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6e Rencontres du dialogue social

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6e Rencontres du dialogue social
© A.P. - Un beau panel d'experts des ressources humaines s'est réuni à Suresnes pour les sixièmes Rencontres du dialogue social.

La France en pleine transition sociale

Intitulée “Nouveau monde, mort ou renaissance du dialogue social ?“, les sixièmes Rencontres du dialogue social ont réuni un panel important d'acteurs des ressources humaines, à Suresnes. Animée par Béatrice de Lavalette, adjointe au maire déléguée aux RH et vice-présidente du Conseil régional d'Ile-de-France chargée du dialogue social, cette journée de débat a fait le bilan de l'impact des ordonnances Macron sur le syndicalisme français et présenté un tour d'Europe du dialogue social.

« Il faut passer de la culture de la confrontation à la culture de la concertation pour affronter les vrais problèmes », a lancé Christian Dupuy, maire de Suresnes et vice-président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, en ouvrant ces 6e rencontres.

Avec les réformes gouvernementales qui s'enchaînent (ordonnances Macron, assurance chômage, prélèvement à la source, régime des retraites), l'essor des nouveaux modes de travail et de pratiques managériales (méthode agile, management horizontal, autonomisation), la volonté de lier performances et bien-être au travail, les évolutions technologiques (outils digitaux, automatisation), le dialogue social est sous haute tension.

La France bascule-t-elle vers un autre modèle sociétal ? Les syndicats et le dialogue social y ont-ils encore leur place ? Et laquelle ?

« Dans cette véritable révolution, il faut avoir foi dans l'impérieuse nécessité de déconstruire un modèle pour en bâtir un nouveau par l'innovation sociale. Le temps du paternalisme est révolu, celui du dialogue équitable est venu », a constaté l'édile.


François Kalfon a mis en avant le modèle allemand de codécision.

Success stories et décryptage de l'année sociale

La matinée a été consacrée à mettre en valeur des expériences concluantes en matière de dialogue social. Animée par Cyril Cosme, directeur du bureau de l'OIT pour la France, la première table ronde a ainsi proposé un “Tour d'Europe“ des plus belles réussites en dialogue social. Des intervenants allemands, suédois, néerlandais et danois ont pu témoigner de l'efficacité économique et sociale de leur modèle.

La deuxième a, quant à elle, abordé le dialogue social comme levier de performance et de bien-être au travail, en faisant intervenir les DRH des groupes Renault, OnePoint et Solvay, la directrice de formation d'Axa France, et des syndicalistes.

Un focus sur le dialogue national tunisien, Prix Nobel de la paix, a conclu la matinée.

Un duo d'expert est ensuite revenu sur l'année sociale 2 018 en début d'après-midi. « Le CESE est un chantre du dialogue social », a lancé Carole Couvert, sa vice-présidente, présidente d'honneur de la CFE-CGC, avant de revenir sur les nouveautés introduites par les ordonnances Macron. Le Comité social économique (CSE), nouvelle instance représentative du personnel, est un “véritable danger car il n'offre plus le temps pour les représentants des salariés d'aller sur le terrai “, a-t-elle alerté. Pour elle, le dialogue social peut être un formidable levier de performance, à condition qu'il s'agisse d'un vrai dialogue et pas d'instances superficielles.

De son côté, Jean-Luc Vergne, président de JLV Conseil, ancien président de Radio France, DRH de Sanofi, Elf Aquitaine, PSA Peugeot-Citroën et BPCE, est revenu sur la conjoncture économique avant de faire le bilan de cette réforme du dialogue social. Si 2 017 était « un millésime exceptionnel avec une création de 340 000 emplois et une diminution du chômage de 0,6 point », 2 018 connaît « un inquiétant coup de mou avec une très faible augmentation du PIB ». L'expert constate ainsi que les thèmes du chômage et du pouvoir d'achat sont identiques à l'ancien monde et « représentent toujours la première préoccupation des citoyens ».

