes de grands ébranlements », constate Bernadette Bricout. La mondialisation, si elle a amplifié l'interdépendance des sociétés et des territoires comme les échanges planétaires, a généré ou accentué aussi des violences et des tensions. Accroissement des inégalités, affrontements économiques, migrations internationales, reconstructions identitaires, fragilités sociales et institutionnelles, exacerbation des tensions religieuses et ethniques, nouvelles formes de conflits…

Ces bouleversements du monde appellent un diagnostic en même temps qu'ils invitent à une réflexion prospective. Le professeur Bertrand Badie a ouvert le bal en se prêtant à l'exercice.

« C'est toujours pour moi un moment fort, qui rythme ma vie dans cette maison, d'avoir un public riche et diversifié, avec lequel les échanges sont nombreux et intéressants », a-t-il souligné.

Un rendez-vous manqué avec la mondialisation

Son propos, scindé en trois parties, expliquait comment l'occident a « manqué son rendez-vous avec la mondialisation » par son refus de l'altérité. Pour le professeur Badie, la solution est de regarder en face la souffrance et la misère, ne pas leur tourner le dos et les traiter avec des politiques publiques efficaces.

Dans la première partie de son exposé, il a expliqué pourquoi notre temps a du mal avec l'altérité. La deuxième partie de son propos se demandait comment l'échec s'est traduit par des formes violentes dont nous sommes otages. Enfin, la dernière partie répondait à la question « comment traiter et arrêter cette violence ? ».

Ses développements sur le terrorisme ont suscité de nombreuses questions. Selon lui, de nouveaux types de conflits émergent, et le modèle ancestral des guerres entre États n'est plus applicable. « Daesh n'est pas un État. Il a des rhizomes partout dans le monde. » Cela ne sert donc à rien de rester « dans cette grammaire Wetspalienne » que l'ONU entretient. « Les canons ne marchent pas face à Daesh », car on fait la guerre à « des idées » ni à « des lambeaux de société ».

Cet exposé sur la mondialisation et l'ordre ou le « désordre » international – expression qui a toujours intrigué Bertrand Badie – inspiré de son dernier ouvrage, a captivé le public.

Ce « rendez-vous raté » avec la mondialisation s'est heurté à trois échecs majeurs : la domination, l'ignorance et l'exclusion. Bertrand Badie dénonce la gouvernance globale de l'entre-soi, la construction mythique de ce que nous sommes, et la mondialisation des imaginaires. Pour lui, le message d'espoir est dans la lucidité et l'honnêteté. « Il suffit d'être lucide pour être sur la voix des solutions. Malheureusement, notre marché politique tourne le dos, et en tournant le dos on se fait poignarder ! »

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