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35 heures et la semaine de quatre jours, more for less

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35 heures et la semaine de quatre jours, more for less
© A.P. - Chronique sur le temps de travail par Eric Gardner de Béville, membre du Cercle Montesquieu, recruteur et juriste.

C'était il y a 20 ans déjà et la Loi d'orientation et d'incitation relative à la réduction du temps de travail du 13 juin 1998, premier texte législatif destiné à préparer le terrain de la semaine de 35 heures. Les 35 heures sont devenues obligatoires en France à compter du 1er janvier 2000, sorte de “big bang” millénaire de la durée du travail hebdomadaire. Faut-il être fier d'être le premier pays à avoir instauré les 35 heures ou au contraire avoir honte d'être même, 20 ans après, le seul pays qui ne travaille que 35 heures par semaine ?

Il peut donc être utile de s'interroger à nouveau sur le concept des 35 heures et de son utilité -ou pas- au regard de la prospérité et des crises politiques, économiques et sociales en France. L'idée des 35 heures hebdomadaires figurait dans les 110 propositions pour la France du candidat socialiste François Mitterrand lors de la campagne présidentielle de 1981.

Pourtant, une fois élu le président François Mitterrand se contenta de passer de 40 à 39 heures dans un contexte de chômage qui ne cessait d'augmenter, passant d'environ 6 % en 1981 jusqu'à 9 % après seulement cinq ans de la présidence de Mitterrand. Cette augmentation constante aurait sans doute pu justifier un tour de vis supplémentaire et le passage à 35 heures.

Après tout, les 35 heures se justifiaient – ou plus exactement étaient justifiées par ses défenseurs de l'époque – par une réduction du temps de travail individuel pour permettre une augmentation collective du nombre de travailleurs. Si chacun travaillait un peu moins, on pourrait tous travailler un peu plus. Le camembert que l'on coupait en huit parts pour dix personnes – avec deux qui n'avaient rien – serait ainsi coupé en dix parts plus petites pour que tous puissent en avoir. On pourrait résumer en disant "less for more", moins de travail effectif pour chacun et plus de postes de travail pour tous.

Or, c'est justement là que le bât blesse car il ne faut pas vouloir ”less for more” mais au contraire ”more for less”. En d'autres termes et en bon français, les 35 heures ne pouvaient d'antan et ne peuvent aujourd'hui être efficaces que si en travaillant 35 heures on produit l'équivalent de 39 heures, d'où le "more for less".

L'idée des 35 heures connues et créées pour être la panacée des sans-emplois, pour réduire le chômage et créer des emplois appartient à un autre âge. Il n'y a plus de débat aujourd'hui pour savoir si les 35 heures votées en 1998 ont créé ou détruit de l'emploi et de la richesse en France. La page est tournée. Les 35 heures comme mesure de réduction du chômage sont désuètes et dépassées. Toutefois, si les 35 heures version 1998 sont mortes, est-il envisageable de penser aux 35 heures version 2018 avec une semaine des quatre jours ouvrés et trois jours de week-end ?

La génération Y, les fameux “millennials”, nés entre 1980 et 1995 – les dates varient selon les définitions –, réclament haut et fort un équilibre entre le travail et les loisirs qui leur permet de “travailler pour vivre” et non pas de “vivre pour travailler”. La vie a d'autres buts que le travail même si le travail reste important.

Est-il dès lors impensable et insensé d'envisager une semaine de quatre jours et un week-end de trois jours? Cela existe déjà (presque) dans certains pays -comme l'Espagne- où bon nombre d'entreprises et de prestataires ferment le vendredi après-midi et proposent donc un week-end de deux jours et demi. Est-il nécessaire de rappeler que la croissance du PIB en France en 2017 a été de 1,9 % alors qu'elle a été de 3,1 % en Espagne ?

Il faut toutefois souligner et insister que pour être envisageable la semaine de quatre jours ouvrés doit être aussi productive sinon plus que la semaine actuelle de cinq jours. Cela est possible en maintenant le temps de travail hebdomadaire au niveau des 35 heures et en augmentant la productivité des employés et des machines par la formation, robotisation et réorganisation de l'outil de travail en France.

En ajoutant 45 minutes aux huit heures de travail journalier, la semaine de quatre jours compterait 35 heures. Quel employé ne serait pas disposé à ajouter trois-quarts d'heure de travail par jour pour avoir trois jours de week-end ? Quant à la formation destinée à améliorer l'efficacité, elle existe en France depuis longtemps et ça fonctionne très bien lorsqu'elle est bien encadrée et administrée. Que ce soit dans l'informatique, le juridique, la technique ou tout autre domaine, la personne mieux formée, informée et qualifiée est plus productive.

Un vendeur qui distribue des produits et qui est ensuite formé à bien négocier les contrats avec les fournisseurs et clients deviendra tout naturellement plus efficace et productif. De même, il n'est plus aujourd'hui nécessaire de démontrer l'augmentation de productivité due à la mécanisation et robotisation de nos industries en France. De plus, nous vivons actuellement une époque où “l'internet des choses” va accélérer ces processus et augmenter encore plus la productivité. L'harmonisation des normes entre les pays serait aussi source d'efficacité.

Dans l'automobile, par exemple, harmoniser les normes entre les USA et l'Union Européenne éviterait d'avoir deux lignes de production séparées pour les deux marchés. Le gain de productivité pourrait être de presque 50 %. Rappelons aussi que dans l'éducation nationale il y a de plus en plus de communes où les écoles élémentaires publiques adoptent la semaine de quatre jours.

Il n'est pas non plus insensé de penser qu'un week-end de trois jours aurait un effet positif sur l'économie dans la mesure où les citoyens dépenseraient plus en achats et loisirs. Ce faisant, ils dynamiseraient le commerce local, stimuleraient l'offre et la demande et favoriseraient la création d'emploi et de richesse.

De toute évidence la mise en place d'un tel schéma requiert une volonté affirmée et soutenue, une analyse approfondie des données économiques à modifier et améliorer, une concertation de tous les partenaires impliqués et surtout une exécution exemplaire et non chancelante par ces mêmes partenaires. Ce système s'inscrit dans la droite ligne du progrès socio-économique, un progrès qui est à l'image de la grandeur humaine, une grandeur qui forge un avenir meilleur pour nous tous, un avenir qui est à notre portée. Le dimanche est “férié” depuis le début du IVe siècle et l'empereur Constantin.

Le congé du samedi est apparu vers le milieu du XIXe siècle et est entré dans les mœurs depuis longtemps. Pourquoi dès lors ne pas surfer sur la vague des millennials et envisager une semaine de quatre jours ouvrés et trois jours de week-end ? La France renouerait avec sa tradition d'être un exemple pour le monde en montrant ce dont elle et lui sont capables.

On est toutefois bien loin de la semaine de quatre heures présentée dans le livre de Tim Ferriss, The Four-Hour Workweek, Best Seller du New York Times. On peut rêver...




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