Il retient qu'il n'y a pas eu de « grand chambardement » du dialogue social. « L'ensemble des ordonnances est connu mais semble flou pour les chefs d'entreprise ». Pour lui, « la grande nouveauté est la gouvernance avec la création de l'Agence France compétence qui remplace les OPCA ».
En outre, certaines grandes réformes à venir, comme la réduction du nombre de fonctionnaires, la réforme de l'assurance chômage et celle des retraites, sont des « chantiers à hauts risques pour le dialogue social ».

Après ces décryptages, il semblerait qu'une majeure partie de la salle (interrogée par le biais d'une appli) soit pessimiste sur l'avenir du dialogue social. Et pourtant, il s'agit d'une assemblée de partisans.

Suresnes, un modèle en la matière

La Mairie de Suresnes est absolument convaincue que le dialogue social n'est pas une dépense mais un investissement. « Ni un frein ni un blocage, mais un levier d'amélioration du service public et du progrès social », selon Béatrice de Lavalette.

Engagée depuis 2009 dans une démarche innovante, la Ville de Suresnes est devenue un exemple mondial à suivre. Son maire, Christian Dupuy, et Béatrice de Lavalette, son adjointe déléguée aux RH et au dialogue social, sont très fiers de ce qu'ils ont accompli en la matière. La « consécration suprême » pour l'édile fut l'audit positif de l'Organisation internationale du travail (OIT) réalisée en 2015. Depuis, l'OIT fait intervenir régulièrement les services RH et les représentants syndicaux de la commune dans ses colloques. Le fondement de la démarche suresnoise est sans conteste sa charte de valorisation du parcours syndical. Il y a déjà neuf ans que la municipalité a décidé de mettre en place un code de conduite : sa “Charte sur la reconnaissance du parcours syndical dans le développement de la carrière et l'évolution professionnelle“, reprise l'an dernier par la Région Île-de-France.

L'efficacité de cette charte n'est plus à démontrer. Nombreux sont les accords syndicaux signés à l'unanimité : mise en place de la prime au mérite, du chèque syndical, du télétravail ou du travail du dimanche sur volontariat dans les médiathèques.

L'impact relatif de la réforme sur les syndicats

Pour la dernière table ronde, un panel de quatre intervenants s'est demandé si le Gouvernement souhaite ou non renforcer les syndicats et si l'accord majoritaire d'entreprise allait désormais primer sur la loi. Deux questions qui restent en suspens.

Selon l'animateur Richard Michel, ancien président de la chaîne parlementaire LCP, l'objectif était de « découvrir si nous considérons que les syndicats sont des partenaires compétents et constructifs ou bien des obstacles au dialogue social ». L'Histoire du syndicalisme montre que « dans ce pays, avant de dialoguer on s'affronte, et c'est ça la spécificité française ». Les syndicats ne sont-ils là que pour aller au combat et défendre des positions ?

Pour Luc Bérille, secrétaire général de l'UNSA, « tout le monde constate que le président de la République et le Gouvernement considèrent que les corps intermédiaires ont un rôle subalterne à jouer dans notre démocratie, ce qui est une profonde erreur, notamment dans un pays qui souffre d'un manque de cohésion sociale ». Ce dernier a tiré la sonnette d'alarme et rappelle qu'« une démocratie moderne qui fonctionne est celle qui se nourri du dialogue ».

« La brutalité, d'une manière ou d'une autre, ne fonctionne pas, vive le dialogue social », a ajouté François Kalfon, conseiller régional PS, qui a mis en avant le modèle allemand de codécision, et dénonce le « paternalisme et la vision étriquée » du Gouvernement. Ce politique est définitivement contre la volonté d'aller trop vite et de confisquer la prise de décision aux partenaires sociaux « avec des feuilles de route trop directives ».

