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Afnor lance la première norme Démarche biodiversité des organisations

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Afnor lance la première norme Démarche biodiversité des organisations
© DR - "L'enjeu, c'est de démultiplier les actions et engagements pris par les pionniers qui ont tracé la voie", estime Sylvain Boucherand.

Alors que l'année 2021 devrait voir se tenir des manifestations majeures sur la biodiversité (COP15 en Chine, Congrès mondial de la Nature à Marseille), l'Afnor vient de publier la première norme « Démarche biodiversité pour les organisations ». A la tête de sa commission de Normalisation Biodiversité, qui a travaillé pendant près de deux ans sur la construction cette norme inédite, Sylvain Boucherand nous explique pourquoi et comment les acteurs économiques doivent se saisir de cet “enjeu du siècle”.

Affiches Parisiennes : Vous présidez la Commission de Normalisation Biodiversité d'Afnor qui a construit la première norme « Démarche biodiversité pour les organisations ». En quoi consiste-t-elle ?

Sylvain Boucherand : Le point de départ est un constat des acteurs qui est de dire que les enjeux de biodiversité sont de plus en plus importants pour les entreprises et les organisations, et que, finalement, il n'y avait pas aujourd'hui d'outil méthodologique pour construire des démarches robustes. Ce sujet est donc ressorti d'un sondage réalisé par l'Afnor. Une fois ce constat fait, l'Afnor a installé en son sein une commission de normalisation sur la biodiversité, dont j'ai la présidence, qui est chargée de produire des documents normatifs sur différents sujets dont le premier était de formaliser des démarches biodiversité pour les organisations. Un second texte, sur le génie écologique, est en cours de rédaction.

Il faut savoir que l'ensemble des acteurs du monde socio-économique ont été invités autour de la table lors d'une consultation publique l'été dernier. On a eu des entreprises, des fédérations professionnelles, des associations, des chercheurs, des ONG et même des institutions et ministères... On a vraiment toucher toutes les parties prenantes afin qu'elles puissent partager leurs points de vue, leurs préoccupations, pour faire en sorte que le texte normatif, qui est issu de ce travail, intègre leurs besoins et soit un consensus des lignes directrices et des exigences sur le sujet.

"l'ensemble des acteurs du monde socio-économique ont été invités autour de la table lors d'une consultation publique"

La norme NF X32-001 permet ainsi de mettre en place des plans d'action, en ciblant bien les enjeux, les problématiques touchant la biodiversité et en structurant des engagements et des mesures claires et précises. Elle guide les entreprises dans l'analyse des impacts de leurs activités et chaîne de valeur sur la biodiversité et également de leurs dépendances à la nature pour en mesurer les principaux risques.

A.-P. : L'Afnor a publié cette norme le 9 janvier. Pourquoi selon vous le terrain était-il prêt ?

S. B. : Il était prêt je pense car j'ai noté un véritable changement dans l'opinion publique depuis quelques années. On a commencé à beaucoup parler de biodiversité. Mon sentiment, c'est que depuis la publication du rapport de l'IPBES sur l'évaluation mondiale de la biodiversité, publié en mai 2019, qui a rappelé et chiffré le constat de son érosion en mettant l'accent sur ses principaux facteurs, les choses ont changé.

A partir de là, il y a eu un certain nombre de tribunes sur la biodiversité dans les premières pages dans la Presse, et des engagements de la part des entreprises et des Pouvoirs publics, alors qu'avant on était quand même très centré sur le climat. Depuis, le sujet de la biodiversité a été mis au même niveau que celui du climat donc les entreprises ont suivi le mouvement.

A.-P. : Les enjeux du climat et de la biodiversité vont-ils de pair ? Les entreprises doivent-elles nécessairement travailler dessus en parallèle ?

S. B. : Oui, c'est vraiment deux sujets complémentaires qui doivent être traités de concert puisqu'on s'est aperçu que les premières politiques climat prises par les entreprises avaient parfois des impacts négatifs sur la biodiversité. Pour prendre un exemple qui permet d'illustrer mon propos, on s'est parfois retrouvé à raser des forêts primaires très riches en biodiversité pour planter des eucalyptus qui stockent beaucoup de CO2 en disant que c'était bon pour le climat.

"L'enjeu, c'est de démultiplier les actions et engagements pris par les pionniers qui ont tracé la voie."

Finalement, on s'est rendu compte, et le rapport de l'IPBES le confirme, que le changement climatique est un des facteurs d'érosion de la biodiversité et que, du coup, il n'est pas question d'avoir des politiques en contradiction en la matière. Il faut toujours rappeler que c'est la biodiversité qui nous permet de manger, de respirer et de vivre dans un cadre agréable. Donc ça n'a absolument aucun sens d'avoir des politiques climatiques qui détruisent la biodiversité. Il est nécessaire maintenant d'avoir des politiques d'entreprises, et d'organisations en général, cohérentes sur ces aspects.

A.-P. : Quels sont les principaux facteurs d'érosion de la biodiversité ? Les entreprises sont-elles les principales responsables ?

