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" Les solutions ne se trouvent pas au sein des États membres mais dans la collaboration "

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" Les solutions ne se trouvent pas au sein des États membres mais dans la collaboration "
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A l'occasion du premier forum d'affaires franco-lituanien qui s'est tenu lors de la visite présidentielle d'Emmanuel Macron à Vilnius, la vice-ministre de l'économie et de l'innovation du gouvernement lituanien, Jekaterina Rojaka, revient sur l'importance de cet événement et sur la politique incitative de ce pays balte envers les start-ups.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter votre ministère ?

Jekaterina Rojaka : Nous sommes le ministère qui pousse l'économie au plus haut niveau. Nous avons la chance d'avoir du personnel innovant qui travaille sur la numérisation et les nouvelles technologies, ainsi que l'Industrie 4.0. C'est donc un domaine de responsabilité considérable. Bien sûr, nous nous concentrons beaucoup sur les investissements directs à l'étranger (IDE) et les exportations. La Lituanie étant une économie très ouverte, les exportations représentent une part considérable de notre PIB et, par conséquent, la majeure partie de notre intérêt.

A.-P. : Récemment se tenait le premier Business Forum France-Lituanie, un événement très important grâce à la venue du Président français à Vilnius. En êtes-vous satisfaite, qu'en attendez-vous concrètement ?

J. R. : Tout d'abord, mes premières impressions du forum sont qu'il a été très fructueux pour les deux pays. C'est un grand succès parce que nous n'avons pas eu de grand événement de la sorte depuis la Covid, en fait. Je dirais donc que c'est plutôt bien d'être, dans une certaine mesure, de retour au même niveau. Je crois que le but de ce forum est de rencontrer des hommes d'affaires, de faire en sorte qu'ils se rapprochent les uns des autres, car ils ont beaucoup en commun.

L'Union européenne a de nombreux objectifs stratégiques et avec la technologie qui prend le dessus, nous devons trouver les solutions les plus efficientes. Je pense que les solutions les plus efficaces ne se trouvent pas au sein des États membres, mais dans la collaboration entre eux. Donc, dans cette période, pour décoller et faire monter nos économies au plus haut niveau, nous avons définitivement besoin de plus de liens avec les autres entreprises et de les relier dans des pôles internationaux.

A.-P. : Pour vous, que représente concrètement l'innovation en Lituanie ?

J. R. : Eh bien, c'est notre vie de tous les jours et je crois que c'est notre avenir car aujourd'hui, et bien sûr davantage depuis la crise de la Covid-19, la plupart des entreprises ont dû s'adapter et faire leur transition numérique très vite. Et si cela met beaucoup de pression sur l'économie, c'est aussi vecteur d'opportunités. L'innovation, c'est donc non seulement les nouvelles technologies, mais aussi de la valeur ajoutée et un moyen de développement.

La Lituanie, comme je l'ai mentionné, est une économie plus petite que celle de la France mais très ouverte, et ce grâce à l'innovation. Et je pense que nous avons su montrer des résultats concrets montrant que nous avons réduit l'écart entre nos économies en la matière. Toutefois, il nous reste encore du chemin à parcourir.

A.-P. : Pouvez-vous me parler de votre programme spécifique pour l'essor de ce secteur porteur ?

J. R. : Nous avons un programme assez large parce que maintenant nous avons une sorte de programme-double car de nouvelles dispositions sont passées depuis la Covid, notamment en faveur des secteurs de la médecine et des biotechnologies. Nous suivons aussi le programme d'origine qui a fixé des objectifs stratégiques à long terme pour la Lituanie, à horizon 2050, avec ou sans Covid, cela va sans dire !

Je crois que désormais le plus important pour développer le système d'innovation est de mettre en place une meilleure réglementation. C'est notre atout. Même si nous sommes une économie plus petite nous sommes dans la course parce que c'est plus facile pour nous de faire des changements politiques et, dans une certaine mesure, d'expérimenter. Ces expériences ont d'ailleurs été très fructueuses dans le domaine des technologies financières. Vous savez que la Lituanie est désormais, depuis le Brexit, le premier des pays attirant les Fintechs sur son territoire grâce à la réglementation la plus avancée dans ce domaine. Je pense que notre pays est un très bon endroit pour devenir l'incubateur de différents domaines de technologies innovantes.

Les réformes majeures dans l'innovation sont également liées à la forte concentration de financement de start-ups et aux changements en cours dans les entreprises ainsi qu'à la restructuration du système d'innovation global. Notre système était auparavant très fragmenté. Maintenant, nous mettons en place une gouvernance globale, plus importante, fondée sur des preuves d'efficience concrètes qui devrait être un coup d'envoi pour notre développement économique. Nous avons pu réunir tous les fragments utiles dans un seul puzzle.

Ce succès est évidemment lié à l'attrait d'innovateurs non seulement de l'intérieur du pays, mais aussi des pays voisins, de l'Union européenne et du monde entier. Nous avons donc en ce sens un écosystème de start-ups très dynamique, dont le nombre dépasse maintenant les 1000, et il augmente encore. Il croît très rapidement, d'environ 20 % par an en raison de cet environnement attrayant. J'espère qu'après la mise en place du système global, une fois la réforme terminée, cela apportera un changement considérable à notre économie.

