AccueilEntrepriseChiffre30e Congrès de l’Ifec : cap sur Saint-Malo

30e Congrès de l’Ifec : cap sur Saint-Malo

Christophe Priem, président de l’Ifec, propose d’embarquer à bord du 30e Congrès de l’Ifec, les 30 juin et 1er juillet. Cette année, l’événement jettera l’ancre au Palais du Grand Large, à Saint Malo.
30e Congrès de l’Ifec : cap sur Saint-Malo
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EntrepriseChiffre Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Vous allez fêter, à la fois le 30e Congrès et les 60 ans de l’Ifec. Le temps passe... Comment se profile ce congrès, 60 ans après la création de votre syndicat ?

Christophe Priem : Il s’agit, je dirai même, d’un triple événement, puisque nous fêterons, premièrement, les 60 ans du syndicat, qui a été créé en mai 1962. Nous pourrons démontrer à nos consœurs et à nos confrères que l'Ifec est toujours au service de la profession. Même si, 60 ans, c'est l'âge de la retraite, le syndicat a encore plein d'idées, plein d'innovations à développer, notamment en termes d'attractivité et de recrutement, un point délicat en ce moment au sein des cabinets. Le deuxième événement, c'est que ce congrès, organisé à Saint Malo, est aussi le 30e congrès de l'Ifec. Nous en organisons un tous les deux ans.

Mais il s’agit, surtout, du premier congrès physique que nous organisons depuis 2018, puisqu’en 2020, l’événement a pris la forme d’un congrès virtuel. Donc nous sommes ravis de pouvoir nous retrouver, tous ensemble, pour partager un moment de confraternité et de convivialité.

A.-P. : Vous organisez cette année le congrès à Saint-Malo. Le programme est très orienté “mer”. Vous prévoyez 11 thématiques importantes, autour de cinq thèmes phares. Pourriez-vous nous en parler ?

C. P. : Nous avons choisi d’organiser un congrès assez transversal, pour pouvoir toucher tous les sujets qui sont en cours de réflexion dans la profession et dont les confrères doivent s'emparer. Donc, oui, nous avons choisi le thème “larguez les amarres”, en référence à Saint-Malo. C’est là qu’aurait dû se tenir le congrès précédant si la pandémie ne l’avait pas empêché. En effet, nous avons cinq thèmes à aborder et notamment la digitalisation, avec un enjeu important pour la profession, la Factur-X, qui représente une vraie révolution. Il faut que les consœurs et les confrères s’y attèlent tout de suite. En effet, dès janvier 2024, toutes les entreprises seront concernées. Nous devrons être en capacité de recevoir les factures numériques des administrations ou des grandes entreprises. Donc, il ne faut pas attendre.

À côté de ce thème, nous aborderons celui de l’entreprise, avec, notamment, le sujet de l'Examen de conformité fiscale. Nous passerons en revue ses avantages et ses inconvénients. Nous aborderons également un point qui me semble très important, celui de la prévention des entreprises en difficultés. À cette occasion, nous recevrons, l’ancien député Romain Grau, en charge du sujet, sous la précédente législature. En effet, nous constatons que les entreprises commencent à rembourser leur PGE, nous faisant craindre une avalanche de défaillances. Depuis deux ans, il n’y en a eu que très peu et nous nous doutons bien qu'à un moment donné, malheureusement, elles vont repartir. Même des entreprises qui comptent jusqu’à 250 salariés sont concernées.

Ce 30e Congrès sera également l’occasion de nous pencher sur un enjeu important pour la planète, la RSE. Des ateliers baptisés “Cap ou pas Cap” sont prévus, avec des boîtes à outils pour sensibiliser les confrères. Ils repartiront du congrès avec les clés pour réaliser de vraies missions auprès de leurs clients et ainsi apporter de la valeur ajoutée à nos TPE-PME. C'est ce qu'on appelle les données extra-financières.

Nous avons prévu, en outre, un pôle “conseil patrimonial et financement”, avec un atelier centré sur les cryptomonnaies et la tokenisation des cryptoactifs, présenté par la start-up Ledgity, donc des sujets très en avance pour la profession et qui sont dans l'air du temps. Nous parlerons aussi de quelque chose d'un peu plus traditionnel, les moyens de financement, et nous mettrons, en quelque sorte, en concurrence les néo-banques avec les banques traditionnelles.

