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Yaël Braun-Pivet : « Je veux porter la voix des personnes les plus démunies à l'Assemblée »

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Yaël Braun-Pivet : « Je veux porter la voix des personnes les plus démunies à l'Assemblée »
© Twitter@YaelBRAUNPIVET - Yaël Braun-Pivet vient d'entrer à l'Assemblée nationale en tant qu'élue des Yvelines.

Yaël Braun-Pivet est entrée à l'Assemblée nationale à la faveur des dernières Législatives. Elle revient sur son parcours professionnel et aborde son mandat de députée LREM. Elue des Yvelines, elle a été nommée présidente de la Commission des lois.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous tracer à grands traits votre parcours professionnel ?

Yaël Braun-Pivet : Je suis avocate. J'ai prêté serment au barreau de Paris en 1996, après des études de droit à la faculté de Nanterre et une maîtrise de droit privé. J'ai ensuite suivi le cycle de l'EFB de Paris avant d'exercer pendant trois ans en droit pénal général et un peu de pénal des affaires chez Hervé Témime, rue de Rivoli. Dans le cadre de cet exercice, j'ai eu une grosse activité plaidante – tribunaux correctionnels, Cour d'assise, beaucoup de procédures d'instruction... Je me suis ensuite installée au barreau des Hauts-de-Seine avec deux consœurs. Nous avons monté un cabinet plus généraliste. J'étais notamment postulante en adjudication pour Didier Nakache, un confrère parisien. En 2003, je me suis fait omettre et j'ai fais le choix de privilégier ma vie familiale et d'accompagner mon mari qui travaillait pour un groupe français à l'étranger. Nous avons passé deux ans à Taiwan, cinq ans à Tokyo, en terminant au Portugal où j'ai repris un cursus juridique en faisant un Master 2 de droit des affaires.
J'ai mis en parenthèse ma carrière professionnelle pendant ces années pour permettre à mon mari de vivre sa carrière professionnelle à l'étranger, ce qui était son rêve, mais également pour nos cinq enfants –j'ai eu deux enfants au Japon. Ce n'est pas facile pour une jeune avocate parisienne d'avoir des enfants. La vie professionnelle est très contraignante. En droit pénal, nous sommes soumis aux audiences correctionnelles qui peuvent se terminer fort tard et aux aléas des enquêtes et des instructions. Nous ne sommes pas du tout maîtres de notre agenda comme on peut l'être dans d'autres domaines du droit. Cet exercice professionnel est très difficilement compatible avec une vie de famille, surtout si elle est nombreuse et que l'on veut prendre du temps d'élever ses enfants. Pour moi, le métier d'avocat était pourtant une vocation.

A.-P. : Qu'est-ce qui vous a poussée à vous impliquer dans la vie publique avec cette candidature aux Législatives ?

Y. B. P. : Depuis quatre ans, je suis impliquée dans la vie associative. J'ai pu constater que je souhaitais servir mes concitoyens dans le besoin et que je me sens bien dans l'action pour les autres.

« J'ai rejoint les Restos du Cœur pour initier l'accès à la Justice dans les Yvelines. »

J'ai abordé le caritatif par le biais du droit. J'ai rejoint les Restos du Cœur pour initier l'accès à la Justice dans les Yvelines, une activité développée par le réseau. Avec des professionnels du droit, les Restos sont partis du constat que, malgré les efforts des Pouvoirs publics, beaucoup de personnes fragiles, soumises à de nombreuses difficultés administratives, voire judiciaires, n'avaient pas forcément accès aux moyens de défense, soit qu'elles ne déposent pas de dossier d'aide juridictionnelle, soit qu'elles ne vont pas forcément dans les points d'accès au droit. Dans les années 1990-1995, les Restos ont ainsi créé des consultations juridiques gratuites d'avocats ou de juristes, au sein de certains centres d'accueil. L'objectif est de faire en sorte que le droit vienne vers les personnes les plus démunies pour leur donner des conseils et les orienter au mieux. Dans les Yvelines, ce type de consultations n'existait pas. Quand j'ai rejoint les Restos, j'ai initié un partenariat avec le barreau de Versailles. Ce dernier s'est montré très réactif. Quelques jours après la rencontre avec ses représentants, début janvier 2015, le Conseil de l'Ordre votait à l'unanimité la participation bénévole du barreau. Les premières consultations ont commencé dès le 4 février. Ce sont les membres du Conseil de l'Ordre eux-mêmes, dont d'anciens bâtonniers, qui se sont déplacés dans les centres de distribution des Yvelines. C'était un beau signal. Cela démontre bien l'intérêt du monde du droit pour l'accès à la Justice, à travers la multiplication des dispositifs.
J'ai ensuite eu l'opportunité de prendre la responsabilité du centre d'accueil de Chanteloup-les-Vignes afin d'être au plus près des personnes accueillies et des bénévoles. Je suis par ailleurs devenue administratrice des Restos au niveau départemental. En septembre 2016, j'ai arrêté ces deux activités pour assurer les mêmes fonctions, au niveau national. Je suis devenue le référent national de l'accès à la Justice. Dans le même temps, j'ai créé et animé le centre d'accueil de Sartrouville, qui est devenu les plus gros centre d'accueil des Yvelines avec 650 familles accueillies par semaine et une équipe d'une centaine de bénévoles.

A.-P. : Avez-vous associé les institutions à ces démarches au niveau national ?