La réglementation définitivement très importante pour la plupart des startups. Nous avons l'une des plus grandes fintechs, Revolut, en Lituanie, principalement grâce à notre environnement réglementaire bancaire. Il est plus facile de se développer ici et, bien sûr, de passer par la Lituanie comme pour ouvrir une fenêtre sur le marché plus vaste de l'Union européenne. La fintech française est également implantée chez nous depuis de nombreuses années déjà.

A.-P. : Quelles sont les start-ups le plus emblématiques de la fintech basées en Lituanie ?

J. R. : Je pense que la plus importante est la néobanque britannique Révolut, axée sur le côté bancaire et paiement, mais il y en a aussi sur l'axe cybersécurité comme le géant international Oracle. Nous sommes très fiers d'avoir attiré beaucoup de grands noms qui ont décidé que la Lituanie était le meilleur endroit pour développer des technologies innovantes.

A.-P. : Vous arrivez à attirer des start-ups grâce à un régime fiscal incitatif n'est-ce pas ?

J. R. : Ce n'est pas uniquement une question d'impôts, mais aussi de talent car le rapport d'équilibre entre le coût du travail et la qualité de la main-d'œuvre est très attractif. Je pense qu'en général, les affaires ne se développent pas uniquement grâce aux déductions de taxes. Heureusement ou malheureusement peut-être, c'est un mélange de décisions complexes et toute une réglementation qui nous rend concurrentiel face aux autres Etats.

A.-P. : Quelles autres mesures avez-vous mis en place par exemple ?

J. R. : Nous avons adopté le crédit d'impôt sur le revenu des sociétés, qui permet une réduction des bénéfices imposables des entreprises qui investissent dans des technologies innovantes jusqu'à 50 %. Nous avons également des investissements étrangers dans leur infrastructure de recherche et développement, détaxés à 25 %. Donc, nous avons effectivement des incitatifs fiscaux, mais il y a aussi une partie réglementaire et des facilités de financement.

Ainsi, nous avons convenu d'un fonds de promotion de l'innovation qui commencera à fonctionner l'année prochaine. Ce fonds garantira un financement efficace et efficient à chaque étape, des start-ups en plein démarrage à celles déjà installées sur le marché, aux projets à plus long terme qui ne sont généralement pas financés par les banques ou les établissements de crédit. Il sera abondé d'à peu près un milliards d'euros.

Les start-ups intéressées ont une seule voie à suivre : consulter le site web de Start-up Lituanie afin d'être en contact avec nos spécialistes qui leur prendront la main et les accompagneront du début à la fin. Ils pourront aussi accélérer leur processus d'immigration grâce au dispositif Start-up Visa.

A.-P. : Quels sont vos dispositifs de soutien pour le secteur du développement durable ?

J. R. : Le développement durable prend plusieurs cycles et touche de nombreux autres secteurs. Il s'agit d'abord de l'économie circulaire que nous soutenons avec des financements spécifiques et des programmes pour les start-ups qui travaillent dans ce domaine. Ça prend également en compte l'ensemble de l'industrie lituanienne, notamment l'énergie solaire qui fait partie de notre green deal et reçoit de nombreux investissements, notamment étrangers. Nous avons par exemple la société SoliTek qui est un producteur de panneaux solaires très efficace.

Je crois que l'innovation sans durabilité ne serait tout simplement pas acceptable par de nombreux consommateurs et nous sommes fiers de développer des biens et services durables, et de nouer des partenariats stratégiques avec des pays nordiques ou d'Europe centrale particulièrement bons dans ce domaine.

On voit que le comportement du consommateur final a changé et que l'intérêt pour les produits plus écologiques et plus durables a augmenté avec le temps. Une de nos plus grandes start-up même devenue une licorne, Vinted, également présente à Paris et en France, est un très bel exemple de business durable car il s'agit d'une plateforme de vente et d'échange de vêtement de seconde main.

En ce moment, près de 20 % de nos start-ups travaillent sur des projets durables, et nous pensons qu'au cours des prochaines années, leur nombre augmentera de manière très significative.

A.-P. : Partagez-vous l'intime conviction de nombreux entrepreneurs de la Tech française qui estiment que l'Europe est bien armée pour devenir un leader mondial du secteur digital ?

J. R. : Eh bien, je crois que nous avons toutes les opportunités. En fait, nous avons toutes les opportunités ici, mais le monde ne tient pas debout actuellement. Nous devons donc absolument mettre en place une coopération internationale, car si nous nous concentrons uniquement sur nous et sur l'Europe nous n'arriverons peut-être pas à concurrencer les autres géants des États-Unis et de Chine qui sont très vifs sur les technologies et le numérique. Mais l'Europe a mis une part importante de son budget dans les réformes visant à supporter l'innovation ce qui va dans le bon sens.

J'estime que les réformes pointent très clairement vers la numérisation et sur le développement durable bien sûr. Mais le plus important selon moi est que l'Europe a beaucoup à offrir car elle regorge de grands talents, d'intelligences et d'incitations pour la réglementation. Les réformes sont déjà en place dans de nombreux pays et la concurrence intérieure au sein de l'UE est très bénéfique pour chaque État membre.