Le congrès accueillera, par ailleurs, un atelier sur la formation, l'attractivité et la qualité de vie au travail. Ces sujets sont importants. Dans nos cabinets, comme dans de nombreuses entreprises, nous avons beaucoup de problèmes de recrutement. Nous aurons donc un atelier avec le groupe Vyv, durant lequel nous dévoilerons les résultats d’une étude sur le télétravail et les changements d'attitude dans nos cabinets, qui a recueilli les réponses de plus de 400 confrères. Nous avons confié ce travail au professeur Maria Giuseppina Bruna, de la chaire Ipag “Entreprise Inclusive”. L’autre sujet, qui concerne la formation, sera l’occasion de découvrir toutes les petites astuces pour, par exemple, obtenir le remboursement la formation des collaborateurs.

A.-P. : La formation est extrêmement importante pour l’Ifec, qui forme aussi tout au long de l’année…

C. P. : Oui, mais cette fois, plutôt que de parler de la formation proprement dite, nous parlerons du guide de la formation, qui permet d'aller chercher des aides que le grand public ne connait pas forcément, puisque l’Ifec gère la délégation patronale avec ECF. Nous sommes aussi au sein de l'Opco Atlas, ce qui nous permet de bénéficier d’informations supplémentaires.

A.-P. : Dès la plénière d'ouverture de ce congrès, vous donnez le “la”, avec une personnalité importante dans le milieu de la mer, Stéphanie Barneix. Pourquoi ce choix ?

C. P. : Nous l’avons choisie parce que nous voulions sensibiliser sur la problématique de la qualité de vie. Stéphanie Barneix est une sportive, sauveteuse en mer, avec un parcours un peu atypique. Elle a déjà eu quatre cancers. Chez elle, malheureusement, c'est chronique. Elle s'est rendu compte qu’à force de combativité, de courage, de résilience, elle a réussi à s'en sortir et à avoir un esprit positif. Avec les difficultés que nous connaissons en ce moment, dans nos cabinets et dans les entreprises, avec les problèmes de recrutement, de production, etc., nous voulons donner un élan positif aux confrères et aux consœurs. Nous voulons montrer que l’on peut s’en sortir si on le veut. Stéphanie Barneix va donc nous parler de la traversée qu'elle a réalisée sur l'Atlantique, en paddle.

A.-P. : Vous avez traversé la période difficile du Covid avec une organisation remarquable, une aide aussi pour les cabinets, pour les entreprises, vos clients, en tant qu'expert-comptable. Aujourd'hui, où en est-on avec le télétravail ?

C. P. : Il est vrai que la mise en place du télétravail a été brutale… Nous avons su nous adapter. Aujourd'hui, le télétravail est resté en place dans la plupart des cabinets et à l'Ifec, nous nous en félicitons, puisque nous avons réussi à négocier avec la convention collective la possibilité de mettre en place une charte de télétravail. Nous avons voulu faire bouger la profession pour que cela devienne une habitude. Il est vrai que depuis cette pandémie, nos modes d'organisation et de fonctionnement ont changé. Ne pas avoir, aujourd’hui, un cabinet qui propose un jour – minimum – à deux jours de télétravail à ses collaborateurs, je pense que c'est un frein à l'attractivité et au recrutement des talents de demain.

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A.-P. : Vous avez également évoqué la RSE. Elle concerne peut-être davantage vos clients que vos cabinets. Pourquoi la RSE est si importante pour vous ?

C. P. : D'abord, je rappelle qu'avant d'être expert-comptable, nous sommes chefs d'entreprise et nous avons aussi des collaborateurs à gérer. Nous avons à tenir compte de l'environnement. Nous pouvons déjà nous occuper des données extra-financières, de prendre soin de l'environnement. Et puis aujourd'hui, le rôle de l'expert-comptable, avec l'arrivée de la factur-X, ne va plus être de faire de la saisie. Il faut donc que nous arrivions à changer de paradigme et que nous nous engagions vers la voie de l'accompagnement et du conseil.

Cela fait partie de notre rôle d'accompagner les chefs d'entreprise, de les sensibiliser à ces valeurs. Au-delà, nous constatons que certains clients choisissent un cabinet d’expertise-comptable pour son engagement RSE. J’ai moi-même reçu un client qui m’a indiqué qu’il cherchait un cabinet sensibilisé à l'environnement, labellisé RSE ou ayant une démarche RSE. Finalement, il nous a choisis parce que nous avons cette démarche. Les honoraires ou la compétence ne sont pas les seules variables, il y a aussi cette nouvelle dimension à prendre en compte.

A.-P. : La deuxième plénière est axée sur le thème de l'interprofessionnalité. Parmi vos invités, il y a le président de l'ACE (Avocats conseils d’entreprises). Pourquoi avoir choisi ce thème ?