Y. B. P. : En février de cette année, nous avons signé une charte avec le ministre de la Justice et une dizaine d'associations, qui reconnaît la complémentarité des dispositifs d'accès à la Justice et le fait que les associations humanitaires y ont un rôle à jouer. Cette convention a eu un rôle d'impulsion. Elle a été adressée par la Chancellerie à tous les présidents de TGI qui sont parallèlement présidents des CDAD, les Conseils départementaux d'accès au droit, afin qu'ils facilitent les démarchent des associations dans ce cadre.
Aux Restos, nous avons développé ce type d'actions dans 44 associations départementales, couvrant à peu près la moitié de la France. Nous avons également mis en place une formation des bénévoles à la détection du problème juridique. Parfois, les personnes vulnérables vont jusqu'à ignorer que leurs difficultés peuvent avoir une issue juridique.

A.-P. : Ces actions sont portées uniquement par des avocats ?

Y. B. P. : Des avocats participent, bien sûr, mais aussi des associations de juristes qui s'occupent parfois plus spécifiquement de problèmes de logement et de surendettement. Nous essayons de multiplier les partenariats afin d'être le plus pertinent possible.
A travers tout cela, je me suis sentie utile. J'ai vu que ce que je faisais avait de la portée, mais que cette portée restait limitée.

A.-P. : D'où votre engagement politique...

Y. B. P. : Quand En marche ! S'est créé, j'y ai retrouvé toutes mes idées profondes en termes de dépassement des clivages politiques et de pragmatisme. Avancer autour de projets et non pas de dogmes me convient parfaitement. J'ai très vite adhéré au mouvement d'Emmanuel Macron, avant de militer au Vésinet, mon lieu de résidence. J'ai tout de suite posé ma candidature pour l'investiture pour être députée de la 5e circonscription des Yvelines. Cela représentait pour moi un juste prolongement de mon action associative qui allait me permettre de démultiplier son impact.
Je me suis engagée animée du souhait de continuer à porter la voix des personnes les plus démunies à l'Assemblée nationale pour faire avancer des textes qui pourraient leur faciliter la vie. C'est une des raisons de mon engagement.

« Les Français veulent un renouveau des pratiques,
davantage de dialogue et plus de proximité. »

A.-P. : Vous avez eu le soutien du barreau de Versailles. Cette coopération est-elle toujours d'actualité ?

Y. B. P. : Tout à fait. Dans les Yvelines, avec le Conseil de l'Ordre, nous avons fait deux mois d'expérimentation avant de signer une convention de trois ans pérennisant l'action. Chaque année, nous faisons un bilan de l'action. Le barreau de Versailles est ravi de cette collaboration avec les Restos. Cette dernière va donc continuer, sans moi cette fois. J'ai récemment démissionné de toutes mes fonctions bénévoles au sein des Restos pour me consacrer pleinement à mon mandat.

A.-P. : Dans un autre domaine du droit, que pensez-vous de la médiation ?

Y. B. P. : Je trouve la médiation formidable. Le mode judiciaire est inapproprié pour régler les petits litiges, fonctionnant sur un fond conflictuel générant parfois des difficultés d'exécution. La médiation est plus rapide et repose sur le sens du compromis. La participation des deux parties au règlement du litige permet ensuite une bonne exécution. La médiation est d'ailleurs en bonne place dans le programme de LREM, en simplifiant, en accélérant et en rendant effectives les décisions. Dans la modernisation de ces procédures alternatives et l'accessibilité par le numérique, il ne faut oublier personne sur le bord de la route. Il y a une vraie réflexion à mener autour de la mutation digitale.

A.-P. : Vous avez donc été élue dans la 5e circonscription des Yvelines où vous avez battu Jacques Myard (LR) au second tour, avec 58,99 % des suffrages.

Y. B. P. : Oui, plutôt bien battu. Jacques Myard se présentait pour la sixième fois. Il avait déjà 25 ans de mandats en tant que député, un peu plus encore en tant que maire. J'aurais envie de dire qu'il a manqué de sens politique. Il n'a pas senti que les Français avaient envie de changement, de nouveaux visages et, bien au-delà, de nouvelles pratiques. J'ai vraiment senti cet état d'esprit sur le terrain. Beaucoup d'électeurs qui, traditionnellement, votaient républicains, ont voté pour moi en m'indiquant quand je les rencontrais « Nous avons envie de nouvelles personnes, de gens de la société civile. » Les citoyens voulaient être représentés par d'autres citoyens, qui leur ressemblent. Ils souhaitaient aussi donner une large majorité à Emmanuel Macron. On sent profondément dans le pays l'envie de dépasser les clivages, d'avancer, de voir beaucoup plus de techniciens travailler sur les sujets. Localement, il y a également eu un rejet de Jacques Myard qui avait des positions politiques particulièrement clivantes. J'ai mené une campagne électorale que j'ai voulue positive pour l'avenir de mes concitoyens.

A.-P. : Comment voyez-vous votre future action à l'Assemblée ?

Y. B. P. : J'ai démissionné de mes fonctions bénévoles. Je n'exerce plus de fonctions d'avocat. Je vois donc l'exercice de mon mandat en étant députée à plein temps. Je ne ferai que cela. Je souhaite aussi organiser, plusieurs fois par an, des réunions publiques avec les citoyens de ma circonscription pour leur rendre compte de mon action. Sur les grands sujets, je voudrais également mettre en place des réunions thématiques avec ces mêmes citoyens pour échanger sur le fond autour des projets de lois. Les Français veulent un renouveau des pratiques, davantage de dialogue et plus de proximité que celle offerte des politiques hors-sol. A l'Assemblée, j'ai sollicité la présidence de la commission des lois pour continuer mon action en faveur de tous nos concitoyens qui ont besoin de justice. C'est une charge importante, je suis honorée de la confiance que les autres députés LREM m'ont témoignée et je me sens obligée de réussir dans cette mission pour tous ceux qui ont voté pour nous.




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