Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

« Les experts-comptables sont engagés auprès de leurs clients pour faire face à la crise sanitaire »

le - - Entreprise - Chiffre

« Les experts-comptables sont engagés auprès de leurs clients pour faire face à la crise sanitaire »
@ DR

Les experts-comptables restent mobilisés malgré la crise sanitaire actuelle et soutiennent leurs clients comme ils le peuvent. Jean-Luc Flabeau, président du Syndicat des experts-comptables et commissaires aux comptes de France (ECF) aborde les différentes problématiques rencontrées tant par la profession que par ses clients.

Affiches Parisiennes : Vous êtes expert-comptable et également président d'ECF. Comment ressentez-vous les problématiques actuelles liées à la crise du coronavirus ? Vous devez être très sollicité par vos clients, les PME..

Jean-Luc Flabeau : ​Je vais répondre avec mes deux casquettes, celle d'expert-comptable et commissaire aux comptes et celle plus institutionnelle de président du syndicat.

Sur le sujet du coronavirus, il s'agit d'une crise inédite. On a déjà eu des crises très graves et profondes, comme en 2008, mais celle-ci est très brutale parce que l'économie s'est arrêtée quasiment du jour au lendemain. Au niveau des cabinets d'expertise-comptable et d'audit, beaucoup sont en télétravail mais la plupart des équipes sont opérationnelles près de leurs clients. On a mis provisoirement de côté la production comptable d'établissement des comptes 2019 pour se consacrer à mettre en place chez nos clients les mesures gouvernementales de chômage partiel, de report d'échéances de trésorerie, etc. Nos équipes sont énormément mobilisées sur ces urgences, elles sont « sur le pont ».

A. -P. : Comment les PME vivent cette période de crise ?

J.-L. F. : ​Dans l'anxiété. Les PME, comme toutes les entreprises en général, sont inquiètes, puisqu'elles n'ont jamais affronté une telle situation de quasi block out. Les PME ont déjà supporté beaucoup d'instabilité, entre six mois de gilets jaunes et ensuite trois mois de mouvements sociaux contre la réforme des retraites. Dès le début du confinement, elles ont voulu sécuriser leur personnel et leurs clients, ce qu'on a fait dans notre propre cabinet, en instaurant le télétravail et en ayant des contacts à distance avec les clients. Aujourd'hui, l'inquiétude réside surtout sur la durée du confinement et l'existence d'incertitudes. J'espère que l'on aura bientôt un peu plus de visibilité.

De plus, comme les gens ont peur de cette maladie, des secteurs d'activité s'arrêtent complètement alors même qu'ils devraient continuer pour faire fonctionner, a minima, l'économie. Sur la première semaine de confinement, il y a eu une cacophonie des messages de l'Etat avec, à la fois des messages très alarmants et aussi d'autres messages incitant les gens à continuer à aller travailler…

A. -P. : J'imagine que vous avez analysé les mesures gouvernementales. Comment sont-elles appliquées et répercutées dans les entreprises ? Qu'en pensez-vous ?

J.-L. F. : Les choses sont remises en cause chaque jour. Le Gouvernement avait tout de suite pris des mesures pour contrer cet arrêt d'activité dans beaucoup d'entreprises, avec des annonces d'aides immédiates s'élevant à 45 milliards d'euros qui correspondent à des reports d'échéances, à la mise en place de chômage partiel, ou encore à un fonds dédié pour les petites entreprises et les travailleurs indépendants. Ça m'a plutôt rassuré et j'ai pensé qu'il y aurait un arrêt d'activité pour plusieurs entreprises, mais avec des aides de l'Etat en soutien fort. Il est évident, dans ce genre de situation, qu'il faut un Etat protecteur. D'ailleurs, le Président de la République, le Premier Ministre et le ministre des Finances ont martelé qu'aucune entreprise ne ferait faillite à cause du coronavirus. Dans un premier temps, ça nous a donné des outils pour mieux répondre à nos clients mais maintenant, c'est beaucoup plus difficile parce que les positions des administrations, comme les Direccte, diffèrent entre elles, surtout au niveau local. On m'a par exemple remonté le cas de la Direccte Rhône-Alpes, qui semble restreindre les possibilités de chômage partiel.

Or, les entreprises qui sont en télétravail, qui ont quitté brutalement leurs bureaux, dont le travail ne sera pas assuré pendant des semaines et des semaines et qui, au bout de plusieurs jours auront des difficultés pour continuer à occuper leur personnel, pensaient pouvoir instaurer le chômage partiel qui ferait le lien avec le télétravail et avec une prise en charge à 100 %. Or, selon les administrations, une entreprise en télétravail peut ne pas y avoir droit…

Il est donc urgent qu'il y ait une position unique au niveau national, c'est-à-dire des circulaires venant des ministères concernés, pour avoir une homogénéité sur tout le territoire et que l'administration soit vraiment dans la même phase des annonces gouvernementales.

