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Denis Barbarossa, président de l'IFEC "L'objectif est de partager les bonnes pratiques managériales"

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Denis Barbarossa, président de l'IFEC "L'objectif est de partager les bonnes pratiques managériales"
© Aurelie Coudiere

Denis Barbarossa est le président de l'IFEC. A la faveur du Salon Ressources Humaines & Management, organisé par le syndicat, il revient sur tous les sujets qui animent aujourd'hui la profession d'expert-comptable et de commissaire aux comptes, de la transition technologique à la formation professionnelle, en passant par le relèvement des seuils d'audit.

Affiches Parisiennes : Depuis combien de temps l'IFEC organise ce Salon Ressources Humaines & Management et pourquoi ?

Denis Barbarossa : Il s'agit de la 6e édition du salon RH & Management qui rencontre toujours un grand un succès de par la qualité des intervenants mais aussi des ateliers pratico-pratiques.
Nous alternons entre Paris et la région car l'objectif est de faire le tour de France pour partager les bonnes pratiques managériales et susciter l'envie de nous rejoindre et de partager un sujet qui n'est pas forcément le plus maîtrisé par la pro- fession d'expertise comptable et de commissariat aux comptes.

A.-P. : La transition technologique et le virage vers le conseil pris par votre profession impactent-ils beaucoup votre management ?

D. B. : Effectivement, c'est d'ailleurs pourquoi voici deux ans nous avions un salon commun RH-management et innovation-productivité qui a eu lieu à Toulouse. Nous souhaitions réfléchir à l'impact des nouveaux outils sur les RH. Nous conservons malgré tout deux salons distincts depuis 2018 mais évidemment les impacts de la technologie sont très forts au niveau de nos cabinets puisque l'innovation suppose d'autant plus d'automatisation.
Et ce, prin​cipalement sur des collaboratrices et collaborateurs plutôt occupés aujourd'hui à faire de la saisie, un travail dont on entend souvent dire qu'il sera remplacé demain. Nous restons néanmoins convaincus que ce travail de proximité avec nos clients est apprécié, et ce n'est pas parce qu'une frange de travail est automatisable que la profession disparaît, le client reste demandeur d'un point de contact et de conseil.
Cela suppose effectivement de la formation, un autre mode de management et de recrutement. Nous sommes en réflexion permanente et c'est tout l'objectif de l'IFEC, en tant qu'institut, de réfléchir à différents moyens de former nos collaboratrices et collaborateurs à la de- mande de nos clients certes, à l'évolution de nos métiers, de la technologie sans aucun doute, mais surtout vers un service beaucoup plus orienté client.

A.-P. : La formation professionnelle est donc un enjeu important pour vous ?

D. B. : Oui, pour les plus jeunes comme les moins jeunes. C'est une obligation légale car nous devons nous former 40 heures par an. Pour nous, la formation se fait tout au long de la vie.

Je suis persuadé qu'on ne sera pas forcément attaché à un même emploi toute sa carrière, que l'on soit expert-comptable ou collaborateur, donc pour nous la formation est primordiale pour acquérir de nouvelles compétences et maintenir les anciennes.

À l'IFEC nous faisons d'ail- leurs la distinction entre le maintien de compétences, majoritairement techniques, et l'acquisition de nouvelles, notre enjeu principal. Nous avons donc pleinement pris part à la fin de l'OPCA engendrée par la loi pour choisir son avenir professionnel qui a profondément refondu l'organisation et le financement de la formation professionnelle. En tant que syndicat patronal, l'IFEC a pris part à la constitution du nouvel OPCO Atlas, et je suis très heureux qu'il fasse sa première intervention au sein de la branche aujourd'hui au salon.

A.-P. : Vers quelles compétences orientez-vous vos adhérents ?

D. B. : Sur plusieurs en fait car nous avons un enjeu technologique mais aussi humain. À l'IFEC, nous sommes convaincus que la proximité avec les clients, par nos 15 000 points de contacts que sont nos cabinets, représentent un atout pour faire passer des messages sur le numérique. Notre volonté est que, grâce à un niveau de compétences challengé régulièrement, on accompagne nos clients sur de nouvelles missions dont la première est le numérique.

Une fois que nous aurons géré notre transition numérique, il sera beaucoup plus évident de gérer celle de nos clients. C'est pour nous un enjeu primordial et évidemment qu'avec l'OPCO nous développerons des formations offrant des compétences digitales nouvelles pour nos collaborateurs. Cela permettra aussi accessoirement de changer le regard qu'ont les clients de l'expert-comptable, qui n'est pas qu'un teneur de livres de comptes mais aussi un gestionnaire de flux d'informations et un conseiller de gestion de l'entreprise.

