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« Nous allons porter 100 projets citoyens participatifs d'énergies renouvelables »

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« Nous allons porter 100 projets citoyens participatifs d'énergies renouvelables »
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Depuis novembre 2017, Jean-Philippe Dugoin-Clément est le vice-président du Conseil régional chargé de l'écologie, du développement durable et de l'aménagement. Il fait le point sur les grands dossiers et les préoccupations actuelles de l'Île-de-France en matière d'environnement. Il annonce notamment la volonté de la Région de porter et de soutenir, dans les trois années qui viennent, centprojets citoyens participatifs en matière d'énergies renouvelables.

Affiches Parisiennes : En Île-de-France, est-il possible de déterminer ce qui incombe à la Région, aux départements, à la Métropole du Grand Paris... en matière d'environnement et de développement durable ?

Jean-Philippe Dugoin-Clément : En matière environnementale, quasiment tout, en dehors de la gestion des crues, incombe à la Région. La compétence Gemapi suite aux lois Maptam – Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, NDLR – et NoTRE – Nouvelle organisation territoriale de la république, NDLR – a été transférée aux agglomérations. La Métropole du Grand Paris et les EPT – Etablissements publics territoriaux, NDLR – en petite couronne, les agglomérations et les communautés de communes en grande couronne. Pour le reste, la Région est compétente dans l'ensemble des domaines. Elle est ce qu'on appelle le “chef de file”, notamment pour les questions climatiques et énergétiques, en lien avec l'Etat. Nous devons aussi impulser les politiques publiques avec la difficulté de disposer de carottes, pour favoriser leur application, mais d'aucun bâton, pour éventuellement pouvoir lever les réticences. Nous pouvons inciter financièrement, avec des subventions, des appels à projets..., mais sans pouvoir contraindre les collectivités infras à s'aligner sur nos politiques publiques.

A.-P. : Pouvez-vous illustrer cette stratégie ?

J.-P. D.-C. : Par exemple, en matière énergétique, nous avons voté en juillet 2018 un plan Climat-Energie régional, dans le cadre duquel nous souhaitons pousser fortement les curseurs en termes de production d'ENR – énergies renouvelables, NDLR. En 2015, nous étions à 8 % d'énergies renouvelables en Île-de-France, avec
90 % d'énergie d'importation du reste de la France. Notre objectif est de devenir une Région 100 % ENR avec
20 % d'ENR produites en Île-de-France en 2030 et 40 % à l'horizon 2050. Cette stratégie nous oblige à augmenter massivement nos secteurs de production d'énergie, en essayant parallèlement de limiter la consommation, c'est-à-dire de réduire la facture énergétique francilienne qui s'élève aujourd'hui à 27 milliards d'euros par an. Cette baisse va porter essentiellement sur deux grands pôles, les transports et la consommation des ménages. Sur ce volet énergétique, la Région est chef de file. Après un an de concertation, nous avons signé une vingtaine de chartes d'engagement avec des syndicats, des entreprises, de façon à avoir un pack francilien de valeurs partagées.

Nous avons, par ailleurs, des compétences qui lient les collectivités infras, mais pour lesquelles l'Etat assure le contrôle. Le premier est l'urbanisme et l'aménagement, au travers du SDRIF – Schéma directeur de la Région Île-de-France, NDLR –, voté en 2013. Il fixe les zones d'aménagement, les potentialités de croissance, les typologies d'aménagement, les zones préservées, trames vertes... Nous en avons fait l'évaluation cette année. Le second point sur lequel nous votons un document contraignant, là encore sous le contrôle de l'Etat, est le PRPGD, le Plan régional de prévention et de gestion des déchets. Il a demandé trois années de travail avant d'être adopté le 21 novembre dernier. Il regroupe et remplace, au 1er janvier prochain, les quatre plans sectoriels préexistants, Predec pour les déchets de chantiers, Predma pour les déchets ménagers... Le
PRPGD fixe un certain nombre d'objectifs, de cadres, en termes de réduction d'enfouissement de déchets, de limitation d'incinération, d'augmentation du recyclage...