Une autre problématique que l'on remarque, c'est le soutien bancaire. Le Gouvernement a demandé aux banques d'avoir, via la BPI, de soutenir les PME, notamment sur des reports d'échéances d'emprunt, de ré-étalement de l'endettement. Certaines banques jouent le jeu mais d'autres restent assez attentistes. Certaines demandent même le bilan 2019 des entreprises avant d'examiner leur dossier, ce que toutes ne peuvent pas fournir, alors même qu'aujourd'hui, il y a une urgence d'agir. C'est une situation ubuesque et c'est à l'Etat de s'assurer que les banques jouent le jeu.

A. -P. : La BPI a t-elle pris des mesures assez fortes selon vous ?

J.-L. F. : Oui elle a pris de bonnes mesures mais il faut qu'elle puisse fonctionner avec la ou les la banque(s) de l'entreprise. On remarque déjà de nombreux cas de blocages entre des discours politiques qui ont un peu rassuré, s'agissant du dispositif très fort du Gouvernement, et des décisions qui ne suivent pas au niveau des administrations. Cette distorsion entre le discours du Gouvernement et ce qui est finalement proposé crée beaucoup d'inquiétudes chez les PME. C'est une situation qui peut s'expliquer la première semaine du confinement, mais maintenant il faut beaucoup plus de cohésion entre les discours de soutien tenus par l'exécutif et la réalité dans les ministères et administrations.

A. -P. : Aujourd'hui, les experts-comptables sont en première ligne. Comment ECF les guide dans leurs actions ?

J.-L. F. : Je voudrais tout d'abord répondre à des commentaires émis par certains selon lequel il devient très difficile de contacter son expert-comptable. Autour de moi, dans mon cabinet et dans tous les cabinets que je connais, les gens font un effort extraordinaire pour essayer d'aider au mieux leurs clients. Il faut se rendre compte que l'on est sollicité de toutes parts, que l'on essaie de faire au mieux à distance. Avec le télétravail c'est un peu plus difficile, mais les cabinets d'expertise-comptable et d'audit font un travail extraordinaire auprès des entreprises. C'est mon discours en tant que président de syndicat et je crois qu'il faut remercier leurs équipes parce que c'est bien eux, le trait d'union entre ce que le Gouvernement propose et l'application de ces dispositifs.

ECF a plusieurs moyens d'action. Notre Fédération est toujours au service de ses adhérents. On essaie d'intervenir auprès des ministères ou des administrations concernées, on regarde exactement ce qui se passe sur le terrain avec nos adhérents. Le syndicat, les confrères ou les institutions, tous ont cette volonté de sauver le plus grand nombre d'entreprises parce que ce sont des clients que l'on connaît depuis un certain nombre d'années et qui font vivre nos cabinets et nos collaborateurs. C'est tout un écosystème qu'on doit sauver.

A. -P. : Comment se passe l'activité de vos cabinets en Seine-et-Marne ?

J.-L. F. : ​On est présent à la fois dans le Sud de l'Ile-de-France et Paris. Si, en Seine-et-Marne, on aurait pu garder quelques personnes dans les cabinets parce que les gens prennent moins les transports en commun qu'à Paris, on a finalement a mis tout le monde en télétravail.

On a eu des problèmes de connexion, de lenteur de connexion ou de coupure de connexion un moment donné, parce que je crois que les réseaux étaient saturés mais, sans avoir beaucoup de recul, globalement, ça s'est bien passé.

Au niveau des entrepreneurs, qu'ils soient Seine-et-Marnais ou Parisiens, il y a bien sûr une inquiétude sur la durée de la crise sanitaire et beaucoup se posent la question « comment va tenir mon entreprise pendant ce confinement ? » Bien entendu, on avait déjà des cas critiques avant le confinement. Cela concerne notamment les gens qui travaillent autour de l'événementiel, dans l'hôtellerie, etc. Les annonces faites par le Gouvernement ont permis de diminuer un petit peu les inquiétudes mais elles sont remontées de nouveau puisque les annonces ne sont appliquées comme il faut.

On a un tissu de PME qui est extrêmement important et je veux continuer à me rassurer avec les propos des principaux personnages de l'Etat qui ont, à chaque fois, assuré qu'il n'y aurait aucune entreprise qui disparaîtrait. La priorité, pour l'instant, est de laisser coordonner les actions de l'État avec les administrations et de redonner des messages un peu positifs sur l'économie. On ne peut pas être dans cette spirale où des mauvaises nouvelles économiques apparaissent chaque jour.

A. -P. : Un dernier mot ?

J.-L. F. : Oui, un point qui me parait très important. Si l'Etat applique son plan d'aides et met la pression sur les banques, il ne faut pas que les entreprises jouent sur le crédit inter-entreprise, c'est-à-dire une situation où le client ne paie plus les fournisseurs. En dehors de situations exceptionnelles, mon conseil est d'optimiser le cash, de négocier des reports d'échéances avec la banque mais de continuer à payer les fournisseurs. Il s'agit aussi de TPE/PME. Elles peuvent se tuer elles-mêmes avec ce système de crédit inter-entreprise.

Utilisons les aides de l'État, les banques pour les reports d'échéances, mais payons les fournisseurs.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer