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Amiral Yves Lagane : « Les juristes sont de bons navigateurs »

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Amiral Yves Lagane : « Les juristes sont de bons navigateurs »

L'amiral Yves Lagane est président du Yacht Club de France. Cette année, il est très impliqué dans la 25e édition de la Juris'Cup, intervenant lors du colloque traditionnel et supportant trois bateaux aux couleurs du prestigieux cercle parisien.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter le Yacht Club de France ?

Amiral Yves Lagane : Le Yacht Club de France est aujourd’hui une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, qui est l’émanation d’une structure qui a été créée sous Napoléon III, en 1867, avec la mission très claire de promouvoir la navigation de plaisance et la construction navale de plaisance. Le monde du yachting était alors en plein essor, plutôt initié par les Anglo-Saxons. Si on respecte la chronologie, le concept est né aux Pays-Bas. Il a été rapidement importé outre-Manche et outre-Atlantique. La plaisance est arrivée dans l’Hexagone au milieu du XIXe siècle, notamment avec la Société des régates du Havre, la plus ancienne entité nationale du secteur. Les Français se sont organisés, à travers une démarche d’ailleurs un peu régalienne, pour tenir la dragée haute aux Anglo-Saxons. Cette stratégie a été payante puisqu’entre les deux guerres, dans les années 1920-1930, la France a obtenu de bons résultats dans les compétitions internationales de yachting, selon le terme consacré à cette époque. C’était encore un sport pratiqué par les familles gouvernantes et les grandes fortunes.

A.-P. : La mission du Yacht Club de France est-elle aujourd’hui la même ?

Y. L. : Le Yacht Club de France est l’émanation de cette structure avec la mission inchangée de promouvoir la navigation de plaisance. Cette mission, il convient de lui donner un sens car depuis, le secteur s’est considérablement transformé. Le Yacht Club de France s’est un peu dilué dans un certain nombre de structures qui se sont développées après la Seconde Guerre mondiale, notamment la Fédération française de voile, au moment où il fallait réorganiser les activités sportives. Il y a également eu l’explosion de la plaisance. Dans les années 1960, le phénomène Tabarly a été un élément très important. Par ailleurs, l’architecture navale a vécu une véritable révolution, avec l’utilisation de nouveaux matériaux comme le polyester, l’aluminium… Les bateaux sont devenus beaucoup plus accessibles. Ce sport s’est ainsi progressivement démocratisé. La France est désormais un pays de régatiers reconnu par ses savoir-faire dans le domaine du nautisme et de la compétition de plaisance.

Le Yacht Club de France, c’est aussi un club de 500 membres qui sont tous des passionnés, qui naviguent au moteur et à la voile sur tous types de bateaux, qui ont envie de se retrouver entre eux pour parler de la mer et de partager leur passion.

Cette mission essentielle est celle qui nous occupe actuellement. La relation des Français avec la mer change beaucoup. Je suis témoin de cette évolution à travers différents engagements, j’étais précédemment préfet maritime et président de l’association des sauveteurs en mer. En 20 ans, j’ai vu les relations entre les Français et la mer évoluer considérablement. Il y a 15 ans, quand on parlait de la mer aux Français, donc aux politiques, on abordait essentiellement la qualité des eaux de baignade et on n’allait pas plus loin. Les problèmes de sécurité ont ensuite été d’actualité. On fustigeait les plaisanciers irresponsables que les sauveteurs devaient aller secourir. Ce qui est faux ou tout au moins très excessif. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’acteurs économiques qui interviennent en mer, notamment dans le monde de l’énergie avec les éoliennes, les hydroliennes, etc. Il y a également les parcs marins, les aires marines protégées, la préoccupation du développement durable, les influences de la consommation d’énergie sur le climat – l’océan est un élément très important, en particulier de capture du gaz carbonique. Face à ces acteurs qui se multiplient, les plaisanciers doivent s’organiser et s’exprimer, sinon ils risquent de se faire dérober cette mer, espace de liberté, de développement personnel et d’initiative. Il faut, par ailleurs, qu’ils soient en phase avec les évolutions actuelles en faveur de l’environnement. Aujourd’hui, les plaisanciers ne sont pas organisés. Le Yacht Club de France pense qu’il peut s’investir dans cette problématique et c’est ce qu’il est en train de faire.

Nous estimons qu’il y a aujourd’hui 5 millions de plaisanciers en France qui pratiquent régulièrement. C’est considérable. Finalement, la compétence se trouve aujourd’hui beaucoup plus chez les plaisanciers que chez les marins professionnels. C’est le plus gros gisement de connaissances de la mer en France. Les plaisanciers doivent donc être reconnus comme des acteurs importants à consulter quand on parle de la politique maritime de demain. La taxe mouillage en est une bonne illustration… C’est une caricature de la mauvaise relation qu’à aujourd’hui le plaisancier avec le Français ou, plus spécialement, avec le politique, qui considère que ce plaisancier est un irresponsable et qu’il faut le taxer.

