AccueilDroitActualité du droitAliénor Kamara-Cavarroc « La formation de l’EFB, pratique, professionnalisante, est utile à tous »

Aliénor Kamara-Cavarroc « La formation de l’EFB, pratique, professionnalisante, est utile à tous »

Avocate au barreau de Paris depuis 2004, Aliénor Kamara-Cavarroc a dirigé la pédagogie de l’École de formation des barreaux du ressort de la Cour d’appel de Paris (EFB) pendant plus de quatre ans.
Aliénor Kamara-Cavarroc a dirigé la pédagogie de l’École de formation des barreaux du ressort de la Cour d’appel de Paris (EFB) pendant plus de quatre ans.
© DR - Aliénor Kamara-Cavarroc a dirigé la pédagogie de l’École de formation des barreaux du ressort de la Cour d’appel de Paris (EFB) pendant plus de quatre ans.

DroitActualité du droit Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Vous étiez jusqu'à récemment directrice de la pédagogie de l'EFB de Paris. Pouvez-vous retracer votre parcours au sein de cette école d'avocat ?

Aliénor Kamara-Cavarroc : J'ai commencé à enseigner à l’EFB en 2014, quand Jean-Claude Magendie a été nommé responsable pédagogique du foisonnement. J’ai accepté de prendre l'une des matières à ma charge, en l'occurrence le foisonnement devant le tribunal de grande instance, au fond. Et je me suis rendue compte que les cours de l’EFB étaient toujours une redite moins bonne de cours de procédure et de cours de fond du droit donnés à l'université. Or, les élèves sont en droit d’attendre qu’on leur enseigne les réflexes et qu’on leur donne les outils pour, qu'à partir des connaissances acquises à l’université, ils puissent exercer la profession d'avocat.

J’ai donc modifié l'exercice, créé un premier vade-mecum de la procédure devant le tribunal de grande instance, avec des modèles d'actes, dans l'ordre de la procédure. Ma mère, qui était responsable du foisonnement devant le juge des référés, a fait la même chose. C’étaient des guides pratiques de la procédure, depuis la réception du client jusqu'à la décision, des conseils chronologiques et stratégiques tout au long de la procédure, qui précisent les attentes du magistrat. Les modèles d'acte sont tous ceux qui essaiment la procédure comme le RPVA ou les différentes lettres qu'on peut rencontrer au cours de ces procédures. Ces deux vade-mecum ont tellement plu que j'ai proposé à l'école d'écrire un livre sur ce modèle pour servir de base des cours de procédure à l’EFB. Il est sorti en 2015, il s’agit du Guide pratique de procédure à l’usage de l’avocat. Deux ans plus tard, le nouveau président de l'école, Frédéric Sicard, m'a demandé de reprendre la responsabilité pédagogique de la totalité du foisonnement, ce que j'ai accepté.

En plus du modèle et de la structuration professionnalisante de cours que j’avais conçus, j'ai considéré que l'élève avocat devait être positionné dans son milieu professionnel, économique et social, et que les cours devaient également être dispensés par des avocats mais également par les interlocuteurs de l'avocat. Donc, pour les cours de procédure, des magistrats. Ainsi, dès 2014, on a recruté une cinquantaine de magistrats pour les référés et pour le tribunal de grande instance. Lorsque j'ai été nommée responsable pédagogique du foisonnement dans son ensemble, j'ai procédé de la même manière pour les autres procédures. Deux ans plus tard, j'ai repris la décision normative du Conseil national des barreaux et j'ai recréé ab initio un programme complet pour l'École, afin de rationaliser et de continuer à professionnaliser les enseignements. Cette année-là, en 2017, on m'a demandé de mettre en place pour la rentrée 2018 le programme que j'avais constitué, puis travaillé avec une équipe constituée par Marie-Aimée Peyron, et que j'ai affiné avec l’ensemble des intervenants de manière à éviter une redite des cours et à assurer une cohérence de l'ensemble du programme.