Le Gouvernement reste flou sur la question du dialogue social et du renforcement des syndicats, selon Agnès Verdier-Molinié, directrice de
l'iFrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques). Il faudrait que les syndicats accèdent à l'indépendance de financement et de parole, « ce qu'ils n'ont pas encore car ils dépendent des financements de l'Etat ». L'économiste met en avant le système du chèque syndical et milite pour qu'il y ait davantage de personnes syndiquées en France.

« Il y a du travail à faire pour avoir des syndicats plus compétitifs et plus efficaces », a-t-elle déploré en dénonçant la mauvaise gestion et les coûts trop élevés des mécanismes de protection sociale par les syndicats (36 milliards de dettes de l'Unedic), et les différences de traitement entre les secteurs public et privé.

« Le bon dialogue social fait de la ligne managériale un outil », pour Bernard Vivier, directeur de l'IST (Institut supérieur du travail). « Notre pays a besoin de se réformer, nous ne pouvons pas rester indéfiniment sur les habitudes anciennes qui nous amènent à la catastrophe financière ». Selon lui, c'est au paritarisme de se réformer et de mieux fonctionner. Il s'agit d'une question de responsabilisation des professionnels et des managers qui doivent faciliter le dialogue social et le syndicalisme dans leurs équipes.


Carole Couvert et Jean-Luc Vergnes ont décrypté l'année sociale 2018.

Quel dialogue social demain ?

Richard Michel, journaliste et ancien président de LCP, a arbitré le « grand duel des rencontres du dialogue social » opposant Guillaume Duval, éditorialiste à Alternatives économiques, conseiller du CESE, à Denis Ferrand, économiste plutôt libéral, professeur à Dauphine, directeur général de Rexecode.

Plutôt pessimiste, Guillaume Duval estime qu'« il y a une rupture majeure avec Emmanuel Macron sur le dialogue social, avec un retour à la dimension verticale et Jupitérienne où l'Etat s'occupe de tout » qui représente « un recul formidable sur le plan social et économique ».

Si Denis Ferrand constate qu'« il y a une fatigue de la réforme » et « jamais de réforme complètement aboutie », il estime toutefois que « sur le dialogue social, une nouvelle méthode est adoptée, avec davantage de confiance des acteurs de terrain et moins de grands-messes désincarnées ». Ainsi, la place serait « plus franche pour le dialogue construit au sein des entreprises ».

Deux visions opposées qui pourront chacune se révéler plus ou moins prémonitoires car, ce qui est certain, est que le dialogue social est en pleine mutation.

Des soutiens de haut niveau

Cet événement s'est déroulé sous le haut patronage du bureau de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour la France et du Global Deal.

Fort d'un audit qu'elle a conduit en 2015 constatant que la démarche suresnoise constitue « une pratique réussie, concrète, exemplaire et transposable du dialogue social au plan local », l'OIT soutient depuis déjà plusieurs années ce colloque organisé par la Ville de Suresnes.

En outre, les 6e Rencontres du dialogue social étaient aussi sponsorisées par le Global Deal, une initiative suédoise, dont Suresnes est membre depuis mai dernier, qui vise à inciter les gouvernements, les entreprises, les syndicats et autres organisations du monde entier à prendre des engagements concrets pour favoriser le dialogue social et à échanger sur les bonnes pratiques en la matière.

Participation des Pouvoirs publics

Christian Dupuy, maire de Suresnes et vice-président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, s'est réjoui de pouvoir accueillir deux membres de l'exécutif français à ces 6e Rencontres du dialogue social. Ces dernières sont devenues, selon lui, « un moment incontournable de la rentrée sociale, j'en veux pour preuve la venue de Pierre-André

Imbert, conseiller social à la présidence de la République, et de Franck Morel, conseiller Relations sociale, travail, emploi et formation professionnelle auprès du Premier ministre ». L'an dernier, c'était le ministre de l'Éducation

nationale, Jean-Michel Blanquer, qui avait ouvert les 5e Rencontres du dialogue social, axées sur la coopération.




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