S. B. : Les principaux facteurs d'érosion de la biodiversité générés par les activités humaines, ont été mis en avant dans la publication de l'IPBES en 2019 et définis au nombre de cinq :

  1. Les changements d'usage des terres et des mers, la destruction des habitats et l'artificialisation.
  2. La surexploitation des ressources.
  3. Le changement climatique.
  4. Les pollutions qui peuvent être chimiques, plastiques, lumineuses ou même sonores.
  5. La dissémination des espèces exotiques envahissantes via les transports, parfois inconsciemment. En France on parle beaucoup du frelon asiatique et de l'ambroisie par exemple.

Qui est responsable ? La vision que j'en ai aujourd'hui, c'est qu'il s'agit d'une responsabilité collective. C'est la société en générale, avec les entreprises d'un côté qui peuvent avoir des politiques défavorables, mais aussi les citoyens consommateurs de l'autre côté qui ne vont pas toujours acheter en pensant à l'environnement et à la biodiversité. C'est aussi les élus et les politiques publiques qui ne favorisent pas forcément les démarches positives pour la biodiversité. Chacun a sa part de responsabilité dans la situation actuelle et il y a vraiment une nécessité d'arriver à faire avancer l'ensemble des acteurs sur cette question.

A.-P. : Pouvez-vous nous donner des exemples de réglementations ou politiques publiques ayant un impact négatif sur la biodiversité ?

S. B. : Tout à fait. En France, on cite souvent l'exemple de l'artificialisation de sols puisqu'un certain nombre de taxes en la matière incitent finalement les acteurs à avoir des actions négatives sur la biodiversité, ça été très documenté.

Je pense aussi à la fiscalité sur la pollution ou à des réglementations qui empêchent parfois les démarches d'économie circulaire comme une loi qui interdit de réutiliser des matières recyclées parce qu'on les considère juridiquement comme des déchets, mais qui va bientôt être modifiée. On se rend compte que parfois les politiques publiques ne sont pas toujours favorables à la biodiversité donc on essaie de faire changer les choses.

A.-P. : Comment faire comprendre aux dirigeants que l'érosion de la biodiversité représente un risque majeur pour les affaires, au même titre que la cybercrimnalité ou les cracs boursiers ?

S. B. : C'est une partie de notre travail au sein du cabinet car quand on accompagne une entreprise sur le sujet de la biodiversité on commence toujours par un état des lieux pour mesurer les niveaux de risques pour les matérialiser auprès de la direction. Ça peut être des risques très variés : une matière première dont la qualité ou la disponibilité va disparaître, des projets annulés par les autorités administratives ou pointés du doigts par les parties prenantes, des produits boycottés par les consommateurs…

"Chacun a sa part de responsabilité dans la situation actuelle et il y a vraiment une nécessité d'arriver à faire avancer l'ensemble des acteurs sur cette question."

La biodiversité figure parmi les principaux risques pour l'économie recensés dans la cartographie réalisée l'an dernier par le World Economic Forum, qui réunit les décideurs économiques de la planète et pas qu'un discours d'ONG environnementales, donc c'est un signal fort. Les entreprises prennent donc petit à petit conscience de leurs impacts sur la biodiversité mais aussi des risques que son érosion fait peser sur leurs activités. Elles ont besoin aujourd'hui de connaître les enjeux réels et concrets.

La question actuelle c'est de savoir comment faire pour aller toucher le million et demi d'entreprises en France. L'enjeu, c'est de démultiplier les actions et engagements pris par les pionniers qui ont tracé la voie.

A.-P. : Cette norme s'adresse-t-elle uniquement aux grands groupes ou bien aussi aux TPE-PME qui constituent la majeure partie de notre tissu économique ?

S. B. : Justement, nous avons été très vigilants dans la rédaction de la norme afin qu'elle soit utilisable et adaptée autant aux grandes sociétés qu'aux TPE-PME. On a fait attention à cela, ne serait-ce que dans le type de rédaction, les exemples, les illustrations, et les recommandations.

On l'a voulu très pédagogique pour faciliter son appropriation par des acteurs qui ne sont pas des experts en écologie ni des écologues ou des scientifiques de la biodiversité, et qui ne sont pas non plus forcément acculturés au sujet comme certains services RSE ou Qualité des grandes entreprises.

A.-P. : Quelle est la première chose à faire en entreprise pour mettre en place une stratégie biodiversité ? Peut-on se lancer seul ou bien faut-il se faire accompagner ?

S. B. : La première étape est le diagnostic, c'est à dire comprendre quels sont les enjeux de son activité en termes de biodiversité et quels sont les risques générés par son érosion de manière très concrète. Après la matérialisation des priorités qui concernent l'entreprise, il faut dresser une cartographie précise en termes de gestion des risques et d'opportunités.

Une entreprise peut très bien faire ce travail seule, avec ses équipes internes, ou bien se faire accompagner par des conseils, ça va dépendre surtout de sa disponibilité, de ses ambitions et de son budget. Ce qui est extrêmement importants est de s'assurer que la direction soit directement impliquée.

Finalement, c'est une question d'engagement et de compréhension des enjeux. Mon message c'est qu'il s'agit vraiment d'une coresponsabilité et que toutes les entreprises ont quelque chose à apporter à la conservation de la biodiversité.

Propos recueillis par Anne Moreaux




Anne MOREAUX
Journaliste

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