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Agnès Pannier-Runacher : « Nous devons continuer à miser sur notre appareil productif »

Invitée de Jurem, Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l’Industrie, est venue expliquer et porter le bilan d’Emmanuel Macron.
Agnès Pannier-Runacher : « Nous devons continuer à miser sur notre appareil productif »
© A.P.

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Lors de son tour d’horizon du secteur industriel, en forme de bilan, Agnès Pannier-Runacher est notamment revenue sur la nécessité de continuer à améliorer l’attractivité du “site France”, « en prenant des décisions courageuses ». Le premier constat est que l'industrie française supporte beaucoup plus d’impôts que ses voisins comparables, comme l’Allemagne ou la Suède, par exemple, qui ont des modèles sociaux et environnementaux équivalents et un niveau de vie tout aussi exigeant. Pour la ministre,

« il ne s’agit pas d’offrir des cadeaux fiscaux ou de distribuer de l’argent aux entreprises. Il s’agit juste de revenir à une forme de moyenne européenne, plutôt haute, pour pouvoir initier un nouvel intérêt pour notre pays. Ce dernier passe donc, notamment, par la réforme de l'impôt sur les sociétés et la réforme de la taxation du capital ».

Durant cette mandature, les réformes vont s’enchaîner, partant d’un constat : « Nous nous sommes rendu compte de la complexité de notre outil de travail et son imprévisibilité pour des investisseurs qui ont le choix d’installer leur entreprise en Allemagne, en Italie, en Espagne… » C’était aussi un frein à l'embauche. « Au fond, nous étions loin de rendre possible l'entrée dans l'emploi de beaucoup de gens, à la fois dans les services et dans l’industrie. » Les premières réformes « libèrent la capacité à créer des emplois, accessibles à des personnes qui n’avaient pas des niveaux de formation valorisables si facilement sur le marché du travail. Nous avions effectivement un problème de compétences en France. Nous avons relancé l’apprentissage, réformé la formation professionnelle pour permettre, là encore, de répondre aux besoins de toutes les entreprises du territoire qui cherchent différentes compétences sans les trouver ».

Au-delà de l’environnement fiscal et de la formation, le Gouvernement se lance dans la simplification, « un merveilleux outil de politique publique, parce que ça ne coûte rien et ça rapporte beaucoup ». Sortent une série de lois de simplification de l’action publique. « La première, intéressant du point de vue du juriste, va transformer la relation entre l'administration et l'entreprise. Elle donne notemmentle droit à l’erreur à l’entrepreneur. Ce dernier n'est pas présumé omniscient s’agissant du droit français. S’il se trompe, s’il le fait de bonne foi, et s’il n’y a pas de dommage, on essaye plutôt de l’accompagner que de le sanctionner. » La loi Pacte et ses quelque 200 articles « visent à simplifier divers sujets, comme celui des seuils, notamment au niveau du nombre des salariés, avec des nouvelles obligations qui s’imposent, dans les charges et le dialogue social. En France, nous étions arrivés à un nombre d’entreprises de 48 ou 49 salariés extrêmement élevé… Ce sont des questions de bon sens qui ont une portée assez majeure. »

Pour Agnès Pannier-Runacher, « le deuxième étage de la fusée est d'avoir une gouvernance qui permette de mener une politique industrielle. Nous avons ainsi lancé le dispositif “Territoire d'industrie”. On va s’intéresser à des territoires éloignés des grandes agglomérations, parfois mal équipés en numérique, pas très bien desservis, où il n'y a pas l'université... Ce sont néanmoins des territoires qui ont envie de se développer et qui ont quelques fragilités. Nous les avons aidés à construire les feuilles de route pour rebondir et permettre de développer l'activité. Pour y parvenir, nous allons mettre la somme des élus, la somme des industriels, autour de la table, sans oublier les opérateurs de l’État, Pôle Emploi, la Bpifrance… Et nous disons, ensemble “On peut gagner !”. Il y a vraiment de quoi faire en matière d’aménagement, de mobilité, de logement… Tous ces sujets sont traités. Nous avons la même approche pour les grands secteurs d’activité... Une fois les feuilles de route établies, si les propositions sont de bon sens, nous validons, nous les accompagnons, nous les aidons, nous trouvons des solutions. L’idée du Gouvernement est de les aider à aller plus loin… »

Cette politique porte ses fruits puisque, dès 2017, elle donne envie à des entreprises d’investir en France. « Pour la première fois, on crée plus de sites qu’on en ferme. Et nous devenons la première destination pour les investissements étrangers en France sur le secteur industriel environnement fiscal. Ces mesures ont été extraordinairement efficaces. »

La Covid joue les trouble-fêtes

Le président de la République avait souhaité que le Gouvernement élebore un pacte productif. « En mars 2020, cela faisait huit mois que nous travaillions sur ce pacte productif avec plusieurs ministres, dont Bruno Le Maire. Il devait être rendu public le 9 avril. Les derniers arbitrages étaient en vue, et là, patatras ! Le 14 mars, tout s’arrête... » Certes, tout s'arrête, mais la crise a cette vertu de montrer à l’opinion publique à quel point notre pays avait besoin de ses industries : « Je ne dis pas qu’il faut tout fabriquer en France. Je dis qu’il est utile de savoir fabriquer et de se positionner sur les fabrications les plus critiques pour notre pays. »

Cet élan, est porté par l’administration qui se met à chercher les industriels capables de fabriquer des équipements de protection, des respirateurs… « Tout le travail autour du pacte productif nous a convaincus que le moment était venu de lancer une politique industrielle extraordinairement ambitieuse dans le cadre du plan de relance. »

Le plan de relance, est un projet européen porté par le président de la République. La France n’est pas la première nation à le concevoir, mais elle est la première à le déployer.

« Dès septembre 2020, nous disons “il faut donner la confiance aux investisseurs, aux industriels et aux salariés”. En 15 mois, dans un moment d’incertitude totale, nous avons accompagné une entreprise industrielle française sur trois, dans son projet de modernisation, d’innovation, de relocalisation ou de décarbonation. En Europe, là où mes collègues de l’industrie présentaient un plan, je présentais un bilan. C’était une audace totale du président de la République, mais aussi une vision ; celle de dire “nous devons miser sur notre appareil productif”. Nous accompagnons ainsi 780 projets de relocalisation, sept fois ce qu’a réalisé la mandature Sarkozy, assez similaire dans l’esprit, mais pas réellement dans l’action. »

Cela donne une idée de la confiance des industriels et de leur volonté de relever ce défi. Selon Agnès Pannier-Runacher, cette réussite « est aussi le résultat du risque d’avoir baissé les impôts de production. Nous étions les seuls à proposer cette mesure. Nous avons dû convaincre les élus locaux, en particulier les présidents de région, qui étaient tous contre. C’est quand même mieux que ceux qui produisent en France payent moins d’impôts que ceux qui emploient et produisent à l’extérieur de la France. Voilà l’élan que nous avons porté. Devant nous, il y a beaucoup de choses à faire. Nous devons poursuivre cette stratégie, en continuant à baisser les impôts de production et en utilisant la commande publique comme un outil de stratégie. Nous devons également porter un projet pour l’Europe. »

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