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«Je souhaite que l'UJA devienne le laboratoire de l'exercice de l'avocat d'aujourd'hui et de demain»

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«Je souhaite que l'UJA devienne le laboratoire de l'exercice de l'avocat d'aujourd'hui et de demain»
© Maxime-Huriez

Frédéric Perrin est le président de l'Union des jeunes avocats de Paris. Entré en fonction en juillet dernier, il livre les temps forts de son mandat et les mesures qu'il souhaite prendre dans l'année qui vient pour améliorer l'exercice de ses confrères, notamment les jeunes qui entrent dans la profession.

Affiches Parisiennes : Vous êtes le nouveau président de l'UJA. Quels sont vos objectifs et vos priorités pour cette année de mandat ?

Frédéric Perrin : L'UJA est une association à vocation syndicale apolitique qui existe depuis très longtemps. Nous avons 95 ans d'Histoire derrière nous et nous avons mené des combats qui ont forgé notre ADN, à la fois pour les collaborateurs, les jeunes associés, les nouveaux installés et par ce truchement pour l'ensemble des avocats. Nous sommes à l'origine de nombreuses avancées sociales comme le congé maternité et le congé paternité. L'UJA est une véritable entreprise collective. Je veux m'inscrire dans cette Histoire en amenant quelque chose d'un peu différent pour que l'UJA de Paris reste bien en phase avec son époque. Mon mandat est fondé sur l'ouverture, l'ouverture aux autres professions du droit, mais pas seulement.

A.-P. : Cette ouverture prend-elle en compte la transformation de la profession d'avocat ?

F.P. : Aujourd'hui, l'avocat est aussi un entrepreneur. A ce titre, il doit être à l'écoute et intégrer les évolutions qui peuvent impacter l'exercice de sa profession et le développement de son business. Il doit ainsi s'ouvrir le plus possible aux autres et éviter l'entre-soi. C'est un premier point. Par ailleurs, les jeunes avocats et les élèves avocats ont une idée juste du monde qui les entoure. Ils ont très bien compris que les nouveaux outils numériques, les évolutions technologiques sont à intégrer dans l'exercice de notre profession dès à présent et qu'ils doivent à l'avenir prendre plus de place dans le développement et la création des outils futurs qui transformeront notre manière d'exercer notre profession au quotidien.

Je souhaite que l'UJA devienne vraiment le laboratoire de l'exercice de l'avocat d'aujourd'hui et de demain. Pour les confrères, l'ouverture aux autres professions du droit ne doit pas uniquement suivre un axe “business”, mais aussi ceux de la transformation numérique et de l'évolution de l'image de notre profession. Nous devons faire passer le message auprès du grand public, en disant en substance, « dirigez-vous vers l'avocat parce qu'il est compétent ». La profession a derrière elle des siècles d'exercice dans un cadre balisé par sa déontologie. Il ne faut pas oublier que notre déontologie protège avant tout nos clients et pas notre profession d'éventuelles attaques. Je veux vraiment que nous avancions avec cet esprit en disant « allons chercher les marchés, allons voir partout, comprenons ce qu'il se passe autour de nous, pour mieux l'intégrer et faire évoluer notre profession dans l'intérêt de nos clients ».

A.-P. : Vous travaillez en étroite collaboration avec l'incubateur du barreau de Paris ?

F.P. : Nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui nous accepteront. Nous multiplions les propositions au barreau de Paris, au Conseil national des barreaux... Nous représentons une force politique importante, dans la mesure où nous avons des élus dans toutes les instances, notamment au CNB. Nous bénéficions également de la force de notre Fédération des UJA qui, cette année, est dirigée par Aminata Niakate, une ancienne présidente de l'UJA de Paris. Nous avons l'ambition d'être présents et de nous faire entendre partout.

A.-P. : Présentez-vous des candidats aux prochaines élections du Conseil de l'Ordre du barreau de Paris ?

F.P. : Oui, cette année, nous présentons deux candidats aux élections du Conseil de l'Ordre ; Anne-Laure Casado, une spécialiste du droit de la famille, et Eric Le Quellenec, un spécialiste des nouvelles technologies et de la blockchain. Ces deux avocats sont bien ancrés dans leur temps. Ils incarnent le renouveau que nous prônons à l'UJA de Paris. Ils ont démontré par leurs actions à l'UJA une force de travail sans faille, une détermination et une capacité à faire bouger les lignes, des qualités dont nous avons besoin à l'Ordre. Ils exercent dans des structures différentes, d'une manière différente. Ils ont beaucoup de choses à apporter à nos institutions.

Nous avons eu de beaux résultats aux élections l'année dernière, tant au CNB qu'au CO, mais nous sommes conscients aussi que le contexte des élections est compliqué. Nous assistons à un désintérêt des confrères pour leurs institutions que nous devons endiguer. L'UJA doit redoubler d'effort pour donner envie et se renouveler dans l'action. La campagne que nous allons mener sera toujours plus proche des confrères.

Signe du renouvellement, au niveau de l'UJA de Paris, nous avons renouvelé cette année près de la moitié des membres de notre commission permanente. Nous avons ainsi de nouveaux jeunes qui expriment le désir de s'investir sur les grands débats qui animent notre profession. La question de nos retraites et la gestion de la CNBF sont d'actualité puisqu'en ce moment, on le sait, Jean-Paul Delevoye a été mandaté par le Gouvernement pour mettre en place une réforme qui va aussi toucher directement la retraite des avocats. L'avocat en entreprise, l'ouverture aux capitaux des cabinets d'avocats, la réforme de la justice sont de nombreux sujets qui vont nous animer tout au long de cette année. Pour nous, ce travail va être passionnant.