Par ailleurs, nous travaillons également sur le sujet du full service car nous sommes le point d'entrée régulier et quasiment unique pour les PME. Nos cabinets doivent ainsi les accompagner tout au long de leur vie sur des problématiques multiples.

Les lois Macron et Pacte ouvrent à la profession d'expert-comptable de nouvelles possibilités d'exprimer ses compétences, notamment d'accompagner des clients sur le financement, la transmission ou l'épargne salariale.

Avant la loi Macron, nous avions l'obligation d'avoir une mission principale de tenue des comptes avant d'avoir des missions accessoires, alors qu'aujourd'hui ces missions « accessoires » le sont par rapport à l'ensemble du portefeuille d'activité du cabinet, donc on peut effectivement n'avoir qu'une mission non récurrente pour un client donné. Ces missions qui sont ponctuelles et à valeur ajoutée supposent évidemment de la formation chez nos collaborateurs.

A.-P. : Comment expliquez-vous que votre profession fait face à un déficit d'attractivité ?

D. B. : Je pense qu'il y a deux causes principales. Nous avons d'abord un su- jet historique d'attractivité évident car la profession comptable n'attire pas assez de jeunes malheureusement parce qu'elle a une image qui ne colle pas à la réalité.
En effet, tous les praticiens que je rencontre estiment, à juste titre, faire un métier passionnant et intéressant, mais on ne sait pas bien le partager et le communiquer. En plus, nous sommes en concurrence avec les entreprises, nos clients, qui ont de gros besoins aussi, et certains collaborateurs nous quittent pour le confort de n'avoir qu'un dossier à gérer contre un portefeuille dense en cabinet.

Il y a aussi la multiplication des contraintes réglementaires, de plus en plus lourdes, qui ne facilite pas le travail au quotidien des cabinets d'expertise-comptable et de commissariat aux comptes. C'est d'ailleurs pour com- battre ce problème d'attractivité historique que le salon RH & Management existe.

Par ailleurs, les réformes ré- centes bouleversent la profession. La loi Macron était pour nous positive tandis que la loi Pacte est positive pour les experts-comptables et très négative pour les commissaires aux comptes. Elle va engendrer une perte de mandats très forte, qui arrive très vite et de façon assez agressive de la part du ministre Bruno Le Maire, quand bien même nous avions pu discuter de longs mois sur un atterrissage et sur une volonté d'adoucir la loi. Cela a nécessairement un impact négatif et nous le ressentons déjà dans nos cabinets qui font face à des démissions de collaborateurs.

Nous avons de graves difficultés de conservation des talents en audit. Côté expertise comptable, la surchauffe administrative et réglementaire – DSN, RGPD, PAS - fait que les clients sont de plus en plus demandeurs d'être délestés de toutes ces contraintes, donc les cabinets sont débordés. Nous avons vécu voici deux ans la Déclaration Sociale Nominative, cette année c'était le Prélèvement à la Source, et le RGPD qui a eu un fort impact sur nos clients. Il ne se passe pas une année sans que nous ne devions nous adapter à un changement très lourd en termes d'organisation et réglementation, qu'il faut partager avec les clients, vivre et absorber, ce qui fatigue les collaborateurs.

A.-P. : Les contraintes administratives ne vont-elles pas être en partie réglées par les innovations technologiques ?

D. B. : Pas forcément, quand on voit par exemple la déclaration de l'impôt sur le revenu qui crée des cases à n'en plus finir et demande des informations complémentaires pour savoir ce qu'est un revenu exceptionnel de ce qui n'en est pas, nous avons beau avoir des outils nous avons des contraintes législatives délirantes.

La DSN, qui devait permettre de faciliter la vie des cabinets en rendant presque presse-bouton une déclaration, est très compliquée. Ce n'est pas parce que le moyen est automatisé qu'il ne faut pas calculer en amont les bases des taux qui changent en permanence et des caisses de retraite qui passent leur temps à fusionner et défusionner. Le principe de fond est que le fichier DSN est envoyé à tous les organismes en lien avec l'entreprise (retraite, pré- voyance, Urssaf, mutuelle).

Or, ils ne sont pas tous interconnectés, et ça crée de grosses difficultés chez les clients. Nous ne comprenons d'ailleurs pas très bien pourquoi le Gouvernement leur impose de passer par un flux que d'autres n'ont pas eu la contrainte d'accepter. Les problèmes n'ont donc pas encore été tous résolus.