Nous sommes donc confrontés à cette difficulté d'avoir des compétences souvent imbriquées avec celles des autres collectivités et avec l'intervention de l'Etat.. Pour ce PRPGD, nous avons donc effectué un grand travail préalable de concertation avec toutes les collectivités franciliennes, en lien avec l'Etat.

A.-P. : Le Conseil régional est-il un bon élève de l'écologie ? Que faites-vous d'important dans ce domaine ?

J.-P. D.-C. : La Région a longtemps été un très mauvais élève. Elle a multiplié les effets d'annonce sans pour autant concrétiser. En janvier 2016, quand nous sommes arrivés à la tête du Conseil régional, la réalité en termes d'environnement n'était guère réjouissante. Nous étions la région de France métropolitaine la plus énergivore, la plus dépendante énergétiquement et celle qui produit le moins d'énergie verte. Nous faisons également partie des régions qui affrontent le plus de problèmes de pollution de l'air, de crues et d'inondations. Les atteintes à la biodiversité ont aussi été extrêmement fortes. Nous enregistrons entre 25 et 40 % d'espèces menacées ou qui ont désertées l'Île-de-France. Nous sommes donc partis de très loin. Depuis notre arrivée, nous avons essayé de mettre en place des cadres structurants pour réorienter les actions. Nous l'avons fait à travers le plan Air, le plan Vert et la stratégie Energie-Climat. Nous venons de le faire avec le vote du PRPGD et de la stratégie régionale de biodiversité. Nous avons également voté un plan Friches pour lutter contre l'étalement urbain, avec cette réalité que la Région gagne 60 000 habitants par an, en sachant que dans le même temps Paris en perd 8 à 10 000. Les sept départements des petite et grande couronnes doivent faire face à l'arrivée de quelque 70 000 habitants par an, ce qui représente presque une ville comme Courbevoie.

En novembre, nous avons également voté trois plans thématiques concernant les énergies renouvelables, en faveur du solaire, de la méthanisation et de l'hydrogène ; une filière à laquelle nous croyons énormément pour l'avenir. Nous avons l'ambition de devenir la première région de méthanisation agricole de France avec une trentaine de sites déjà développés depuis trois ans. Un méthaniseur permet une réduction de 25 à
30 % d'intrants chimiques sur les exploitations associées. C'est également pour les agriculteurs, qui affrontent aujourd'hui un agri-bashing permanent, le moyen de montrer qu'ils contribuent à produire de l'énergie verte et à s'inscrite dans une logique vertueuse.

A.-P. : Ces nouvelles productions énergétiques sont-elles bien accueillies par les Franciliennes et les Franciliens ?

J.-P. D.-C. : Pas toujours. Pour toutes ces filières énergétiques, la question de l'acceptabilité est réelle. La Région prend les dossiers en amont le plus possibles, en ayant une démarche pédagogique. Nous avons d'ailleurs un principe. Nous ne finançons pas et nous de subventionnons pas des projets auxquels s'opposeraient les communes dans lesquelles ils seraient implantés.

A.-P. : Parmi ces filières, l'éolien est généralement assez mal accueilli. En revanche, le photovoltaïque est mieux accepté... Constatez-vous cette tendance en Île-de-France ?

J.-P. D.-C. : Pour de nombreuses raisons, notamment techniques, l'éolien ne sera jamais en Ile-de-France ce qu'il peut être en Occitanie. Ce n'est pas le cas pour le photovoltaïque, doté d'un réel potentiel de développement et bien accepté par les Franciliennes et les Franciliens. Nous avons, par contre, des difficultés ponctuelles avec les normes des Bâtiments de France. Le périmètre de 500 m autour d'un clocher ou d'un monument classé pose problème. Dans le cadre du plan Energie-Climat et dans notre volonté d'assurer la transition énergétique, nous avons demandé à l'Etat de prendre une série de mesures juridiques pour assouplir ou aménager le système classique d'appréciation des Bâtiments de France, notamment en leur substituant sur ces questions d'ENR l'intervention d'une commission ad hoc du type CDAC – Commissions départementales d'aménagement commercial, NDLR.

