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« Une ville qui arrête de construire est une ville qui meurt »

le - - Actualité - Région Île-de-France & Grand Paris

« Une ville qui arrête de construire  est une ville qui meurt »
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Mixité, attractivité, soutenabilité, tels ont été les mots-clés d'une rencontre organisée par la Chambre des notaires de Paris avec Emmanuel Grégoire, 1er adjoint de la maire de Paris, élu du 12e arrondissement de la capitale. Des débats animés par Bertrand Savouré qui ont soulevé différentes questions, en particulier liées au logement, alors que les Municipales se profilent à l'horizon.

« De la tarte à la crème », c'est ainsi qu'Emmanuel Grégoire qualifie les discours parlant d'absence de logements pour les classes moyennes à Paris. « Nous pouvons assurer la mixité sociale pour les 25 prochaines années au moins », affirme-t-il. Le problème se situe davantage pour les très pauvres qui n'ont paradoxalement pas accès aux logements sociaux : « La priorité c'est la grande précarité ». Il est aussi question de soutenabilité : il faut produire de l'immobilier. Construire de nouveaux bureaux est pour lui le meilleur moyen de rendre les anciens obsolètes pour les transformer en logements. C'est d'ailleurs fiction de dire qu'il y a des mètres et des mètres carrés de bureaux vides à Paris, le taux de vacance ne traduisant que des inoccupations frictionnelles. Pour construire cependant, les terrains sont de plus en plus rares et complexes.
« Il existe des pistes comme l'exploitation des anciennes voies SNCF », affirme celui qui a participé à la couverture des voies menant à la gare d'Austerlitz le long de l'avenue de France. Car compte aussi l'attractivité : « une ville qui arrête de construire, une ville qui ne bouge pas, c'est une ville qui meurt ».

AirBnB en question

Et tant qu'à parler immobilier, Bertrand Savouré est venu, presque naturellement, demander son opinion à Emmanuel Grégoire sur le partenariat récemment signé entre AirBnB et le Comité International Olympique, alors que le prochain maire de Paris accueillera le monde entier en 2024. L'élu du 12e arrondissement « prend acte et regrette » ce partenariat qui durera au moins sur les cinq prochaines olympiades, « d'autant que cela concerne des villes les plus en tension avec AirBnB ».
Il ne veut toutefois pas tomber dans le fatalisme. « Il n'y a rien d'inéluctable » car, par définition, les Pouvoirs publics ont pour prérogative la création de la norme. Emmanuel Grégoire cite ainsi les exemples de San Francisco, pourtant siège de la société, où la fermeté du Mayor a contraint AirBnB à négocier, de New York où les locations de moins de 30 jours sont interdites, ou encore de Berlin qui, revenant aux sources de ce qu'était le bed and breakfast, fournir le matelas et le petit-déjeuner, interdit le AirBnB sur des logements entiers pour ne l'admettre que sur une chambre.

« Tant que le AirBnB reste 8 à 10 fois plus rentable que la location classique dans un marché parisien attractif, il n'y a aucune raison que le phénomène cesse », poursuit-il. Comment agir à Paris ?
La France, déplore-t-il en la matière, reste marquée par un certain jacobinisme et le long processus légal s'accorde mal avec la rapidité exigée par la nouvelle économie. Comme pour gérer la problématique des trottinettes, « nous demandons à avoir la main, d'avoir les moyens de réguler et ce de façon différenciée que l'on soit à côté des Champs-Elysées ou Place des Fêtes ». Il s'agit de trouver un équilibre entre pouvoir louer son appartement quinze jours par an et avoir des immeubles vides. « AirBnB, why not, mais pas question d'accepter les prédations », dit-il avant d'annoncer : « si l'Etat ne se bouge pas, nous organiserons avec Anne Hidalgo un référendum auprès des Parisiens sur la question ».

Ville, métropole ou région ? Les Municipales interrogent les institutions

Donner des moyens à la ville, mais dans quelle mesure ? Emmanuel Grégoire a été questionné par la salle sur l'existence d'une potentielle concurrence entre la ville, la métropole et la région. Celui-ci reconnaît volontiers que l'institutionnalisation n'est pas des plus claire.
« Chacun court un peu dans son couloir », dit-il tout en ajoutant « mais parfois en se tenant la main ». Il se réjouit ainsi de projets comme la ZAC Bercy-Charenton qu'il mène dans son 12e arrondissement. « Je ne pense toutefois pas que la question des institutions sera au cœur des Municipales : elle n'intéresse pas en tant que telle les citoyens. Néanmoins, elle sera obligatoirement posée en abordant certains sujets comme la solidarité, la mobilité ou les parcours résidentiels ». L'objectif des 30 % de logements sociaux posés par la loi SRU est ainsi à construire, selon lui, à l'échelle métropolitaine. S'il faut continuer les progrès, il est assez utopiste que Paris, seule, atteigne l'objectif en 2026. « Il ne faut tomber ni dans le fatalisme, ni dans la démesure ».

