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A quand l'égalité professionnelle en France?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

A quand l'égalité professionnelle en France?
© DR - En France, l'écart entre les femmes et les hommes atteint 18 % en matière salariale.

Si les femmes représentent 60 % des diplômés de Bac +5 en France, elles n'occupent malheureusement que 17 % des postes de direction. Pire, l'écart de rémunération moyen entre homme et femme atteint 23,7 %, selon l'Insee, et 9 % pour ceux occupant le même poste. La disparité est encore plus criante dans les professions du droit et du chiffre. Cet état de fait alarmant doit être réparé, c'est pourquoi Emmanuel Macron l'a hissé au rang des grandes causes nationales.

A la différence d'autre pays comme l'Islande, la Suisse ou l'Allemagne plus récemment, en France, les convictions et les réglementations ne suffisent pas à briser le plafond de verre en entreprise.

Pourtant, promouvoir l'égalité salariale est « à la fois un devoir politique et moral » mais cela rend surtout « les entreprises plus performantes et plus innovantes », a déclaré le chef de l'Etat en rendant visite à une société modèle en matière de féminisation et d'égalité salariale, le 8 mars dernier.

Le Gouvernement avait d'ailleurs annoncé la veille de cette Journée internationale des droits des femmes des mesures visant notamment à résorber d'ici trois ans l'écart salarial existant entre hommes et femmes à poste équivalent.

Si la différence des métiers exercés et le temps de travail expliquent plus de la moitié des écarts de salaire entre les femmes et les hommes, il n'en demeure pas moins qu'absolument rien ne justifie l'autre moitié.

« Il y a eu des progrès en France, mais cela reste très insuffisant, notamment en matière salariale où l'écart entre les femmes et les hommes atteint 18 %, après avoir été à 23 %. Un observatoire est fort utile », explique Dominique de La Garanderie, première femme élue bâtonnier du barreau de Paris, co-fondatrice et associée du cabinet éponyme.

Les professions du monde du droit et du chiffre offrent un exemple criant d'inégalité professionnelle. Alors qu'elles se féminisent fortement depuis une trentaine d'année, la parité est encore loin.

« Il y a une dynamique de féminisation très forte dans notre profession car nous atteignons 45 % de femmes diplômées alors qu'il n'y a que 26 % de femmes pour le moment. J'ai même assisté cette année à des prestations de serment avec une majorité de femmes », témoigne Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables.

26 % = écart de salaire entre les hommes et les femmes
au sein de la profession comptable

Pourtant, « il y a malheureusement beaucoup de travail car le chiffre de 26 % pose problème, il représente l'écart de salaire entre les hommes et les femmes au sein de la profession, mais aussi le nombre de femmes experts-comptables alors qu'il y a plus de 40 % de stagiaires femmes », souligne Laurent Benoudiz, président élu de l'Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France. « J'ai regardé au sein de mon cabinet, et trouvé effectivement un écart de salaire inexplicable entre des stagiaires hommes et femmes », avoue ce dernier.

Alors que les stagiaires femmes sont « souvent plus discrètes mais plus efficaces », il apparaît que les jeunes hommes n'ont aucun scrupule à négocier leur rémunération et que les écarts se creusent au fil des carrières. On retrouve le même phénomène dans les professions juridiques, notamment chez les avocats.

Lors de l'assemblée générale du barreau de Lyon, en juin 2016, Laurence-Junod Fanget, ex-bâtonnière membre de la commission Égalité du Conseil national des barreaux (CNB) a souhaité mener une enquête pour comparer les revenus entre les avocats et les avocates au regard des critères de l'ancienneté et du statut professionnel. Le constat était malheureusement édifiant.

« Dès la première année d'exercice, la disparité de rémunération femmes-hommes était de 14 %, pour atteindre 49 % au après 10 ans d'exercice, ce pourcentage baissant peu en fin de carrière (45 %). 19,6% des hommes contre 3,1% des femmes se situaient alors dans la tranche de revenus entre 100 000 et 200 000 euros », témoigne Laurence-Junod Fanget, ex-bâtonnière membre de la commission Égalité du CNB.

