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« Faire dialoguer les entreprises entre elles pour se doter d'une intelligence collective », le méco

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« Faire dialoguer les entreprises entre elles pour se doter d'une intelligence collective », le méco
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Après Thomas Courbe, directeur général aux entreprises à Bercy, la semaine passée, c'est Pierre Pelouzet qui était ce lundi auditionné en visioconférence par la Commission aux entreprises du Sénat en sa qualité de médiateur aux entreprises. Face aux problèmes de paiements et de ruptures de contrats entre organisations qui se multiplient, il rappelle le rôle clé et pourtant visiblement méconnu à la Chambre haute que la médiation peut jouer.

Le médiateur aux entreprises, a rappelé Pierre Pelouzet en ouverture aux sénateurs, a été créé en 2010 à la suite de la crise de 2008. Si celle-ci avait fait naître de nombreux conflits entre banques et entreprises, il était également apparu que les sujets inter-entreprises n'étaient pas à négliger. Des sujets qui, face à une vie économique au ralenti, ont connu un accroissement spectaculaire. Si Pierre Pelouzet et ses 60 médiateurs, spécialistes et formés, souvent des retraités qui donnent de leur temps au service public, répartis sur tout le territoire (au sein notamment des Direccte), sont d'ordinaire saisis d'une soixantaine de dossiers par semaine, ce chiffre grimpe en cette période d'urgence sanitaire autour de 600. Certes, nuance Pierre Pelouzet, ceux-ci sont traités avec des délais plus courts qu'à l'ordinaire, notamment car les sujets abordés sont moins complexes : les conflits liés à la propriété intellectuelle et aux marques font moins légion en ce moment. Pareils dossiers sont d'ailleurs souvent reportés (avec l'accord des parties) dans la mesure où ils nécessitent des rencontres physiques pour instaurer la confiance qui ne sont pas possibles en période de confinement. Le médiateur aux entreprises recherche en effet à instaurer gratuitement un dialogue confidentiel entre deux parties en conflit qui puisse conduire à un accord sur le litige. 75% des processus sont couronnés de succès.

Incidents de paiements, paquets de pâtes et name & shame

Dans les relations inter-entreprises, les sujets de l'heure concernent à près de 60 % les paiements et les ruptures de contrat. Fin mars, les incidents de paiements avaient été multipliés par trois par rapport à un ordinaire qui met déjà en jeu des sommes agrégées de l'ordre de 12 milliards d'euros. A ce sujet, le message porté par la cellule de crise créée à l'initiative du médiateur et de la Banque de France, rassemblant les autorités étatiques mais aussi des acteurs du monde de l'entreprise (les CCI, l'AFEP, le MEDEF, les CPME ou encore l'U2P) est clair : il est important de payer ses factures. Cette cellule identifie ainsi les comportements solidaires (ceux, par exemple, d'une dizaine de grands groupes qui ont été explicitement nommés et qui ont mis en œuvre des mesures de paiements accélérés de leurs petits fournisseurs) mais intervient aussi « auprès de dirigeants dont les entreprises adoptent des comportements que je qualifierai poliment d'anormaux ». Des comportements que Pierre Pelouzet, moins poliment, n'a pas hésité à rapprocher de ceux qui dévalisaient au début de la crise les supermarchés de leurs stocks de pâtes sans penser à ses concitoyens : « ce fut un peu pareil dans les entreprises, dont on pouvait espérer pourtant davantage de recul lié à leur structure organisationnelle : certains paiements ont commencé à être bloqués alors même que le problème n'existait pas ! ». Beaucoup des entreprises jointes par le médiateur ont évolué en bien, positive-t-il. Pour les autres, des remontées sont faites aux banques qui suspendent les prêts garantis par l'Etat, dont l'obtention nécessite d'ailleurs de cocher une clause d'engagement à payer ses fournisseurs. Des remontées faites aussi au ministre Bruno Le Maire qui n'hésite pas à contacter les dirigeants lui-même et pratiquera au besoin un name and shame.

Le dialogue comme voie de salut

Les vertus du dialogue ont été ardemment défendues par Pierre Pelouzet, sur ces questions de paiements comme sur les ruptures de contrat. « Dans l'événementiel, par exemple, secteur particulièrement touché, les deux parties ont intérêt à s'entendre par exemple pour payer une partie de la prestation dès maintenant même si l'événement est repoussé car l'organisateur aura aussi besoin de son prestataire plus tard ». Idem sur la question des loyers qui, de ce qu'observe le médiateur aux entreprises, est une question qui monte en puissance, au point qu'un médiateur particulier sera très prochainement désigné pour porter ce sujet. « Il y aura besoin de médiation pour que chacun fasse de son mieux ». Donner des règles générales ? « On peut toujours donner des guidelines, mais on trouvera toujours pléthore d'exceptions. Rien ne remplace le dialogue ». Un dialogue dont tous les secteurs ont besoin, pas uniquement le BTP, la restauration et le commerce qui sont certes les plus touchés. « Il est important que les entreprises se comprennent entre elles et le médiateur est là pour aider à se doter d'une intelligence collective ». Chacun chez soi donc pour l'instant, mais pas chacun pour soi. « Sinon on va aller droit dans le mur ».

De la sidération à l'optimisme

Irons-nous droit dans le mur ? Quelle impression générale ? Après une sidération générale en début de crise, une relative satisfaction des entreprises de la prise en main par l'Etat de grands sujets de trésorerie, l'inquiétude demeure mais les entreprises, du sentiment de Pierre Pelouzet, commencent à s'approprier les différents dispositifs pour planifier la sortie. Pierre Pelouzet qui a bien répété que rares étaient encore les entreprises qui ne se plaçaient pas sur le chemin de la solidarité. « Vous voyez un souffle d'optimisme ? », lui demande alors Elisabeth Lamure, présidente de la Commission aux entreprises du Sénat. « Optimiste ? Un bon médiateur se doit de l'être », lui répond l'invité du jour.

ENCADRE : Pour le médiateur aux entreprises, l'enjeu de se faire connaître

Si la saisine du médiateur aux entreprises se fait exclusivement par des chefs d'entreprise, Pierre Pelouzet compte toutefois sur une myriade d'acteurs pour faire connaître les services qu'il propose et les bienfaits de la médiation : élus, CCI, experts-comptables… « Le pire pour nous est une entreprise qui ne nous connait pas, qui est en difficulté et que nous aurions pu aider. ». La méconnaissance du rôle du médiateur semblait d'ailleurs assez prononcée au sein de la commission sénatoriale et Pierre Pelouzet a dû faire preuve de pédagogie pour expliquer que les questions touchant aux taxes n'était pas de son ressort, de même que celle des relations entre entreprises et agences de crédits (il existe un médiateur du crédit pour cela, Frédéric Visnovsky), ou celles touchant au recrutement de salariés et aux relations internes à une entreprise.




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