Problème, la métropole est marquée par d'énormes déséquilibres qui sont des sources de blocages : « ceux qui sont à 2 % ne veulent pas monter quand ceux qui sont à 60 % voudraient bien descendre » et le PMHH (Plan métropolitain de l'habitat et de l'hébergement) n'est toujours pas adopté. Il saisit alors l'occasion pour rappeler que les HLM n'ont pas vocation à aider à accéder à la propriété mais de favoriser la mixité sociale en permettant à des personnes de résider dans des quartiers qui leur auraient été inaccessibles si les loyers n'étaient pas subventionnés. « S'il n'y avait que des propriétaires, Paris perdrait gravement en diversité sociale ». « L'accession à la propriété n'est d'ailleurs pas l'alpha et l'oméga du parcours résidentiel », évoquant des propriétaires aidés qui ne peuvent entretenir leur logement et qui finalement coûtent à la collectivité. L'occasion aussi de dénoncer l'expression « problème métropolitain », « une expression de droite pour dire qu'il faut construire hors métropole. Nous ne devons pas nous exonérer de notre devoir de solidarité ». Il espère en tout cas que les élections municipales seront l'occasion de faire émerger de nouvelles dynamiques métropolitaines.

Cependant, souligne le 1er adjoint d'Anne Hidalgo, la métropole a aussi ses risques, celui notamment de concentrer les richesses dans une trop petite zone. Hors la Défense et l'hypercentre ouest parisien, seuls deux bassins d'emplois ont véritablement émergé en Île-de-France : Eurodisney et Saint-Denis, ce dernier toutefois en totale déconnexion avec son territoire. Emmanuel Grégoire témoigne en la matière d'une « inquiétude structurelle ». Douze millions d'habitants ne peuvent reposer sur ces seuls pôles : « on ne peut pas mettre la moitié de la région dans un RER tous les matins ».

Repenser la mobilité

Et s'il faut repenser l'emploi, c'est aussi pour repenser en parallèle la mobilité. à ce sujet, Emmanuel Grégoire est aussi revenu sur la très médiatique politique de la voiture menée par l'actuelle maire de Paris.
« Pour diminuer la pollution il n'y a pas de miracle : il faut soit jouer sur les moteurs autorisés, soit créer les conditions qui poussent à changer les comportements ». « Nous assumons ça », poursuit-il. Des contraintes sont imposées, mais cela participe aussi à l'amélioration de la qualité de vie. Il montre d'ailleurs aux notaires que Paris est une ville assez modérée en comparaison à d'autres villes mondiales. Redisant l'opposition de l'équipe d'Anne Hidalgo sur l'instauration d'un péage urbain vu trop discriminant, il souligne que la vignette auto coûte 10 pounds par jour à Londres, 15 000 dollars par an à Singapour, ou encore que Tokyo a imposé en six mois la sortie du diesel là où on compte en nombre d'années à Paris.

L'abandon de la voiture crée toutefois de nouvelles tensions de mobilité, notamment entre les motos et les piétons. Bruits, incivilités de stationnement et de conduite sont les problématiques que font naître les deux roues motorisés, d'autant plus avec le développement des nouveaux modes de livraisons quasi-instantanées. Emmanuel Grégoire annonce à ce sujet des États Généraux sur le stationnement et la circulation pour avril ou mai prochain.

Pour ce qui est de l'environnement, il souligne enfin que la « re-densité » urbaine peut être une réponse aux problématiques écologiques, alors que le modèle du « pavillon avec barbecue » tend à s'estomper.

Les notaires partagent ces positions

En conclusion du débat, Bertrand Savouré a pu témoigner à Emmanuel Grégoire que les notaires partagent ses positions, en particulier sur la mixité sociale, la question des logements intermédiaires, la qualité de vie, mais aussi sur l'encadrement des loyers que l'élu avait dépeint comme « utile et imparfait », n'incitant pas à investir.« On aimerait apporter notre contribution au débat », lance enfin le président de la Chambre parisienne.




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