C. P. : L'interprofessionnalité, c'est un thème que nous avons essayé de mettre en avant depuis longtemps dans la profession. C’est la même chose pour la RSE, qui était déjà le thème du congrès de Deauville, en 2010. L'interprofessionnalité, c'est le moyen de pouvoir, aujourd'hui, à travers des SPE ou des SPFPL, travailler avec des avocats, avec des notaires, avec des huissiers. Et l'objectif de cette plénière, c’est de montrer que si les professions réglementées s'unissent, elles pourront servir le principal intérêt qui doit tous nous concerner, c'est-à-dire celui du client.

A.-P. : Un autre sujet très important, c'est le processus de digitalisation des cabinets. Où en êtes-vous actuellement ? Est-ce que les cabinets ont pris le bon virage ? Peut-on parler de cabinets digitalisés aujourd'hui ?

C. P. : Alors, le problème de la profession, c'est que nous sommes 22 000 experts-comptables avec des tailles d'exercice différentes et des sensibilités différentes. Or, je pense qu’aujourd’hui, tout le monde n'a pas pris en compte le phénomène de la digitalisation et de la numérisation, puisque nous voyons bien que nous sommes obligés de faire de nombreux webinaires sur la factur-X, sur la récupération des relevés bancaires. Il y a, en outre, de nombreux acteurs qui arrivent encore sur le marché. Le sujet est peut-être pris en compte par une bonne partie de la profession, mais le rôle du syndicat, c’est de faire prendre conscience que même si c'est 2024 pour les grandes entreprises et 2026 pour l’ensemble des structures, c'est demain. Il va y avoir plein d'enjeux à prendre en compte et donc il faut s’y préparer le plus rapidement possible.

A.-P. : Soixante ans après la création de l’Ifec, comment voyez-vous l'avenir de la profession ?

C. P. : Je ne suis pas du tout inquiet, que ce soit pour la profession d'expert-comptable et celle de commissaire aux comptes, que l’Ifec regroupe. D’abord parce que nous avons une marque forte en tant qu'expert-comptable et en tant que commissaire aux comptes. Nous avons des professions réglementées, avec des valeurs ajoutées, avec du conseil. La profession doit s'emparer des nouvelles missions qui ont été proposées et surtout réussir à faire sa transition. Nous répétons sans cesse aux confrères que la profession va évoluer, sachant très bien que l'arrivée de la facture électronique va révolutionner le fonctionnement des cabinets, comme lorsque Gutenberg a inventé l'imprimerie.

Il faut nous réinventer, nous réadapter et c'est ce que je trouve de très intéressant et de très enrichissant dans notre profession. Nous avons toujours su le faire depuis 1945. Cela va faire près de 77 ans et nous avons à chaque fois su nous adapter, même si on a essayé de nous déstabiliser, comme avec la loi Pacte. La profession a toujours su rebondir.

A.-P. : Symboliquement, Saint-Malo est un beau lieu pour faire ce congrès, pour montrer votre capacité à être le skippeur des entreprises, parce que vous tenez la barre sur le bateau qu’est l’entreprise. Vous voyez votre rôle ainsi, aujourd'hui ?

C. P. : Oui, bien sûr, puisque l'expert-comptable est le partenaire privilégié des chefs d'entreprise. Mais il faut que nous changions notre image de faiseurs de bilans et de comptes de résultat. On a pu s’en rendre compte durant la pandémie, nous avons la capacité à nous porter au secours de l'entreprise. À l’instar du personnel médical qui a sauvé des vies, de notre côté – à un moindre niveau, bien évidemment –, nous étions au chevet des entreprises. Nous avons contribué à sauver l'économie, à sauver les entreprises, à leur faire passer le cap de la pandémie. Nous nous en sommes d’ailleurs bien rendu compte, puisque le grand public apprécie le rôle de la profession d'expert-comptable. Notre ministre de tutelle, Bruno Le Maire, a reconnu que les experts-comptables étaient au service de l'économie et que sans eux, beaucoup d'entreprises auraient été défaillantes.

A.-P. : Qu’avez-vous prévu en point d’orgue de ce 30e Congrès ?

C. P. : Comme il s’agit d’un événement exceptionnel et que nous fêtons nos 60 ans, nous avons prévu une soirée anniversaire, avec un artiste français de renommée internationale, Martin Solveig. C’est une belle occasion pour nous de nous retrouver nombreux comme lors des moments de convivialité et d'échanges pré-pandémie. n

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