Par ailleurs, il est grand temps que les femmes soient acceptées dans les postes dits « à responsabilités ».

La posture de leader est totalement culturelle. En France et ailleurs, « le biotope de la culture de leadership est encore largement masculin » et « l'ambition féminine est culturellement condamnée », explique la coach internationale Elena Fourès, spécialiste reconnue en matière de leadership féminin.

49 % = disparité de rémunération femmes-hommes
entre les avocats après 10 ans d'exercice

Les résultats de l'étude réalisée par l'Association femmes experts-comptables en partenariat avec Telescop, sur l'évolution de la place des femmes dans les conseils d'administration après l'entrée en vigueur du seuil des 40 % fixé par la loi Copé-Zimmermann en 2011, sont aussi révélateurs. Malgré l'obligation légale, les femmes sont toujours sous-représentées. De fait, près de 500 administratrices manquaient à l'appel en 2017 pour atteindre le seuil légal.

Si on voit une progression de la représentation féminine, et de femmes plus jeunes, ce qui rajeunit les conseils, cette progression est moins forte dans les comités dits stratégiques comme ceux de rémunération ou de nomination. On trouve les femmes majoritairement dans les comités d'éthique et de risque.

« Elles sont également très peu nombreuses à accéder à la présidence du conseil, il y a donc encore du travail », déplore Françoise Savès, présidente de l'Association femmes experts-comptables.

Pour faire avancer la parité en entreprise et l'égalité salariale, il faut mettre les moyens matériels, financiers et communiquer. Le Fonds social européen permet ainsi de soutenir plusieurs projets en faveur du développement de l'égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes en Ile-de-France avec une enveloppe conséquente de 4,7 millions d'euros de crédits sur la période 2014-2020.

Une aide financière à ne pas négliger tant le chemin à parcourir pour arriver à l'égalité professionnelle est long. Cependant, avec un mouvement social fort et le soutien ferme des Pouvoirs publics, les efforts nécessaires à poursuivre ne paraissent pas insurmontables.

Briser le plafond de verre
© A.P.
Cet hiver, des réseaux économiques féminins ont présenté 25 propositions pour accélérer la mixité femmes-hommes dans le monde des affaires. En présence des secrétaires d'État Mounir Mahjoubi et Delphine Geny-Stephann, cette soirée inédite (photo ci-dessus) avait pour objectif de parler d'une seule voix sur « cette grande cause nationale » et de souligner le caractère d'urgence lié aux actions à entreprendre autour des femmes dans le travail.
Le réseau Dirigeantes Actives 77, engagé dans ce combat depuis des années, a ainsi formulé la proposition de « permettre aux femmes, qui en feraient la demande, de consulter les feuilles de paie des collègues de même grade ». Un moyen très simple de pouvoir vérifier si les employeurs respectent la loi et de pouvoir réduire les inégalités.
Pour Florence Sandis qui conjugue une expérience de plus de 20 ans dans l'audiovisuel et une expertise en développement personnel, notre société est sans aucun doute en train de vivre une véritable mutation, « celle qui permettra aux femmes et aux hommes de trouver leur place en harmonie, pour, à terme, mieux vivre, travailler et réussir ensemble ».
Cette experte en égalité femmes-hommes et leadership au féminin, elle publie aux Éditions Michel Lafon un livre intitulé Brisez le plafond de verre : 12 clés pour réussir au féminin, pour aider à surpasser ce fameux syndrome.
Elle a, par ailleurs, créé cet automne le mediaClub'Elles, « parce que libérer la parole, c'est bien, mais il faut aussi libérer le regard, et cela passe en partie par l'image que l'on donne des femmes à travers les médias ». Plus de 200 personnes des médias étaient présentes à son inauguration, dont Marie-Christine Saragosse, P.-D.G. de France Médias Monde et marraine du médiaClub'Elles. Il est ainsi prévu de faire remonter des propositions auprès d'institutions comme le CSA.




Anne MOREAUX
Journaliste

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