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Alain Bosetti Salon SME 2019 : « On entre dans l'économie de l'indépendance »

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Alain Bosetti Salon SME 2019 : « On entre dans l'économie de l'indépendance »
@ AP - Pour cette 21e édition, le salon SME met l'accent sur le conseil aux entrepreneurs et entrepreneures.

Avec 691 000 créations d'entreprises en 2018, l'entrepreneuriat ne s'est jamais aussi bien porté. Alain Bosetti, président et fondateur du salon SME, décrypte cette transition entrepreneuriale majeure qu'il constate depuis la création du salon en 1999.

Affiches Parisiennes : Pourquoi avoir axé cette 21e édition du salon SME sur le thème de la transition entrepreneuriale ?

Alain Bosetti : En fait, on a réalisé que notre salon s'inscrivait parfaitement dans le phénomène de société qu'est la transition entrepreneuriale : ce passage d'une société de salariés en CDI vers une société d'entrepreneurs ou de freelances à temps plein ou partiel. On entre finalement dans l'économie de l'indépendance. Depuis 40 ans, les salariés quittent les grandes entreprises de plus de 500 salariés pour aller vers les TPE.

Toutefois, on ne dit pas aux visiteurs – freelances, créateurs ou dirigeants de TPE, ou professionnels de l'accompagnement - « venez au salon de la transition entrepreneuriale » mais plutôt « venez dans ce lieu qui réunit toutes les solutions pour gagner beaucoup de temps dans tous les domaines qui vous intéresse : créer votre boîte, mieux la gérer, la développer, etc. ». C'est un salon qui leur permet de faire des rencontres décisives.

A.-P. : Quels en seront les temps forts ?

A. B. : Cette année, notre programme propose le “Lundi de la Franchise” qui permettra aux visiteurs d'évaluer l'option franchise pour entreprendre. Quand vous souhaitez entreprendre, deux solutions s'offrent à vous, soit vous créez votre propre aventure entrepreneuriale, soit vous rejoignez celle d'un autre avec un concept éprouvé et le transfert d'un savoir-faire. La franchise est donc une option très intéressante pour ceux qui ont une aversion au risque et préfèrent se lancer dans un projet qui a déjà fait ses preuves.

Le mardi sera quant à lui dédié à la 8e “Journée des Femmes Entrepreneures” parce qu'on constate qu'il y a autant de porteuses que de porteurs de projet mais pas autant de cheffes d'entreprises. La parité n'est toujours pas de mise : il n'y a que 30 % de dirigeantes et 40 % de créations portées par des femmes.

Ces deux journées accueilleront en revanche tous les visiteurs afin de les conseiller sur tout un tas d'aspects de l'entrepreneuriat, avec notamment des conférences et des ateliers où des réseaux d'accompagnement et des entrepreneurs aguerris viendront partager leurs expériences. La conférence inaugurale est sur l'incertitude car le doute est un compagnon de route de l'entrepreneur, avec notamment le témoignage de Guillaume Gibault, le fondateur du Slip français, que je connais assez bien et qui est formidable. S'il faut donner envie aux gens de créer leur boîte, il faut aussi être réaliste et leur parler des difficultés.

A.-P. : + 300 % de créations d'entreprises entre 1998 et 2018 en France, à quoi doit-on ce boom selon vous ?

A. B. : Il y a plusieurs causes. D'abord, on note la date clé de 2009 qui marque l'arrivée du régime d'auto-entrepreneur. En 2008, nous étions à moins de 300 000 créations d'entreprises tandis qu'en 2009 ce chiffre dépassait les 500 000. Il y a vraiment un avant et un après car ça a démocratisé l'accès à l'entrepreneuriat. Après, en plus de la conjoncture économique, l'autre point extrêmement important est la digitalisation qui est entrée dans nos vies de manière incroyable. C'est très récent, l'iPhone n'a été lancé qu'en 2007. Quand on fait se juxtaposer une simplification législative et les nouveaux outils numériques qui permettent de donner le don d'ubiquité – être à la fois salarié et entrepreneur et gérer plus facilement une activité – ainsi qu'un fort désir d'indépendance, ça donne cette explosion de l'entrepreneuriat.