A.-P. : D'une façon générale, dans ce domaine de l'écologie et du développement durable, disposez-vous des moyens de vos ambitions ?

J.-P. D.-C. : Malgré la règle de contractualisation financière, qui limite drastiquement la capacité de déploiement financière des collectivités locales , nous mobilisons des moyens budgétaires chaque année en augmentation en investissement pour l'écologie et le développement durable. Ce sera encore le cas en 2020, avec quelque 25 % de progression des investissements. L'effort financier porté sur ces secteurs se double de l'objectif d'être le plus possible transversal. Nous avons aujourd'hui la volonté de passer au crible environnemental l'ensemble des politiques sectorielles régionales.

Globalement, quand on inclut des transports moins consommateurs d'énergie et moins polluants, quand on prend l'ensemble des lignes environnementales, la rénovation énergétiques des lycées, les aides à la rénovation, sur le privé comme sur le social, notre politique environnementale représente aujourd'hui un euro sur deux investis par la Région – un peu moins de deux milliards –, avec l'objectif de passer à un peu plus d'un euro sur deux afin que dans les cinq ans qui viennent. Dix milliards seront ainsi directement consacrés à la défense de l'environnement entre 2020 et 2024. C'est cette mobilisation colossale que nous souhaitons mettre en perspective.

A.-P. : Vous répondez sans doute parfaitement aux vœux des Franciliennes et des Franciliens...

J.-P. D.-C. : Dans notre monde actuel, quand on parle d'environnement, ce qui est imposé d'en haut ne fonctionne plus. Nous voulons donc avoir l'adhésion et l'implication des Franciliennes et des Franciliens, mais aussi des communautés infras et des maires. Nous intervenons très fortement en soutien des blocs communaux. Nous pensons en effet que c'est en amorçant la pompe dans les communes que nous pouvons espérer enregistrer un effet démultiplicateur. En 2019, 2020 et 2021, les trois dernières années de cette mandature, nous avons comme objectif de porter et de soutenir 100 projets citoyens participatifs en matière d'énergies renouvelables. Ce n'est pas forcément le volume, en termes de mégawatts, qui est important pour nous, c'est l'implication des Franciliennes et des Franciliens qui retient notre attention. En matière d'environnement, nous voulons sortir de la logique du “citoyens consommateurs” pour entrer dans celle du “citoyen acteur”.

à cette fin, dans le cadre de la “smart Région”, nous avons notamment créé un cadastre solaire qui permet à chacun de connaître le niveau d'ensoleillement de sa résidence et le potentiel qu'il pourrait en tirer. Nous subventionnons quelques associations, dites “têtes de réseau”, qui vont accompagner les collectivités et les personnes pour identifier les structures capables d'accueillir des capteurs solaires, comme les toitures d'école, les parkings qui peuvent accueillir des ombrières... sur lesquelles seront déclinés des micro-projets de production d'énergie avec une implication directe des habitants. C'est pour nous un élément particulièrement important.

A.-P. : Certains projets photovoltaïques vont sans doute être de plus grande envergure ?

J.-P. D.-C. : J'étais récemment à Annet-sur-Marne pour la pose du premier panneau solaire d'un important projet photovoltaïque. Ce dernier est très intéressant en termes environnementaux puisqu'il concerne des recompositions de terrains avec une partie des terres excavées du Grand Paris. La Région est partie prenante financièrement. Avec le porteur du projet (Akuo Energy), nous allons avoir un appel à financement participatif et coopératif, cadré par la loi. Chacun peut investir de 50 à 2 000 euros. L'objectif est de lever un million d'euros auprès des acteurs privés dont les particuliers, franciliens, si possible. Nous essayons ainsi d'impliquer les gens dans la transition énergétique que ce soit par conviction ou grâce à un intéressement financier.

A.-P. : Estimez-vous que les Franciliennes et les Franciliens adhèrent de plus en plus à votre vision de l'environnement ?

