AccueilSociétéA Saint-Ouen, une cité sous le joug du trafic de stupéfiants

A Saint-Ouen, une cité sous le joug du trafic de stupéfiants

Un supermarché de la drogue « indéboulonnable » et « lucratif ». Le point de deal de la cité Charles-Schmidt, à Saint-Ouen, prospère depuis une trentaine d'années.
A Saint-Ouen, une cité sous le joug du trafic de stupéfiants
© Adobe Stock

Société Publié le , Avec l’AFP

La colère des habitants a redoublé dernièrement à la lecture d'un tweet du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui se félicitait du « démantèlement » du site, l'un des plus gros « fours » d'Île-de-France qui rapporte 30 000 euros par jour, selon une source policière locale. Au pied de l'immeuble HLM N.26, des locataires ne décolèrent pas : « Démantèlement ? Vous plaisantez ! Les types devant vous ce sont des vendeurs d'encyclopédies ? », raille une jeune femme. Elle désigne quatre guetteurs postés devant la cité à l'affût de la moindre présence policière. « Faire une annonce pareille alors que c'est faux m'éloigne de la politique », dit amèrement Ali, qui vit depuis sept ans dans un appartement spacieux de la cité, à moins de 400 m de Paris.

Épicerie bio, transports en commun, écoles... L'environnement autour de la petite cité des années 1970 est convivial si on fait fi du commerce illégal qui a pignon sur rue. Ali et d'autres résidents, regroupés en Amicale, chroniquent sur les réseaux sociaux leur quotidien sous l'emprise d'un point de deal.

Guerre de territoire

« 30 décembre 2021, aux alentours de 8h20 matin, de nouveaux tirs à arme à feu », écrivent-ils. Photos à l'appui, ils décrivent les barricades érigées par les dealers pour « conserver » leur échoppe face à la concurrence qui fait rage dans la ville. « Des trafiquants tentent de récupérer Schmidt après la fermeture de deux points de deal », confirme la commissaire de Saint-Ouen, Aurélia Dragone. L'un était installé dans une cité au cœur des célèbres puces de Saint-Ouen, mais la municipalité a décidé de raser l'ensemble, provoquant la fin du commerce, et l'autre se situait à proximité du futur site du renseignement intérieur (DGSI).
« Les habitants ne sont pas laissés à l'abandon. On a une présence policière quotidienne », assure Aurélia Dragone. Rien que pour la cité Schmidt, « 1 598 visites des parties communes ont été réalisées en 2021 », détaille la commissaire. S'ajoutent les amendes contre les clients. Saint-Ouen concentre 12 % de ces amendes forfaitaires délictuelles (AFD) infligées en Seine-Saint-Denis. « La police cible les acheteurs à la sortie du métro. On veut que les consommateurs se disent “je ne vais pas aller à Saint-Ouen, c'est trop
dangereux" », explique Aurélia Dragone. Sur place, des habitants du quartier confirment et saluent « la présence policière accrue depuis deux ans qui permet des heures ou des jours d'accalmies », note un historique de la cité.

Tête du réseau en fuite

Le point de deal de Charles-Schmidt a une trentaine d'années et a évolué « d'une épicerie locale à une multinationale », détaille une source policière. Dans ce supermarché « indéboulonnable » et « lucratif », on vend du cannabis et de la cocaïne. Les prix sont affichés sur les murs et les poubelles du quartier... La tête du réseau, issu d'une famille « connue » de Saint-Ouen, est en fuite au Maroc. Les « chouffes » (guetteurs) ne sont plus les gamins du quartier « respectueux des familles », mais « des mineurs non accompagnés », précise cette source. La difficulté à faire tomber un point de deal est de « déterminer le rôle de chacun, il faut le temps de l'enquête », insiste de son côté Aurélia Dragone. L'ensemble HLM de deux bâtiments pour 113 logements appartient à Seine-Saint-Denis habitat. « Nous avons 100 immeubles au niveau 4 de sécurité (le plus haut) et Schmidt est le N°1 de la liste », explique le bailleur qui a dépensé des sommes conséquentes ces dernières années pour « ne pas perdre de terrain » face au trafic. Il a érigé un mur de plus de 4 m de haut autour de la résidence, « bunkérisant » la cité, mais au profit des trafiquants qui dealent à l'abri du regard.
Dernière grosse dépense : un million d'euros au printemps dernier pour l'installation de caméras, dont 400 000 euros pour assurer la sécurité des artisans. « Ça a duré deux mois », confie le bailleur. Une gabegie, estiment des locataires qui appellent à « décloisonner la cité ». Parmi les pistes proposées par l'Amicale : « Utiliser les logements du rez-de-chaussée pour installer des boutiques et une halte-garderie ». Des idées qui semblent avoir été entendues par le bailleur qui a décidé « d'imiter » les dealers et de « se réapproprier l'espace public », en ouvrant une voie de circulation au cœur de la cité et à terme d'installer des bureaux partagés.

Avec l’AFP

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 09 décembre 2022

Journal du09 décembre 2022

Journal du 02 décembre 2022

Journal du02 décembre 2022

Journal du 25 novembre 2022

Journal du25 novembre 2022

Journal du 18 novembre 2022

Journal du18 novembre 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?