A.-P. : La formation continue des avocats est également un débat d'actualité...

F.P. : Comme vous le savez, l'UJA est aussi un acteur de premier plan de la formation de nos confrères. Nous formons une centaine d'avocats par semaine, de septembre à juin. Nous proposons des formations de qualité permettant aux avocats de respecter leurs obligations de formation continue.

Nous savons qu'il y a eu récemment une décision du CNB qui nous a beaucoup choqués, puisqu'elle est contraire à la philosophie de l'UJA de Paris. Le CNB veut, en substance, permettre à chaque Conseil de l'Ordre de prononcer l'omission de tout avocat qui n'aurait pas satisfait à son obligation de formation continue. Il faut naturellement respecter cette obligation de formation, puisqu'il en va de la qualité des services rendus à nos clients. Nous devons être toujours plus forts, toujours mieux formés. Nous sommes d'ailleurs dans cette dynamique. En revanche, l'omission qui a été votée ne semble pas être la bonne solution. C'est nier la difficulté des Confrères de se former quand on connaît le quotidien des collaborateurs notamment, dans les cabinets, ou des jeunes récemment installés, on sait que le temps peut leur manquer. Il faudrait donc mettre en place d'autres types de formation, toujours plus nombreux, toujours plus variés.
Les formations de l'UJA doivent pouvoir répondre à une demande croissante. Cette année, nous mettrons en place des formations toujours plus tournées sur l'ouverture en intégrant des modules très pratiques et l'intervention d'autres professionnels du droit, notamment un jeune notaire, un jeune huissier, un jeune magistrat aux côtés des jeunes avocats pour toujours donner plus d'informations aux confrères.

A.-P. : Avez-vous les capacités de multiplier ainsi ces formations, tant sur le fond que sur la forme ?

F.P. : Notre action se fonde sur les membres de l'UJA de Paris que je tiens à remercier pour leur investissement et leurs idées pour proposer toujours de nouvelles formations pour répondre aux besoins de nos confrères. Nos capacités ne sont pas infinies mais nous avons lancé une grande réflexion pour toujours faire mieux. L'ouverture aux autres en est une clef, notamment en proposant des formations chez des partenaires de l'UJA. C'est une nouveauté qui permettra davantage de rencontres avec d'autres acteurs et qui immergera les avocats dans des lieux de création particuliers. Pour l'instant, nous sommes en cours de négociation mais nous avons bien avancé sur des choses très innovantes que nous annoncerons bientôt.

A.-P. : Comment prenez-vous en compte les besoins des plus jeunes d'entre vous ?

F.P. : En fait, je trouve qu'on s'intéresse beaucoup à l'avocat du futur mais sans prendre assez en compte l'exercice de l'avocat du présent. La volonté de l'UJA de Paris est aujourd'hui de mieux comprendre nos jeunes confrères. En partenariat avec la Junior Entreprise d'HEC, nous avons envoyé un questionnaire à nos confrères qui ont moins de 10 ans au barreau. Nous voulons mieux connaître leur vie d'avocat et la manière dont ils perçoivent notre profession. Comment voient-ils leur exercice professionnel dans cinq ans, quelles sont leurs craintes ? Comment perçoivent-ils les nouvelles technologies ? Qu'attendent-ils des instances ordinales ? Qu'attendent-ils d'une association comme la nôtre ? Nous leur posons toutes les questions qui préoccupent actuellement la profession. Nous devons être à l'écoute, non seulement de nos membres et de nos adhérents, mais aussi de l'ensemble des avocats.

Nous aurons bientôt les résultats de cette étude que nous publierons pour fixer les idées sur ce qu'est aujourd'hui notre profession et ce qu'elle doit devenir.

A.-P. : à vos yeux, quel est l'avenir de l'avocat ?

F.P. : L'UJA de Paris est une institution ancienne en perpétuel mouvement, en perpétuelle évolution. Il est de notre devoir de connaître les aspirations de nos jeunes confrères afin d'ouvrir le débat autour des thèmes qui les intéressent et des problèmes qui les préoccupent.

Il y a quelques années, nous avons mis en place un “apéro” qui réunissait des jeunes avocats et beaucoup d'élèves avocats. Lors de ces moments de partage, je me sens déjà vieux. Je n'ai pourtant que 31 ans. Sur l'intégration des nouvelles technologies dans notre exercice, les plus jeunes ont une vision bien plus axée sur le business que celle que nous avons actuellement. Je veux que l'UJA de Paris puisse se nourrir de ces échanges. Je souhaite également que nous soyons plus proches encore de l'EFB. Nous n'allons pas assez à la rencontre de nos futurs confrères. Avant même qu'ils prêtent serment, nous devons les écouter, les entendre, les comprendre. Ils ont beaucoup à nous apprendre sur l'avenir de notre profession.

Nous exerçons un métier où la transmission reste essentielle et où les liens transgénérationnels sont réels. Les plus âgés apprennent aux plus jeunes et les plus jeunes apportent également aux plus âgés, parce que notre métier est en profonde transformation, comme toute la société depuis l'avènement d'internet. Actuellement, les entreprises qui réussissent en France sont celles qui investissent en recherche et développement. Les avocats doivent suivre cette voie de l'innovation pour proposer de plus en plus de services à leurs clients

Propos recueillis par Boris Stoykov




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