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365 jours pour les droits des femmes La France devrait-elle s'inspirer du modèle éthiopien d'égalité

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365 jours pour les droits des femmes La France devrait-elle s'inspirer du modèle éthiopien d'égalité
© DR - Virginie Duby-Muller, Enke Kebede, Valérie Duez-Ruff et Aminata Niakate.

Le Conseil national des barreaux (CNB) a récemment ouvert ses portes pour une conférence consacrée au thème “La croissance, vecteur d'égalité femmes/hommes ? L'exemple éthiopien”. Cet événement a permis de mettre en lumière les initiatives de la profession en faveur de l'égalité et des droits des femmes.

À l'occasion de « la semaine des droits de la femme », le Conseil national des barreaux a présenté un film-documentaire réalisé par Sébastien Fallourd. L'auditoire a ainsi pu visualiser un entretien de la présidente du CNB accompagnée d'Aminata Niakate, avocate au barreau de Paris, et d'Enke Kebede, directrice de l'école régionale des avocats du Grand-Est (ERAGE), avec Sahle-Work Zewde, première femme Présidente de la République d'Éthiopie.

La projection du film intitulé “Sahle-Work Zewde, Présidente de la République d'Éthiopie, un espoir pour tout le continent”(disponible sur le site du CNB) était suivie d'une table ronde, animée par Valérie Duez-Ruff, vice-présidente de la commission Égalité du CNB. Cette dernière était entourée de trois femmes au parcours inspirant : Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie (Les Républicains) et présidente du groupe d'amitié France-Ethiopie, Enke Kebede et Aminata Niakate, présidente de la Fédération Nationale des Unions de Jeunes Avocats (FNUJA) et conseillère municipale écologiste à Vitry.

Alors que le Gouvernement éthiopien fait figure d'exemple en matière de parité, les intervenantes se sont penchées sur le cas français. Cette projection donnait à voir les progrès réalisés en Éthiopie, et les contrastes avec le système français. « L'exemple éthiopien nous dit que les droits de la femme, c'est avant tout une question culturelle », relève Christiane Féral-Schuhl.

Suis-je capable ?

Les termes « égalité », « parité » « complémentarité » ou encore « autocensure », « plafond de verre » étaient au cœur des débats. « Je suis entrée dans une profession où il était interdit de dire “avocatE”. Mon premier acte comme bâtonnier de Paris a été d'inscrire le mot “avocate” dans notre règlement intérieur » a expliqué la présidente du CNB, avant d'ajouter « Ça a changé, mais on peut faire mieux ».

« Moi être présidente ? Est-ce que je suis capable de le faire ? », raconte Sahle-Work Zewde durant son entretien avec les trois avocates françaises. Lorsqu'elles souhaient exercer un métier de la politique comme pour les autres professions, les femmes doivent asseoir davantage leurs compétences et leur légitimité. « J'étais jeune, femme, blonde. Je cumulais les handicaps », plaisante Virginie Duby-Muller.

Les préjugés sont d'autant plus féroces lorsque les femmes deviennent mères. Le cumul de la parentalité et de la vie professionnelle s'avère souvent plus problématique pour les femmes. Dans l'avocature, des progrès considérables ont été accomplis en la matière. « Quand je suis entrée dans cette profession, il n'y avait pas de congés maternité (…) c'était quelque chose qui était gommé, qui ne devait pas faire partie de la profession » témoigneChristiane Féral-Schuhl. Pourtant, pour les mères souhaitant conserver une activité professionnelle, la partie n'est toujours pas gagnée.

Lorsque Virginie Duby-Muller mène sa première campagne, pour les législatives, sa fille n'a que trois mois. Alors qu'un jeune père aurait été dans la même situation salué pour son ambition, la jeune mère est victime de vives critiques.
« J'ai entendu des remarques sexistes comme “il ne faut pas voter pour cette femme qui préfère sa carrière à sa fille” », raconte-elle devant un auditoire peu étonné.

« Il y a ce qui est de l'ordre du collectif et de l'éducation mais il y a aussi notre travail à nous, notre rapport à la maternité et au travail domestique », relève une participante. La pression n'est en effet pas seulement extérieure, de nombreuses études montrent que les femmes ont tendance à beaucoup s'autocensurer. « Suis-je capable ? », cette question récurrente chez les femmes émerge finalement durant la table ronde.


Christiane Feral-Schuhl a rappelé que les droits des femmes devait être l'affaire de tous.