A partir de 2018, étant à la direction pédagogique de l'École et pour mettre en place de programme, j'ai recruté, en sus des magistrats et à côté des avocats, des directeurs juridiques, des banquiers, des commissaires aux comptes, des policiers, notaires ou encore membres d’associations... Deux ans plus tard, quand Olivier Cousi m’a nommée directrice de la pédagogie de l’EFB, j’ai formé une équipe avec Gilles Accomando pendant un an et demi et, en sus de la question de la pédagogie, j’ai restructuré certains services de l'école et créé de nombreux outils à destination des intervenants et des élèves, livrets, guides de procédures internes, etc., avant de quitter mes fonctions de direction au 30 juin 2022.

A.- P. : L’EBF comptant beaucoup plus d'élèves que les autres écoles d’avocats ou encore que l’ENM, n'était-il pas un peu difficile de mettre en place de nouvelles méthodes pour les élèves avocats ?

A. K.-C. : Il est vrai que l'école de Paris est une usine, on ne raisonne pas du tout de la même manière que dans les autres écoles d’avocats ou qu’à l’ENM, mais celle-ci est beaucoup plus structurée et le budget pédagogique de l’ENM est trois à quatre fois plus élevé que celui de l'EFB. Lorsque Gilles Accomando, qui avait été maître de conférences à l'ENM au début des années 2000, a audité les services de l’EBF à son arrivée, il m’a demandé de restructurer l’école. J’ai eu la chance, grâce à lui, d’être reçue pendant deux journées à l’ENM où l’organisation des services et de la pédagogie m’a été présentée. J’ai ainsi pris des idées de structuration au sein de l’ENM, notamment de la bibliothèque, de l'organisation des services, de boîtes structurelles, d'outils internes, etc., et, avec Gilles Accomando, nous avons beaucoup travaillé pour améliorer l’organisation interne de l’EFB.

A.- P. : Les Projets pédagogiques individuels (PPI) restent très importants pour le parcours d'un futur avocat ?

A. K.-C. : Oui, même s’il y a depuis quelques années un projet de restructuration de la scolarité des élèves avocats qui inclut leur suppression. C'est très important dans la formation d’un futur avocat qui va exercer dans le contentieux d'avoir effectué un stage en juridiction, de la même manière que, pour l'élève avocat qui va exercer dans le conseil, il est utile d’effectuer un stage en entreprise ou auprès d'un professionnel du chiffre par exemple. Des idées que l’on entend seraient peut-être de modifier la scolarité des élèves avocats avec le maintien d'un PPI facultatif pour ceux qui voudraient maintenir l'école en deux ans, ou encore de créer un statut d'apprenti, avec des stages en cabinet et des cours répartis sur toute l'année.

A.- P. : Pourquoi aller vers la suppression des PPI s’ils sont si importants pour les jeunes avocats ?

A. K.-C. : D’abord parce que le coût de la formation est très élevé. Ensuite, l’idée était de raccourcir à un an la formation des élèves avocats parce qu'ils arrivent plus âgés à l'école. Ils ont pour beaucoup 27-28 ans, ce qui est beaucoup plus qu'il y a une dizaine d'années, et veulent donc rentrer plus vite sur le marché du travail. Mais ce mécanisme de réduction du temps de formation des élèves avocats va à l'encontre de ce que l’on voit dans les autres formations, d’où les hésitations et le fait que la réforme n'aboutisse toujours pas.

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A.- P. : L’école participe à la recherche de stages des élèves ?

A. K.-C. : Oui, l’EFB a signé des partenariats avec différentes structures, comme l'ordre des avocats du barreau de Paris qui finance une partie des PPI aux juridictions et qui prend également des stagiaires, ou encore avec les juridictions parisiennes ou l’Autorité de la concurrence, par exemple. Le service PPI suit la totalité des élèves pour s'assurer qu'ils trouvent leur stage et on n'a jamais vu un élève qui ne serait pas autorisé à passer le CAPA parce qu'il n'aurait pas trouvé de PPI. De la même manière, le service des stages finaux accompagne les élèves avocats qui ne trouveraient pas de stage.

A.- P. : Cette formation est-elle suffisamment longue pour permettre aux jeunes avocats d’ouvrir leur cabinet en sortant de l'école ?

A. K.-C. : Tout dépend de ce qu'ils ont fait avant et pendant l'école, en termes de stages. C’est l'expérience qui permet à un avocat de pouvoir accompagner utilement son client, que ce soit dans le domaine du conseil ou du contentieux. Il est évident qu’un élève qui aurait déjà suivi plusieurs stages, dont certains en juridiction, en entreprise ou en cabinet, est beaucoup plus à même de s'installer. Par ailleurs, il y a certains enseignements qui sont fondamentaux pour pouvoir ouvrir son cabinet mais que les élèves délaissent pendant leur scolarité. Il s’agit du module de management de la vie professionnelle et de cabinet, où l’on enseigne aux élèves avocats ce que seront la gestion des charges, des impôts, les structures d'exercice, la communication, etc. Or, lorsque les élèves sortent de l'université et suivent ce module en début de formation, ça ne les intéresse que peu. On a donc décidé à l’EFB de décaler ces cours à la fin de la formation, pendant le stage final, à un moment où les élèves se sentent un peu plus concernés par ces questions.

A.- P. : Les objectifs de professionnalisation de la formation initiale ont-ils été remplis ?

A. K.-C. : En 2017, j’ai conçu le programme de l’EFB autour de l'idée d'une mutualisation des programmes avec la formation continue. Les avocats en exercice ont une obligation de suivre 20h de formation annuellement et, dans la mesure où les cours de formation initiale sont, à la foix structurés pour répondre aux questions que les professionnels se posent tout au long d’une procédure ou d’une négociation, et où ils sont, pour l’essentiel, assurés par des binômes avocat/magistrat ou avocat/personnalité qualifiée, ils peuvent sans difficulté être également diffusés auprès d’avocats en exercice. D’ailleurs, l'année dernière, on a ouvert une grande partie des cours de formation initiale à la formation continue. On a commencé par les cours du module dont j'assume la responsabilité pédagogique, qui sont les cours de procédure et de structuration des écritures, puis on a ouvert certains parcours aux avocats en exercice du ressort de la cour d'appel de Paris. On a aussi ouvert les programmes de formation initiale à l'école de la Réunion et j’ai travaillé avec les présidents de Guadeloupe, Martinique et Guyane pour pouvoir leur ouvrir également ces cours. On a fait pareil avec un réseau d'avocats africains qui ont suivi le parcours de voies d'exécution et qui souhaitent maintenant suivre deux autres parcours. Les commentaires que l’école a reçus des avocats qui ont suivi ces formations étaient bons, l’école ayant été remerciée pour la transversalité de son programme et pour la qualité de ses enseignements. Ce programme est donc professionnalisant et doit pouvoir être diffusé à l'ensemble de la profession pour être utile à tous, dans l'exercice quotidien de chacun. La qualité de la formation qu'on délivre, avec son côté pratique et professionnalisant, permet donc normalement à un élève qui aurait déjà une expérience professionnelle à travers des stages ou des emplois, de s'installer, ce d’autant que la très grande majorité des cours est dotée de supports de cours, auxquels les futurs avocats pourront se reporter au début de leur exercice.

A.- P. : Sur la formation continue, vous êtes également intervenue ?

A. K.-C. : Très peu. J'ai organisé quelques formations pour le service de formation continue. J'ai organisé cette mutualisation des cours avec la formation continue et puis j'ai un tout petit peu participé avec Gilles Accomando au lancement d'un appel d'offres pour désigner des avocats missionnés à la tête de trois départements concrets, pour développer les programmes de formation continue, ainsi qu’au lancement des groupes de travail menés avec ces avocats missionnés.

A.- P. : Comment pourriez-vous caractériser l’EFB en quelques mots ?

A. K.-C. : Une école formidable, avec un personnel très dévoué, qui a subi beaucoup d'adaptations ces dernières années, et des élèves très attachants. Ça a été des échanges passionnants ces huit dernières années.

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