AccueilSociétéAminata Niakaté : « Le Parlement ne peut plus être une chambre d’enregistrement »

Aminata Niakaté : « Le Parlement ne peut plus être une chambre d’enregistrement »

Avocate, candidate de la Nouvelle union populaire écologiste et sociale (Nupes) dans la treizième circonscription de Paris (Sud du 15e arrondissement), Aminata Niakaté revient sur les grands sujets de société actuels.
Aminata Niakaté : « Le Parlement ne peut plus être une chambre d’enregistrement »
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Société Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous présenter aux élections législatives ?

Aminata Niakaté :
J'ai toujours été militante écologiste, cela fait plus de dix ans que je milite au parti Europe Écologie Les Verts. J'ai été élue municipale d’opposition dans ma banlieue d'origine, Vitry-sur-Seine, ville populaire à majorité communiste, où j'ai grandi et ou où j’ai encore de fortes attaches. C’est un engagement ancien qui perdure et qui s’est naturellement poursuivi lorsqu’en 2020, je me suis présentée aux élections municipales à Paris à la demande des militants, qui souhaitaient une personnalité féminine pour porter une liste dans le 15e arrondissement.

Il se trouve que j'ai été élue au Conseil d'arrondissement et au Conseil de Paris alors que le contexte local n’était pas le plus favorable à mon élection. C’est donc tout naturellement que je me suis présentée à l’investiture à l’intérieur de mon parti pour renforcer mon implantation locale et pour porter les couleurs de l’écologie, de la justice sociale et de la démocratie dans le 15e arrondissement. Dans les échanges avec les autres partis de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, ma candidature a fait consensus. J’en suis très heureuse et flattée. Nous faisons campagne avec tous les militants de la France insoumise, du Parti socialiste, du Parti communiste et évidemment avec les écologistes. Nous estimons que ce qui nous rassemble est plus grand que ce qui peut nous diviser. Nous aspirons toutes et tous à un modèle de société écologique et plus juste, où la valeur ajoutée créée est répartie plus équitablement, où tout le monde trouve sa place, où la séparation des pouvoirs est une réalité palpable.

L’objectif de ma candidature est de porter cette vision de la société et d’apporter une contradiction à la politique d’Emmanuel Macron, pour qu’il n’y ait pas un blanc-seing laissé au président de la République, qu’il ne puisse pas décider de tout, tout seul. Il est impératif que le Parlement retrouve sa vocation et ne soit plus la chambre d’enregistrement du Gouvernement, notamment sur le projet de réforme des retraites annoncé.

A.-P. : Au niveau écologique, quels sont les projets à porter pour le quinzième arrondissement ?

A. N. : Au niveau du 15e arrondissement, une des demandes de la population est la rénovation énergétique des logements sociaux. Il fait entre 12 et 15 °C l’hiver et 35 °C l’été dans les ensembles immobiliers des Frères Voisin ou des Périchaux. Le projet commun que je porte propose la rénovation de 700 000 logements par an. Cela va changer leur qualité de vie, ce sera bon pour le climat et pour le pouvoir d’achat de la population. Nous voulons également rendre la cantine scolaire gratuite avec des menus issus d’une agriculture 100 % biologique et locale.

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A.-P. : Comment concilier le droit et l’écologie ?

A. N. : Il n’y a pas besoin de concilier le droit et l’écologie. Le droit, la loi, au contraire, est un formidable vecteur pour réaliser la transition écologique et climatique de la France et pour atteindre les objectifs des accords de Paris. C’est par la loi, la réglementation de nos modes de production et de consommation que nous lutterons efficacement contre le dérèglement climatique et que nous ferons de l’écologie.

A.-P. :À propos de la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pensez-vous que les femmes ont réussi à conquérir la place qu’elles devraient avoir ?

A. N. : Il suffit de regarder la composition de l'Assemblée nationale et la composition de toutes les assemblées délibérantes de ce pays pour se rendre compte qu’évidemment, les femmes qui représentent la moitié de la population n'ont pas la place qu'elles méritent. Je souhaite travailler sur les sujets de l'égalité femmes-hommes, notamment sur la parité. Par exemple, dans les conseils municipaux, lorsqu’une femme démissionne, c’est le suivant de liste qui la remplace, un homme. Elle devrait être remplacée par la personne suivante de même sexe comme au Conseil National des Barreaux. On observe que les femmes ont une plus grande tendance à démissionner que les hommes notamment à cause de la charge mentale qui les contraint souvent à porter seule l’effort pour concilier vie militante, vie politique, vie professionnelle et vie personnelle.

Le programme commun de la NUPES prône également une égalité salariale réelle. Nous souhaiterions également investir un milliard d’euros dans la lutte contre les violences intrafamiliales. Il faut développer les structures d’accueil et d’orientation des victimes et améliorer la formation des policiers qui reçoivent les plaintes. Il faut investir massivement pour permettre cela.

A.-P. :Comment peut-on améliorer les enquêtes dans les cas de violences sexuelles ?

A. N. : Dans ces affaires, la principale difficulté des victimes c’est souvent le manque de preuves. Les victimes craignent également parfois d’aller parler au commissariat de peur de ne pas être crues ou de représailles lorsque la violence est intervenue dans un cadre professionnel par exemple. Il faut un véritable travail de sensibilisation, de formation de toutes les personnes amenées à croiser les victimes dans leurs parcours médical ou judiciaire. Je pense aux policiers, aux médecins, aux magistrats, aux avocats et également aux professionnels libéraux qui peuvent parfois, dans leur travail peuvent détecter des situations de violences. Toutes ces personnes doivent être bienveillantes dans leur écoute et surtout, savoir orienter les victimes vers des unités médico-judiciaires pour faire les examens médicaux et autres prélèvements nécessaires au bon moment.

A.-P. : Il y a toujours un risque d’erreur judiciaire dans ces affaires, comment les éviter ?

A. N. : L’erreur judiciaire est un risque, toutes matières confondues. Bien entendu, les enquêtes doivent se faire à charge et à décharge. Cependant, toutes les données montrent qu’entre le nombre de personnes qui disent avoir été victimes de violence, de harcèlement sexuel, de viol et le nombre de plaintes et de condamnations, il y a un écart indicible qui révèle une forme d’impunité de ces comportements déviants. Le problème est plutôt inverse. La police et la justice doivent être suffisamment outillées et dotées de moyens pour que les femmes puissent porter plainte dans de bonnes conditions, être protégées réellement et pour que ces agissements soient réellement sanctionnés.

En politique, je suis plus exigeante encore sur l’exemplarité de nos représentants. Je trouve irresponsable de nommer des ministres mis en cause dans des affaires de viols. Il faut appliquer un principe de précaution et ne pas exposer de potentielles victimes à un potentiel agresseur en position de pouvoir.

A.-P. : Si vous êtes élue, quelle députée seriez-vous ?

A. N. : J’espère rester une députée qui se comporte comme l’élue locale que je suis. C’est-à-dire rester accessible, assidue et que les administrés puissent venir me voir et me faire part d’une problématique de leur quotidien. J’appliquerai bien entendu le programme commun de la Nupes. Et j’espère pouvoir continuer d’exercer la profession d’avocate. J’y tiens énormément.

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