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Accaparement hydrologique

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Depuis quelques années, des investisseurs étrangers –multinationales et États– ont acquis près de vingt Mha (millions d'hectares), soit une superficie équivalente à celle des terres agricoles françaises, dans des pays en développement surtout situés en Afrique, mais aussi en Asie et en Amérique latine. Ce phénomène est particulièrement accentué dans des pays comme l'Éthiopie, Madagascar ou le Soudan, où la main d'œuvre ainsi que les terres arables sont bon marché et les ressources hydrologiques abondantes (seules les terres irrigables sont utiles pour l'agriculture industrielle). L'organisation non-gouvernementale Grain dénonce un «accaparement des ressources en eau» et souligne le risque pour l'Afrique de se diriger vers un «suicide hydrologique». Dans un récent rapport, l'ONG examine le cas du Nil, dont le potentiel d'irrigation est de 8 Mha, répartis sur les dix pays riverains. Or les surfaces disposant d'infrastructures d'irrigation représentent déjà 5,4 Mha, tandis que celles des terres récemment louées ou achetées pour un usage agroindustriel atteignent 8,6 Mha. Comment le fleuve va-t-il supporter ce prélèvement excessif ? D'une manière générale, les contrats de location de terres permettent un accès illimité et gratuit aux ressources hydrologiques. Cette utilisation non durable de l'eau s'ajoute à sa raréfaction en raison du changement climatique. L'accès à l'eau sera ainsi rendu de plus en plus difficile pour des populations vulnérables, ce qui va multiplier les sources de conflits locaux. Et ce alors que, dans le monde entier, plus d'un milliard de personnes souffrent d'une pénurie d'eau potable, et que des femmes africaines passent plusieurs heures par jour pour approvisionner en eau leurs familles.Dans de nombreux pays, les agriculteurs n'ont aucun titre de propriété et l'État peut donc aisément les exproprier au bénéfice d'investisseurs étrangers. En dehors de quelques déclarations de principe des Nations Unies, rien ne les protège. La communauté internationale saura-t-elle imposer des règles liant l'achat de terres et d'eau au partage des bénéfices entre les parties concernées et au respect de l'environnement ?






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