A.-P. : Comment coopérez-vous avec la Commission européenne ?

J. R. : Nous avons beaucoup de projets communs avec la Commission. Nous sommes également devenus, un membre de la communauté spatiale. Les entreprises lituaniennes se sont d'ailleurs révélées très efficaces en cette matière. C'est une toute petite partie de l'innovation, mais l'aérospatial est désormais lié à l'innovation numérique et à la cybersécurité, mais surtout à l'analyse de la donnée où nous sommes particulièrement performants, et qui est présente aujourd'hui dans tous les secteurs.

La Lituanie fait déjà partie de l'UE mais elle s'intègre vraiment aujourd'hui au sein de plus grands clusters avec une nouvelle vision, notamment axée sur le raccourcissement des chaînes d'approvisionnement. C'est une énorme opportunité pour les petits États membres

A.-P. : Votre expertise en cybersécurité est reconnue à l'international, d'ailleurs le Président Macron et votre Président Nausèda viennent de signer un traité lié à ce secteur. Qu'en pensez-vous?

J. R. : La cybersécurité est un secteur unique, et c'est assez intéressant que nous soyons le pont entre l'ouest et l'est sur ce sujet. Aujourd'hui, beaucoup de questions économiques concernent la cybersécurité, c'est pourquoi c'est aussi important pour la Lituanie, même historique, car nous avons réussi à attirer un grand nombre de data centers sur notre sol. Ce domaine fait donc partie du développement de la Lituanie.

En plus des data centers, nous avons aussi des programmes de recherche dans toutes les grandes universités de Lituanie, et nous avons également des solutions de cybersécurité uniques que nous avons d'ailleurs fournies à l'OTAN, sur la détection des fake news par exemple. Nous sommes également assez forts en matière de développement de logiciels.

A.-P. : Dans quelle mesure la crise du Covid peut-elle se révéler être une opportunité pour l'Europe et ses entreprises ?

J. R. : Il y a un très bon dicton qui dit « Ne jamais gaspiller une bonne crise ». Je pense que cette crise est très bonne en ce sens car nous ne devons pas la gaspiller et saisir l'occasion de se transformer et de faire les réformes structurelles adéquates. Toutefois, ça dépend en grande partie des États membres et de leur degré d'implication.

Je trouve qu'ici, en Lituanie, nous essayons de tirer le meilleur parti de cette crise et je pense que le coronavirus apportera beaucoup de changements à nos vies et notre économie. Tout d'abord, avec la digitalisation au niveau des entreprises, mais également au niveau gouvernemental et la collaboration entre les uns et les autres. Aussi, avec les réformes massives qui viennent de différents côtés, y compris le green deal qui offrira des opportunités totalement différentes pour l'ensemble du marché européen.

Nous constatons également que les tendances de la mondialisation qui ont atteint un sommet très marqué par le passé sont de plus en plus plates. Et cela signifie que ça ouvre de nombreuses opportunités aux Etats membres d'intervenir à différents niveaux.

Donc, oui, je crois vraiment que cette crise aura quelque part des effets bénéfiques.

A.-P. : Dans quel secteur innovant spécifique la Lituanie a-t-elle le plus à apporter à la France et à l'Europe ?

J. R. : En plus de la cybersécurité et des fintechs, nous avons une belle expertise dans le secteur des Edtech, avec des plateformes et des nouvelles technologies éducatives, ce qui sera aussi forcément un secteur porteur grâce à la crise sanitaire qui pousse au développement de l'apprentissage en ligne. J'estime que les start-ups de ce secteur ont un potentiel énorme.

Nous avons également un programme de soutien à la parité dans l'innovation avec la campagne « Woman go Tech ». Vous en avez probablement entendu parler car c'est très efficace. Ça permet de créer des opportunités de carrière pour les jeunes filles. Actuellement, à peu près 500 filles sont intégrées dans le programme et se concentrent sur les connaissances supérieures en IT.

Je voudrais aussi mentionner notre avance en matière de GovTech, les technologies gouvernementales, pour lesquelles nous avons reçu un prix européen l'an dernier avec un focus sur les technologies développées par le secteur privé appliquées au secteur public. Comme on dit, le tango se danse à deux, donc le secteur public a forcément besoin du privé pour avancer.

Même si je pense que c'est le secteur de la cybersécurité et du digital qui va nous permettre de nous rapprocher de la France rapidement en terme de business, il me semble que nous avons beaucoup plus à offrir, notamment en matière d'innovation, comme avec les technologies spatiales ou encore les lasers. Savez-vous que 90 % de toutes les plaques de verre des téléphones sont fabriquées avec des technologies lituaniennes !

C'est génial de voir comment les petits pays peuvent désormais jouer un rôle plus important sur le plan mondial. Je crois qu'il existe de belles opportunités pour nos deux pays et qu'il est très important pour nous de simplement communiquer sur nos qualités. Je suis sûr que la France a aussi beaucoup à offrir aux entreprises lituaniennes.




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