A.-P. : Le Yacht Club de France est-il un club fermé ?

Y. L. : C’est un club dans lequel on entre par cooptation. Hors du Yacht Club de France, les plaisanciers sont plutôt bien structurés. Ils sont en général affiliés à la Fédération française de voile, comme nous le sommes, d’ailleurs, mais aussi à un club, sur le littoral. Le Yacht Club de France est ainsi le point focal d’un réseau d’une trentaine de clubs alliés, répartis sur le littoral, qui regroupent au total quelque 5 000 membres. Ce sont de grands clubs comme la Société nautique de Marseille, celle de La Trinité, de La Rochelle, du Havre, de Saint-Tropez, de Cannes, d’Antibes… qui organisent de magnifiques événements. Nous aimerions qu’ils prennent de l’importance pour porter une voix plus efficace et plus pertinente au niveau national. Nous distinguons bien le club, le cercle, qui permet aux gens de se rencontrer, de l’association qui a cette mission de promotion de la navigation de plaisance. Sur ce thème, nous devons certainement développer un nouveau mode de partenariat.

A.-P. : Parlez-nous de votre participation à cette édition de la Juris’Cup ?

Y. L. : Cette année, nous engageons trois bateaux. Les organisateurs de la Juris’Cup m’ont également demandé d’intervenir lors du colloque qu’ils organisent traditionnellement. Je connais cette manifestation depuis quelque temps puisque les sauveteurs en mer étaient présents dans le passé. C’est un très bel événement et les juristes sont de bons navigateurs. Il fait partie des dates importantes qui sont des relais d’expression de monde de la plaisance, à l’instar du Tour de France à la voile, la Coupe America que nous préparons. C’est une série de manifestations où nous estimons devoir être présents puisqu’elle nous permet d’y porter la parole du Yacht Club de France et de ses alliés.

A.-P. : Quels projets allez-vous initier en tant que président ?

Y. L. : C’est un sujet que nous sommes en train d’étudier en conseil d’administration. Il y a d’une part la dynamisation ou tout au moins l’entretien de la dynamique du cercle du club. Nous devons, pour ce faire, développer l’activité des membres à travers des conférences, des visites extérieures, des occasions de rencontrer des personnalités du monde du nautisme et de la mer. En mer, c’est aussi l’organisation des événements qui, eux aussi, n’ont pas leur pareil pour créer des liens entre les plaisanciers et entre les membres du club.

Nous voulons parallèlement dégager une parole forte du monde de la plaisance, en s’appuyant sur le réseau des clubs alliés et sur d’autres initiatives comme celle de la Fédération des industries nautiques – qui regroupe à la fois les fabricants de bateaux, les équipementiers et d’autres acteurs du nautisme – qui a lancé l’idée de la création d’une confédération du nautisme et de la plaisance. Il faut savoir que l’industrie nautique française est la deuxième au monde, après celle des Américains.

A.-P. : Comment est née votre passion pour la mer ?

Y. L. : Elle est probablement venue par la Marine nationale. J’y suis entré après l’École navale. À cette époque, je pratiquais la mer gentiment en dériveur, au large des côtes, mais je n’étais pas un marin dans l’âme. L’École navale m’a fait découvrir la navigation à voile. En deux ans, elle m’a transformé en skipper. J’ai même fait de la compétition, dont le Fastnet. Ce fut pour moi une expérience extraordinaire. La mer est devenue mon environnement. Je pense que les vrais marins sont les navigateurs de plaisance à voile, parce que c’est la meilleure manière de se colleter avec la mer et d’apprendre à la connaître. C’est comme cela que je me suis pris de passion pour cette mer qui est un espace de création de lien et de développement individuel. J’ai eu la chance de participer à des courses-croisières, notamment la Transat en double qui partait de Lorient. J’ai refait une transatlantique récemment que j’ai beaucoup appréciée.

A.-P. : Et votre carrière militaire ?

Y. L. : J’ai commencé à naviguer dans le Pacifique au moment des expérimentations nucléaires françaises. J’y ai passé deux ans sur des bateaux qui faisaient de la logistique entre Tahiti et les îles. C’est un souvenir extraordinaire. Ensuite, j’ai commandé trois sous-marins, un Diesel classique, à partir de Lorient, un nucléaire d’attaque à partir de Toulon et un sous-marin nucléaire lanceur d’engins à partir de Brest. J’ai ensuite été préfet maritime. L’un de mes plus beaux commandements a néanmoins été la SNSM, les Sauveteurs en mer, qu’il a fallu accompagner et faire évoluer. Ce sont tous des bénévoles, passionnés de mer. 15 à 20 % sont des pêcheurs et c’est le trésor de la SNSM parce qu’ils connaissent parfaitement la mer, et 80 % sont des plaisanciers. Ils ont tous une très forte personnalité. On ne commande pas des bénévoles. Il faut leur donner envie de faire. Croyez-moi, c’est un superbe exercice de management.




Jean-Paul VIART
Journaliste

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