A.-P. : Face à ces différents éléments stressants, avez- vous mis en place des process pour améliorer la qualité de vie au travail de vos collaborateurs ?

D. B. : Oui, nous avons notamment lancé il y a un an un partenariat avec le groupe Vyv et la chaire Entreprise inclusive de l'Ipag sous l'égide du Dr Bruna, pour mieux prendre en considération la qualité de vie au travail, faire notamment le maximum pour éviter les burn-out, et développer dans la foulée une nouvelle stratégie de cabinet pour se focaliser sur les dossiers les plus intéressants et les plus motivants eu égard aux compétences de ses membres.

Dès la rentrée nous lançons aussi les “Form'actions” pour permettre aux cabinets de se poser sur leur stratégie et d'être un peu plus orientés croissance plutôt que contraintes.

A.-P. : Côté relèvement des seuils de l'audit légal, quelle est votre stratégie ?

D. B. : Nous sommes aujourd'hui dans l'attente des décrets d'application de la loi Pacte qui permettront de mieux concevoir le choc pour la profession de commissaire aux comptes (décrets du 24 mai 2019 en vigueur au 27 mai NDLR). À charge pour la CNCC de rapidement délivrer les outils pour le rebond qu'attendent légitimement nos professionnels car il y a de fortes chances que nous perdrons des dizaines de milliers de mandats dès cette année.

L'IFEC a déjà lancé un tour de France pour accompagner les cabinets et expliciter l'action que nous avons menée depuis 15 mois sur le sujet, et surtout lancer les demandes d'indemnisation auprès de l'Etat, qui ne manqueront pas d'être soutenues par l'IFEC. Nous ne pouvons pas tolérer qu'un jeune qui s'est endetté pour racheter un cabinet voit son actif aussi rapidement disparaître alors qu'il conservera le passif et l'endettement, de même pour un confrère plus âgé qui perd tous ses renouvellements et sa capacité à valoriser son entreprise.

A.-P. : La loi Macron a réformé le système d'épargne salariale, est-ce un domaine sur lequel vous développez le conseil auprès de vos clients ?

D. B. : C'est effectivement un sujet souvent mis en avant par le Gouvernement sur lequel la profession comptable fait sa part de travail de sensibilisation auprès de ses clients. En revanche, ce que j'ai coutume de partager avec nos interlocuteurs dans les ministères est que pour qu'il y ait épargne salariale, il faut avant tout qu'il y ait de la rentabilité.

Cette première étape n'est malheureusement pas si évidente dans les TPE-PME françaises. Il faut ensuite une volonté du dirigeant de partager les profits. On joue donc notre rôle de sensibilisation et d'explication des avantages financiers non négligeables pour l'entreprise et ses collaborateurs, mais nos clients restent décisionnaires. En plus, l'IFEC a dans son ADN la volonté de miser sur l'interprofessionnalité qui fonctionne très bien sur l'épargne salariale, notamment avec nos amis assureurs et banquiers. Cette mission fait donc partie de celles dont on envisage le traitement en commun.

A.-P. : A propos d'interprofessionnalité, vous avez désormais la possibilité d'exercer au sein de sociétés pluriprofessionnelles d'exercice (SPE), qu'en est- il ?

D. B. : C'est encore très récent, donc on les compte presque seulement sur les doigts des deux mains. Je crois qu'il y en a moins d'une vingtaine inscrite à l'ordre pour le moment, majoritairement avec des avocats. Nous avons deux sujets qui font que les SPE ont du mal à se développer dans la profession.

D'une part, les commissaires aux comptes n'étaient pas concernés avant la loi Pacte, ce qui a beaucoup freiné dans leur réflexion les cabinets qui sont souvent mixtes expertise comptable et commissariat aux comptes. De l'autre, on maîtrise encore assez mal cette possibilité puisque la loi est récente et qu'il faut trouver les bons partenaires, comme pour n'importe quel mariage entre associés.

L'IFEC a longtemps milité pour la SPE car au-delà de la SPFPL, qui est une inter- pro capitalistique, nous souhaitions avoir la possibilité d'une interpro d'exercice qui nous paraissait plus importante pour offrir une notion de service complet à nos clients. Nous verrons com- bien de confrères franchiront le pas une fois que ce véhicule sera mieux maîtrisé.




Anne MOREAUX
Journaliste

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