A.-P. : à l'origine, en 1999, vous aviez intitulé cet événement le « Salon des micro-entreprises » mais les réformes juridiques vous ont poussé au changement…racontez-nous.

A. B. : Avant de créer le salon, j'ai passé plusieurs années dans le monde de la micro-informatique chez Toshiba. Un micro-ordinateur c'est comme un ordinateur, avec toutes ses fonctions, mais en plus petit. C'est exactement la même chose pour les petites entreprises qui font la même chose que les grandes mais avec des zéros en moins pour le chiffre d'affaires, le profit et le nombre de salariés. Le parallèle était donc parfait et nous avons fait le choix du nom “Salon des micro-entreprises”. Cet intitulé allait encore très bien avec l'arrivée du régime d'auto-entrepreneur, mais quand le Gouvernement a décidé de le rebaptiser en micro-entreprise ça nous a posé problème (lire encadré). Nous avons dû changer de nom pour “Salon SME - Solutions pour Mon Entreprise” car nous nous adressons depuis le début aux petites boîtes et aux indépendants, et pas uniquement aux auto-entrepreneurs. En plus, quand brutalement la micro-entreprise devient dans l'esprit de tout le monde un moyen d'entreprendre avec des plafonds de chiffre d'affaires, nous devenons le salon des boîtes qui ne grandissent pas, et ce n'est pas du tout ce qu'on veut faire !

A.-P. : Votre cible s'est-elle élargie au fil des années ?

A. B. : Effectivement. Si au départ nous nous adressions aux créateurs et dirigeants de TPE, aujourd'hui nous avons quatre cibles, les deux premiers cités mais aussi les freelances et les professionnels de l'accompagnement. Cette quatrième cible qu'on intensifie cette année est vitale car on sait que le besoin est énorme car un entrepreneur bien accompagné augmente considérablement ses chances de pérennité. Une des nouveautés de cette édition est d'ailleurs son programme pour aider les professionnels du conseil aux entrepreneurs.

A.-P. : L'affluence a-t-elle fortement augmenté depuis la première édition ? Combien de visiteurs et d'exposants attendez-vous cette année ?

A. B. : Nous sommes passés d'un format sur 3 jours à 2 jours donc on accueille forcément un peu moins de personnes, mais nous visons environ 10 000 visiteurs contre 15 000 pour l'ancien format. Au niveau du nombre d'exposants, nous en avons 146 cette année contre 138 l'an dernier, avec de nouveaux profils comme les applications de gestion pour les indépendants, les experts-comptables en ligne, les conseils des auto-entrepreneurs ou les mutuelles. A partir du moment où il y a des nouveaux profils d'entrepreneurs et de nouveaux besoins, les professionnels s'adressent à eux. Pas moins de 15 réseaux d'accompagnement seront présents.

A.-P. : L'entrée en vigueur de la loi Pacte en mai dernier est-elle une bonne chose pour les dirigeants de TPE et les freelances ?

A. B. : Oui, ça simplifie les choses mais je trouve que parfois on est trop collé à l'actualité et on ne prend pas assez de hauteur. Selon moi, la législation qui a le plus diffusé l'esprit positif d'entreprendre est la création du régime d'auto-entrepreneur de 2009 parce qu'elle a fait un appel d'air pour des millions de gens.

A.-P. : L'une des mesures phares de la loi Pacte est de simplifier la création d'entreprise par la création d'un guichet unique numérique. Qu'en pensez-vous ?

A. B. : Le guichet unique est une très bonne idée car ça enlève de la complexité au départ. En revanche, ce n'est rien par rapport aux changements fiscaux qui s'accumulent – le dernier en date concernant les auto-entrepreneurs est annoncé pour octobre - et le besoin de stabilité législative que demandent les entrepreneurs depuis des années pour bien développer leurs entreprises.

A.-P. : L'an dernier vous expliquiez que « les progrès doivent se faire à deux niveaux : dans l'intégration de toutes les nouvelles technologies qui facilitent la vie de l'entreprise et dans les soft skills de son dirigeant ». Réitérez-vous ce diagnostic ?

A. B. : Bien sûr. Les soft skills sont absolument nécessaires et se travaillent. L'entrepreneur doit maîtriser de nombreuses compétences comme savoir recruter, manager, écouter, gérer son stress ou bien travailler en réseau. Par exemple, une des conférences qui ouvrent le salon est sur le charisme oratoire, un art que l'entrepreneur doit acquérir pour savoir convaincre ses clients, ses partenaires et ses salariés. En plus, les changements législatifs et les questions structurantes s'accumulent : statuts d'entreprise, mutuelle, retraite, régime matrimonial, RH, outils informatiques, logiciel de gestion, présence sur les réseaux sociaux… Je parle souvent de surcharge mentale de l'entrepreneur.

A.-P. : Le visitorat de votre salon a-t-il connu une évolution notable depuis l'arrivée du régime d'auto-entrepreneur lancée par Hervé Novelli en 2009 ?

A. B. : Manifestement, même si nous sommes limités par la capacité d'accès au Palais des congrès. Une fois que les tickets sont vendus, il n'y a plus de places. Je me souviens qu'en 2008, juste avant l'entrée en vigueur de la loi, nous avions accueilli Hervé Novelli, et le stand du ministère de l'Économie était pris d'assaut de 8h du matin à 19h. Il y a eu une véritable démocratisation de l'entrepreneuriat. Cette loi a motivé des personnes qui ne pensaient pas pouvoir entreprendre avant.

A.-P. : La moyenne d'âge, le genre et le secteur d'activité du visiteur-type ont-ils aussi évolué ?

A. B. : En termes de profil, forcément l'entrepreneur qui avait 30 ans en 1999 n'a pas les mêmes outils ni les mêmes habitudes que l'entrepreneur trentenaire d'aujourd'hui, notamment avec l'essor du digital. On voit ainsi apparaître des profils pluriactifs, les fameux slashers.

Par ailleurs, les métiers sont différents. Nous accueillons désormais beaucoup plus d'e-commerçants, de professionnels du service et d'accompagnants des entrepreneurs. Par ailleurs, le visitorat est plus équilibré entre hommes et femmes et on note un léger rajeunissement également. En fait, nos visiteurs représentent bien la courbe du chômage français, ce qu'on appelle “la courbe du sourire”, qui montre qu'il frappe davantage les jeunes et les seniors, qui se lancent ainsi dans l'entrepreneuriat.

L'essor de l'Indice Entrepreneurial Français

L'an dernier, l'Agence France Entrepreneur (AFE) a profité du salon SME pour dévoiler les premiers résultats de l'Indice Entrepreneurial Français (IEF) 2018 qui confirmait parfaitement la fameuse « transition entrepreneuriale » constatée depuis vingt ans par Alain Bosetti.

Cette enquête réalisée avec le soutien de Pôle emploi, de la Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur et le concours de TMO Régions, montre que près de 20 % des Français de 18 ans et plus ont pensé à créer ou reprendre une entreprise durant l'année écoulée, dont 7 % ont engagé des démarches, et 13 % ont créé ou repris une entreprise qu'ils ont depuis vendue ou fermée. Par ailleurs, 12 % des Français déclaraient être « entrepreneurs ».

Dominique Restino, président de la CCI Paris IdF et vice-président de l'AFE, annonçait alors que près d'un tiers des actifs Français s'est déjà engagé dans une dynamique entrepreneuriale. Un pourcentage qui consolide les résultats de la première édition de l'enquête réalisée en 2016 et confirme que la création d'entreprise offre pour beaucoup de véritables opportunités professionnelles. Il traduit plus largement une mutation culturelle et sociétale profonde qui s'est opérée en France ces dernières années : « le développement du désir d'entreprendre ».

Microentreprise et micro-entreprise : le tiret qui fait toute la différence

Selon l'Insee, une microentreprise (sans tiret) est une entreprise qui emploie moins de 10 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel inférieur à 2 millions d'euros. En revanche, une micro-entreprise (avec tiret) relève du régime fiscal du même nom (avec plafonds de chiffre d'affaires) et est depuis janvier 2016, le nouveau nom du régime de l'auto-entrepreneur créé en 2009. Malheureusement, ces appellations identiques au tiret près génèrent beaucoup de confusions. « Cette complexité lexicale, je dirais même cette stupidité, de donner le même nom au tiret près à deux réalités complètement différentes, nous a obligés à changer de nom », déplore Alain Bosetti.




Anne MOREAUX
Journaliste

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