J.-P. D.-C. : La prise de conscience environnementale me semble aujourd'hui réelle. Elle n'était pas si présente il y a 10 ou 15 ans. Pourtant, nous avons réussi à faire de l'environnement ce qu'on a fait de l'Europe. Par manque d'information et de pédagogie, parfois par lâcheté politique, par dogmatisme aussi, l'Europe apparaît paradoxalement à beaucoup de Françaises et de Français comme une contrainte et un facteur d'affaiblissement des Etats. De la même façon, les mauvaises réponses aux bonnes questions ont fait naître l'idée, encore dominante, que l'environnement est une préoccupation de riches ou de bobos parisiens, au détriment des couches populaires de banlieue ou de province. Bien entendu, c'est tout le contraire. Si l'environnement n'est pas désirable, il doit tout au moins être acceptable et surtout souhaité. Pour ce faire, il faut sortir du dogmatisme, expliquer pourquoi on fait les choses et accompagner les gens à travers des projets et des évolutions pour qu'ils les comprennent. Le cadre financier doit, par ailleurs, permettre la supportabilité des décisions. Le rôle des collectivités comme la nôtre est de rendre le changement supportable et d'aider chacun à pouvoir passer financièrement du bon côté de la crête.

A.-P. : En ce sens, l'abandon du projet EuropaCity n'est-il pas emblématique ?

J.-P. D.-C. : Ce dossier illustre l'évolution des priorités, à la fois politiques et sociétales depuis 12 ans. EuropaCity a été initié en 2007, suite aux émeutes de Villiers-le-Bel, dans ce secteur ultra défavorisé, avec une forte augmentation de la population et un chômage des jeunes colossal. Le besoin de trouver des solutions de
développement économique explique pourquoi ce projet a été soutenu par deux présidents successifs. De son côté, Jean-Paul Huchon, président de la Région en 2013 a integré EuropaCity dans le SDRIF. Trois milliards d'investissements prévus, plusieurs milliers d'emplois créés d'après les porteurs du projet... Aujourd'hui, l'opinion publique, en dehors des territoires concernés, fait primer une logique d'exigence environnementale sur un besoin économique. C'est probablement la raison pour laquelle le Gouvernement a décidé d'arrêter EuropaCity pour réfléchir à un nouveau projet.

A.-P. : En Seine-et-Marne, un projet d'enfouissement de déchets dangereux a également beaucoup de mal à être accepté...

J.-P. D.-C. : Oui sur quatre communes Yèbles, Champdeuil, Solers et Soignolles en Brie où une ISDI – Installation de stockage des déchets inertes, NDLR – appartient à l'une des majors françaises. Ce groupe a déposé une demande d'autorisation d'extension de l'ISDI et surtout de création d'ISDD, c'est-à-dire d'une centre d'enfouissement de déchets dangereux. Il y a actuellement deux ISDD en Île-de-France qui, à eux deux, ont une capacité de
500 000 tonnes, ce qui correspond globalement à nos besoins actuels pour gérer nos propres déchets dangereux. L'un de ces centres est implanté dans les Yvelines. Sa durée de vie est supérieure au PRPGD. L'autre, en Seine-et-Marne, près de Villeparisis, devait être fermé en 2020, mais il va probablement être prorogé jusqu'en 2025. La question de l'ouverture d'un nouveau ISDD en Île-de-France va donc se poser à l'horizon 2025-2026. Il n'y a aucune urgence pour l'extension demandée . Néanmoins, il y a eu une mobilisation extrêmement forte et unanime au niveau local contre ce projet. Pendant l'enquête sur le PRPGD, la Région a ainsi recueilli plus de 500 contributions franciliennes dont près de la moitié concernant ce seul site. Quatre villages ruraux se sont mobilisés. Les quatre maires s'opposent à ce projet, ainsi que l'agglomération et le département. Nous sommes sur un dossier où les avis ne sont pas partagés... Dans ce cadre, je me suis rendu en Seine-et-Marne pour dire que la Région soutenait les collectivités dans leur refus de voir ce projet se réaliser. Nous y avons d'ailleurs émis un avis défavorable dans le PRPGD. D'une part, il n'y a pas d'urgence et, d'autre part, on ne peut pas imposer cet ISDD alors que tous les acteurs locaux – élus et habitants - sont contre.




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