L'éducation et la solidarité, vecteurs de l'égalité

« Nous vivons un moment exceptionnel », constate Sahle-Work Zewde. Le premier ministre a décidé d'instaurer la parité au sein du gouvernement éthiopien. La parité, « volonté d'un homme » relève Christiane Féral-Schuhl. Des femmes occupent aujourd'hui des postes très importants. Comment en arrive-t-on là ? Les intervenantes partagent l'avis de la présidente éthiopienne : il faut miser sur l'éducation et la solidarité.

Enke Kebede rapporte les trois précieux conseils prodigués par la présidente de la Cour suprême éthiopienne, Meaza Ashenafi : « 1. Formation, 2. Formation, 3. Formation ». Pour la directrice de l'école d'avocats du Grand-Est, malgré une importante féminisation de la profession ces dernières années, l'égalité est toujours à consolider. Elle rappelle que beaucoup de femmes abandonnent après l'obtention du Capa.

Autre pilier de l'égalité : la solidarité. « Les dix minutes que l'on peut passer avec une élève sont précieuses »,
explique Enke Kebede, ajoutant que « la formation, ça ne suffit pas, il faut aussi une entraide ». Entraide, mentoring, réseaux féminins, les femmes doivent se montrer solidaires « à toute épreuve » pour atteindre une pleine égalité. « Je ferai mon possible pour que les femmes comprennent l'importance d'avoir l'une des leurs au pouvoir », insiste la présidente éthiopienne.

« Sur les postes importants nous avons très peu de femmes. En France, nous n'avons pas eu de femme présidente de la République (…) on a toujours un plafond de verre en matière politique » constate Virginie Duby-Muller. Elle rappelle que depuis l'adoption des lois sur la parité, les choses ont beaucoup évolué. Pourtant, dans les années 2000, la députée était opposée aux quotas sur la parité, qu'elle trouvait humiliants, discriminants et avilissants. « Aujourd'hui, avec le recul, je constate que si nous n'étions pas passés par ces lois, il faudrait encore une quarantaine d'années pour que des femmes accèdent à la sphère publique », poursuit-elle.

Dominique Attias, présente dans la salle, partage cette idée. « J'étais contre cette discrimination positive. Mais je suis maintenant, par pragmatisme, archi pour ! Autrement, dans 150 ans, nous y sommes encore », explique l'ancienne vice-bâtonnière de Paris, avant de conclure en s'adressant à la députée, « nous comptons sur vous pour faire voter des lois ».

Aminata Niakate s'est également adressé à Virignie Duby-Muller. L'avocate, qui est également conseillère municipale, constate que les femmes ont tendance à plus démissionner que les hommes. Elles sont donc remplacées par le suppléant de liste, qui est souvent un homme. Elle propose donc à la législatrice d'appliquer à l'échelle nationale une règle existante au sein du CNB, garante de la parité : quand un homme démissionne, il est remplacé par l'homme suivant sur la liste, et quand une femme démissionne, elle est remplacée par une femme.

Beaucoup d'attentes pèsent donc encore sur les législateurs, ou plutôt sur les législatrices.

Le barreau de Paris a organisé les premières Assises de l'égalité

Dans la profession, les femmes sont encore discriminées sur de nombreux points. Elles subissent une importante différence de revenus, 51 % sur toute leur carrière, mais aussi de statut, puisque seulement 24 % des femmes sont associées en France. Elles sont ainsi plus nombreuses que les hommes à quitter la profession après dix années d'exercice. Fort de ce constat, le barreau de Paris a organisé, lundi dernier, la première édition des Assises de l'égalité.

À cette occasion, des cabinets ont été récompensés. « Les trophées de l'égalité honorent tous les cabinets d'avocats qui ont mis en place des actions pour promouvoir l'égalité. Pour cette première édition, nous avons reçu près de 30 candidatures. Nous en espérons beaucoup plus l'année prochaine ! », explique Marie-Aimée Peyron, bâtonnière de Paris. Le cabinet Sherman Sterling a reçu le grand prix de l'égalité professionnelle et le cabinet Drai Avocats a reçu le prix de l'égalité professionnelle des cabinets de moins de 20 collaborateurs. Pour cette première édition, le cabinet Seban et Associés est lauréat du prix de la parité professionnelle et le cabinet Bird & Bird s'est vu remettre le prix « Simone Veil », par Pierre-François Veil.




Thuy-My VU
Journaliste

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